À l’heure de la taxonomie

Les gens adorent prodiguer des conseils, parents, amis, collègues, étrangers, bref un peu tout le monde. On se demande quel avis donner, puis on trouve le sage conseil et le livre avec un sentiment d’importance et de fierté.

Mais que se passe-t-il quand quelqu’un a besoin d’un avis qui n’est pas à la portée de tous? Par exemple, si l’on veut savoir comment se servir des connaissances scientifiques pour préserver les plantes et les animaux sur la planète. La première réaction peut être de s’esquiver. Mais vous pouvez aussi prendre une grande respiration, réfléchir et vous tourner vers vos collègues pour préparer l’avenir. C’est la voie qu’a empruntée le groupe qui conseille les représentants de la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies en matière de taxonomie.

Les taxonomistes sont des scientifiques qui découvrent, nomment et classifient les espèces de plantes et d’animaux. Il s’agit là des étapes préliminaires essentielles pour appréhender l’inventaire en perpétuelle évolution du vivant sur Terre et pour planifier les mesures de protection à prendre.

La Convention s’intéresse de près à la taxonomie parce que les spécialistes en la matière ne suffisent pas à la tâche. Il faut davantage de taxonomistes, par exemple, pour élaborer de nouveaux outils et des méthodes de fonctionnement plus efficaces ou pour former davantage de spécialistes.

Vue d’un amphithéâtre où se trouvent quelques personnes.

La salle des assemblées plénières à la 15e réunion de l’Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques à la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies. Novembre 2011. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

La première chose à faire était de rassembler un groupe international de taxonomistes capables de déterminer les pas à franchir : et vous avez l’Initiative mondiale pour la taxonomie (IMT), qui prodigue ses avis au Secrétariat et aux 193 États signataires de la Convention depuis 1998.

Oeuvrant de concert avec le personnel de la Convention, l’IMT a établi dans chaque pays des points focaux reliés par un réseau de communication (plus d’information sur ces points focaux – en anglais). Au Canada, le point focal est le Musée canadien de la nature.

Le logo de l’Initiative mondiale pour la taxonomie.

Image : © Initiative mondiale pour la taxonomie

Comme les autres États, le Canada (c’est-à-dire le Musée canadien de la nature) assume, en rotation, la direction de l’IMT. Au sein de ce réseau d’échange circulent les nouvelles et l’information en taxonomie, par exemple sur les besoins ou les pratiques exemplaires. Les taxonomistes de l’IMT ont aussi élaboré un programme de travail qui détaille les mesures à prendre pour accroître la capacité scientifique et comprend une stratégie décennale. (Plus d’information sur ce programme de travail – en anglais).

Ces projets sont toujours ambitieux et porteurs d’espoir. Même si les taxonomistes ne sont pas assez nombreux face à la tâche qui les attend en matière de conservation de la biodiversité et de son utilisation durable, ceux qui sont là mettent les bouchées doubles.

Impossible de trouver des chercheurs plus dévoués ou plus stimulants. Et ce sont des gens qu’on est heureux d’avoir à ses côtés quand on déambule en forêt ou qu’on nage au milieu des algues. Ces spécialistes sont rattachés à divers organismes scientifiques et si vous voulez savoir ce qu’ils font, visitez votre musée d’histoire naturelle. C’est là que vous trouverez beaucoup d’entre eux et les fruits de leurs recherches y sont régulièrement exposés.

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Que serait un monde sans poissons?

Pourrait-on se passer complètement de poissons et de produits de la mer? Le goût succulent du saumon, du thon, de l’églefin, de la crevette, du crabe, du homard, du pétoncle et d’autres espèces marines et leurs bienfaits pour la santé nous manqueraient assurément. Pourtant, nous y serons peut-être forcés si se réalise la prédiction de nombreux scientifiques selon laquelle la plupart des produits de la mer auront été exploités jusqu’à leur quasi-extinction d’ici 2048.

Une scène du film « The End of the Line ».

Image de poissons morts tirée du film « The End of the Line ». Si nous continuons de piller nos océans ainsi, on pourrait les épuiser complètement d’ici 2048. © Image reproduite avec l’autorisation de Mongrel Media.

Les participants ont aussi abordé la question des opinions partagées concernant notre consommation des produits de la mer. Agriculture et Agroalimentaire Canada préconise au moins deux repas de poisson par semaine, surtout d’espèces riches en acides gras oméga 3.

De fait, parmi les personnes qui ont éliminé de leur alimentation le poulet, le porc et le bœuf, nombreux sont ceux qui comptent sur les produits de la mer pour obtenir des protéines. En tant que consommateurs soucieux à la fois de notre santé et de la salubrité de l’environnement, qui devons-nous écouter?

Supprimer totalement les produits de la mer de l’alimentation est une solution pour laquelle plusieurs participants ont opté. Joshua Bishop n’est pas de cet avis. Il pense plutôt que l’on doit continuer de se renseigner sur le sujet, oser poser les bonnes questions aux restaurateurs et aux fournisseurs et créer une demande accrue pour les choix durables.

De nombreux magasins sont favorables aux produits de la mer durables (voir les liens ci-dessous) mais, en tant que consommateurs, nous devons continuer de réclamer ces produits. Quand les commerçants constateront qu’il existe un marché suffisant, il sera alors possible de se procurer facilement des poissons durables, étiquetés en bonne et due forme.

Le consommateur doit donc non seulement réclamer des produits de la mer durables mais aussi demander au détaillant la source de ses produits, et cela même si cela lui semble un peu embarrassant. L’étiquette « durable » ne suffit pas, le commerçant doit être en mesure de donner des renseignements sur le fournisseur et sur les méthodes de récolte.

Les sources durables des produits de la mer ont été au coeur des discussions du troisième Café scientifique de la saison, qui s’est tenu au Musée le 27 janvier 2012. Les participants se sont penchés sur la question : « Le fait de manger des produits de la mer est-il éthique et durable? »

Deux conférenciers invités ont lancé la discussion : Melissa Marschke, Ph.D., professeure adjointe à l’École de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa, et Joshua Bishop, propriétaire du commerce de produits de la mer durables « The Whalesbone Oysterhouse and Sustainable Oyster and Fish Supply ».

La soirée débutait avec The End of the Line, un documentaire sur le déclin abrupt des produits de nos océans et sur les conséquences désastreuses des pratiques de récoltes non durables qui continuent de sévir.

Le film montre du doigt les consommateurs qui, sans le savoir, achètent des poissons menacés de disparition, la classe politique qui ne prend pas au sérieux les mises en gardes des scientifiques, les sociétés de pêche qui dépassent leur quotas et vendent leurs prises illégales, et enfin l’industrie mondiale des pêches qui tarde à réagir au danger imminent.

La conférencière Melissa Marschke (à l’extrême gauche) donne son avis sur les pratiques de pêche durables à un groupe de participants du Café.

Parmi les nombreux sujets abordés, la croissance de l’élevage de poissons ou aquaculture a dominé les discussions. Cette « révolution bleue » s’étend aux sources internationales de produits de la mer, comme les crevettes et les poissons-chats du Vietnam, de Thaïlande et de Chine.

Melissa Marschke a exposé les effets néfastes de ces fermes piscicoles sur la capacité des pêcheurs locaux à subvenir aux besoins de leur famille. À titre indicatif, la moitié des produits de la mer importés en Amérique du Nord proviennent de la pisciculture. Ces producteurs n’ont pas besoin d’investir dans l’immobilier : ils installent leurs enclos en mer peu profonde. Quand de nombreux aquaculteurs font de même dans une zone, il reste bien peu d’eau libre et encore moins d’espèces de poissons à manger ou à vendre pour la population locale.

Un autre aspect de la question que beaucoup de consommateurs ignorent, c’est qu’en achetant les produits de l’aquaculture, ils contribuent à l’érosion des espèces sauvages. Puisque que de nombreux poissons d’élevage, comme le saumon atlantique, Salmo salar, sont carnivores, les éleveurs les nourrissent de grandes quantités de petits poissons sauvages tels que les sardines, Sardina pilchardus, qu’ils broient en farine. À l’échelle mondiale, le concept même de la pisciculture n’est donc pas viable.

Les installations d’un élevage de poissons dans la rivière Chanthaburi, en Thaïlande.

Un élevage de poissons dans la rivière Chanthaburi, en Thaïlande. Image : iStockphoto.com\rattanapat © rattanapat

Les participants ont aussi abordé la question des opinions partagées concernant notre consommation des produits de la mer. Agriculture et Agroalimentaire Canada préconise au moins deux repas de poisson par semaine, surtout d’espèces riches en acides gras oméga 3.

De fait, parmi les personnes qui ont éliminé de leur alimentation le poulet, le porc et le bœuf, nombreux sont ceux qui comptent sur les produits de la mer pour obtenir des protéines. En tant que consommateurs soucieux à la fois de notre santé et de la salubrité de l’environnement, qui devons-nous écouter?

Supprimer totalement les produits de la mer de l’alimentation est une solution pour laquelle plusieurs participants ont opté. Joshua Bishop n’est pas de cet avis. Il pense plutôt que l’on doit continuer de se renseigner sur le sujet, oser poser les bonnes questions aux restaurateurs et aux fournisseurs et créer une demande accrue pour les choix durables.

De nombreux magasins sont favorables aux produits de la mer durables (voir les liens ci-dessous) mais, en tant que consommateurs, nous devons continuer de réclamer ces produits. Quand les commerçants constateront qu’il existe un marché suffisant, il sera alors possible de se procurer facilement des poissons durables, étiquetés en bonne et due forme.

Le consommateur doit donc non seulement réclamer des produits de la mer durables mais aussi demander au détaillant la source de ses produits, et cela même si cela lui semble un peu embarrassant. L’étiquette « durable » ne suffit pas, le commerçant doit être en mesure de donner des renseignements sur le fournisseur et sur les méthodes de récolte.

Le conférencier Joshua Bishop (tout à fait à gauche, de face) écoute un participant du Café scientifique donner son point de vue sur les produits de la mer durables.

Vous hésitez encore sur la ligne à suivre? De nombreux participants ont trouvé utiles les divers guides alimentaires (voir « Guides alimentaires sur les produits de la mer » ci-dessous) et il existe même une application logicielle sur le sujet pour les plus « technos » d’entre vous. (http://www.oceanwise.ca/news/ocean-wise-iphone-app)

La situation n’est donc pas désespérée pour les amateurs de poissons. Comme les deux conférenciers l’ont souligné, il ne s’agit pas de bannir les produits de la mer de notre assiette, mais de se préoccuper davantage de leur provenance et des méthodes de récolte et d’éviter les espèces en péril comme le thon rouge de l’Atlantique, Thunnus thynnus, ou la morue de l’Atlantique, Gadus morhua. Et il faut absolument poser ces questions essentielles.

Comme le résume bien Joshua Bishop : « On peut inverser le cours des choses en y mettant les efforts nécessaires. »

Poursuivre la discussion :

Nous convions toutes les personnes intéressées à poursuivre cette discussion à donner leur avis dans la section ci-dessous. N’hésitez pas à commenter toute question à approfondir soulevée pendant le Café scientifique. Nous vous encourageons à afficher d’autres ressources.

Questions à approfondir

  • Quel est, à votre avis, le principal obstacle à l’achat de produits de la mer récoltés de façon viable? (P. ex. disponibilité, sensibilisation, prix.)
  • Quel guide d’alimentation sur les produits de la mer trouvez-vous le plus utile parmi les publications disponibles (voir liens ci-dessous)?
  • Comment pouvons-nous (dans la région d’Ottawa-Gatineau) sensibiliser les gens et les commerçants à consommer uniquement des produits de sources durables?
  • La certification de produits de la mer de source durable est-elle la solution?
  • Du point de vue éthique, devons-nous préférer les produits issus de la pêche à petite échelle à ceux provenant de la grande pêche industrielle, si ni les uns ni les autres ne sont durables?
  • Est-il préférable d’acheter du poisson local, comme le saumon sauvage du Pacifique, plutôt que des produits venant de l’étranger, tel le tilapia élevé en Asie, quand aucun des deux n’est issu de méthodes durables?

Ressources
Guides alimentaires sur les produits de la mer :

Autres liens sur la pêche durable :

Pour en savoir davantage sur les produits de la mer écologiques, consultez The Be Happy Pledge sur Facebook (en anglais).

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Le périple de Tū Hononga

Comment la baleine a atteint le sommet

Après des mois d’attente, de planification et de construction, le jour J est enfin arrivé. Je suis arrivée très tôt sur les lieux afin de ne rien manquer. Quand le camion semi-remorque transportant le crâne de Tū Hononga a fait son apparition au coin de la rue, l’excitation a atteint son comble.

Un homme soufflant dans un coquillage en spirale.

Conservateur au musée Te Papa, Shane James entame le Karakia en soufflant dans un pukaea (sorte de cor maori). Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

Tū Hononga (qui signifie « le lien » en maori) est un grand cachalot mâle dont le squelette complet sera exposé à côté de celui d’une femelle dénommée Hinewainui, dans la prochaine exposition Baleines Tohorā. Le crâne et la mâchoire de Tū Hononga sont trop volumineux pour être transportés au quatrième étage en monte-charge. C’est aussi le cas d’un autre spécimen et de deux panneaux. Pour faire entrer ces énormes pièces par la porte d’entrée principale et pour les déplacer jusque dans l’atrium en vue de les hisser au quatrième étage, l’équipe des expositions, le service des installations et plusieurs entrepreneurs ont dû enlever les portes, protéger les planchers et construire de a à z deux systèmes complets de levage.

Le Musée canadien de la nature a présenté de nombreuses expositions itinérantes venant de partout dans le monde, mais aucune de ces expositions temporaires n’a réclamé autant de préparation.

Une équipe de spécialistes du musée Te Papa Tongarewa de Nouvelle-Zélande accompagne l’exposition Baleines Tohorā à chacun des sites d’exposition. Ils jouent un rôle essentiel dans le montage de l’exposition. Ça été pour moi un honneur d’être une des rares personnes à assister à un Karakia, une incantation traditionnelle maorie qu’a célébrée un gestionnaire de collection du musée Te Papa avant que les spécimens ne soient retirés du camion. Cette cérémonie vise à assurer une issue heureuse aux entreprises importantes.

Vue du vestibule avec les échafaudages, le crâne de la baleine et les gens.

Le crâne a été levé, centimètre par centimètre, au-dessus de chaque marche du vestibule. Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

L'extrémité la plus grosse du crâne passe juste dans l'encadrure de la porte.

Le crâne est passé tout juste dans l'encadrure de la porte, même si les portes et le cadre avaient été enlevés. C'est au grand soulagement de tous que Tū Hononga a fait son entrée dans l'édifice. Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

On a ensuite déchargé soigneusement chaque pièce du camion pour les faire rouler à travers une tente chauffée puis par l’entrée principale du Musée. Pour franchir le premier escalier, il a fallu recourir à un palan manuel fixé à des échafaudages. Ce système a été fabriqué sur mesure pour le vestibule de taille restreinte du Musée.

Alors que cette énorme masse gravissait péniblement les marches, une dizaine de spectateurs se demandaient si ce crâne, enveloppé dans des couches de matière isolante, protégé d’un cadre de bois et posé sur une plateforme à roulettes, passerait par l’encadrure de la porte. Mais en fait ce sont les escaliers qui nous ont joué un tour : avec les chaînes de hissage, on n’a pas réussi à soulever suffisamment la charge pour franchir la dernière marche. On a essayé un chariot élévateur pour les deux centimètres restants, mais on n’est pas arrivé pas trouver le bon angle d’approche pour ne pas faire de dégâts. Les entrepreneurs ont finalement utilisé un palan à chaîne spécial et un treuil manuel, ce qui a permis de soulever la plateforme suffisamment pour franchir la dernière marche.

Le crâne de Tū Hononga a été la première pièce à entrer dans le Musée, mais il n’a pas été hissé tant que la mâchoire, le squelette de baleine pygmée et les deux grands panneaux n’ont pas été transportés eux aussi à l’intérieur selon le même procédé. Ces opérations se sont déroulées sans heurts, l’équipe ayant tiré les leçons de sa première expérience. Ensuite, les pièces ont été roulées sur une rampe conduisant à l’atrium puis de l’autre côté du bureau de réception et déposées devant le grand escalier. Une autre équipe attendait pour équilibrer les pièces et les fixer solidement à la plateforme et pour les hisser au quatrième étage.

Le crâne de baleine en train d'être hissé au quatrième étage.

On sait que le grand cachalot (Physeter catodon) peut plonger à une profondeur de 3 km. Mais qu'il puisse ainsi s'élever dans les airs est sûrement une première! Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

Vue de l'atrium du rez-de-chaussée au quatrième étage avec une caisse sur le point d'être hissée.

Haut ↑. La mâchoire de Tū Hononga hissée jusqu'au quatrième étage. Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

Le crâne du cachalot mâle, qui pèse quelque 795 kg (1 750 lb), a été le premier à faire son entrée dans l’édifice mais le dernier à être hissé au quatrième. La fébrilité était palpable.

Alors que l’opération tirait à sa fin et que les gens commençaient à se féliciter et à se donner des tapes dans le dos, un épouvantable craquement s’est fait entendre (et croyez-moi, l’écho est terrible dans l’atrium). Je n’ai pas eu besoin de chercher ce qui se passait : tous les yeux fixaient le crâne en équilibre instable au bord de la mezzanine surplombant un vide de quatre étages.

Le crâne parvient au quatrième étage.

C'était le plus mauvais moment pour qu'un pépin survienne. Et c'est à ce moment-là qu'on a entendu cet effroyable craquement! Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

J’ignore encore ce qui a causé ce bruit et comment se sont senties les autres personnes présentes parce que, quelques secondes après, le crâne se trouvait en sécurité, tiré sur la mezzanine puis dans la salle d’exposition.

Au cours des derniers moments de son périple, je me suis demandé si l’esprit de Tū Hononga était heureux de voir combien d’esprits, de mains et de cœurs avaient œuvré de concert pour qu’il soit présenté à nos visiteurs. Grâce à ce périple, il incarne bien son nom : le lien.

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Oh hisse la baleine!

Au cours de leur vie, les baleines parcourent d’innombrables milliers de kilomètres avec une apparente légèreté. La densité de l’eau soutient leur masse énorme et confère grâce et élégance à leurs mouvements dans l’immensité de l’océan. Leur gigantisme, que l’on peine à s’imaginer, ne semble leur causer aucun souci dans leur milieu aquatique.

Mais déplacer un spécimen de baleine d’une grande valeur scientifique et culturelle dans notre monde terrestre est une tout autre affaire. C’est un processus long et laborieux qui réclame des méthodes et des outils spécialisés, ainsi que des jours et des jours de planification. Et, au Musée canadien de la nature, nous sommes bien placés pour le savoir!

Vue de deux squelettes articulés de grand cachalot, Physeter catodon, dans l’exposition Baleines Tohorā.

Les deux squelettes de grand cachalot, Physeter catodon, que seront en vedette dans l’exposition Baleines Tohorā. © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa, 2008

Nous avions déjà préparé et monté notre propre rorqual bleu pour la Galerie de l’Eau Bleue RBC, et nous nous préparons maintenant à accueillir la magnifique exposition Baleines Tohorā, qui nous vient de Nouvelle-Zélande. Elle contient de nombreux spécimens de baleines que jamais nous n’aurions pu voir au Canada. Et certains d’entre eux sont, disons, plutôt grands.

Parmi les spécimens rares dotés d’une valeur culturelle inestimable figure un couple de grands cachalots montés ensemble dans une pose expressive. Le crâne du mâle est l’objet le plus volumineux et le plus lourd de l’exposition. On devra déployer des efforts herculéens pour que nos visiteurs puissent l’admirer. Pendant son transport, il sera placé dans un chariot construit spécialement pour l’occasion. Ensemble, le chariot et le crâne mesurent 5,2 m (17 pi) de longueur et pèsent 2200 kg (4850 lb).

Motif en mosaïque sur le plancher du Musée.

Le plancher de mosaïque patrimonial du Musée sera recouvert durant l’opération ‘hissage’. Image : Martin Lipman © Musée canadien de la nature

Le crâne arrivera au Musée dans un camion et c’est là que le plaisir commence! Le dimanche 5 février 2012, le Musée fermera ses portes à 17 h comme d’habitude. Mais cette fois, toute une flopée de techniciens spécialisés seront à pied d’oeuvre dès la fermeture pour préparer l’arrivée du précieux colis.

Un groupe se chargera d’installer, à l’entrée principale du château, une tente de 20 pieds sur 30 équipée d’un chauffage au propane. C’est par là que le crâne et trois autres objets surdimensionnés feront leur entrée. On ne peut les décharger comme les autres pièces à la plateforme de chargement puisqu’ils n’entrent pas dans le monte-charge.

Une autre équipe s’emploiera à assembler les échafaudages sur mesure et à hisser des madriers et des poulies fixes au-dessus de l’escalier historique de pierre du vestibule. La troisième équipe devra enlever les doubles portes automatisées et le cadre qui séparent le vestibule du foyer. Le Musée a en effet été conçu pour des visiteurs humains, pas pour des baleines!

Vue en plongée de l’Atrium du Musée canadien de la nature.

L’Atrium du Musée. Les spécimens seront hissés à l’aide d’un treuil jusqu’au 4e étage. Le plancher de mosaïque, y compris l’orignal dans le foyer, sera recouvert pour l’occasion. Image : Chuck Clark © Chuck Clark

L’équipe numéro quatre tapissera le sol de l’Atrium de près de 90 panneaux de contreplaqué pour en protéger la magnifique mosaïque sur le passage du crâne. La cinquième équipe montera la plateforme de hissage spécialement conçue pour l’occasion, dont les pièces ont été fabriquées à l’extérieur.

La sixième équipe retirera les balustrades antiques au quatrième étage de la mezzanine. La septième s’occupera d’enlever les vitres de la porte automatisée et les panneaux latéraux de l’entrée de la galerie est du quatrième étage, où sera présentée l’exposition Baleines Tohorā.

Tous ces préparatifs devront être exécutés le dimanche soir, car le lendemain, lundi 6 février, que nous avons baptisé « Jour de hissage », le travail débutera à la première heure.

Le personnel technique arrivera à 6 h 30, le camion à 7 h. Un gros appareil élévateur télescopique attendra dehors pour décharger le crâne et le déposer dans la tente. Le chariot sur lequel il se trouve est isolé et comporte un cadre protecteur. Il ne s’agit pas uniquement d’un objet surdimensionné, c’est aussi un précieux spécimen de musée qui mérite d’être manipulé avec soin en observant les normes de conservation. La tente sert justement à protéger le crâne des caprices météorologiques auxquels on peut s’attendre au beau milieu de l’hiver canadien. Le crâne sera aussi recouvert d’une housse isolante afin d’assurer sa protection tout au long de l’opération.

De la tente, on transportera le crâne dans le vestibule, on lui fera franchir les marches et le halera jusqu’au sol protégé de l’Atrium.

Une poutre installée au plafond de l’Atrium.

L’installation des nouvelles poutres de soutien au plafond de l’Atrium. Image : Martin Leclerc © Musée canadien de la nature

Pendant ce temps, on se préparera pour le grand hissage. Si vous êtes un visiteur fidèle et que vous avez le sens de l’observation, vous avez peut-être remarqué deux grosses poutres au plafond de l’Atrium, qui déparent quelque peu le décor victorien du puits de lumière. Ces poutres ont été fixées aux fermes du puits de lumière au début janvier spécialement pour cette opération.

Les responsables du levage attacheront aux poutres deux poulies fixes pesant près de 2 tonnes et ils les relieront au harnais situé 30 m (98 pi) plus bas. Une fois tout en place, il faudra inspecter l’appareillage et obtenir l’approbation de poursuivre l’opération. Ensuite, à l’action! Le crâne sera attaché dans le harnais, puis il faudra compter de 15 à 20 minutes pour le hisser au 4e étage. À ce rythme, on ne peut parler d’une baleine volante!

Une fois en haut, on halera le crâne dans la mezzanine puis dans la galerie. On devra répéter cette opération avec les trois autres spécimens trop gros pour le monte-charge.

Ouf! Mais pas question pour autant de retourner chez soi! Il faudra en effet tout remettre en place pour l’ouverture du Musée : remonter les portes, les balustrades, démanteler les échafaudages et la plateforme, démonter la tente, retirer les contreplaqués et entreposer tout ce matériel.

Après cela, l’Atrium aura retrouvé son aspect normal et nous pourrons commencer à installer l’exposition… Puis en septembre, le même ballet se répétera, cette fois pour tout démonter!

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Clarence Tillenius, artiste des dioramas

Un peintre d’exception et un passionné de la nature

par Luci Cipera et Carolyn Leckie

Le vénérable artiste animalier et paysagiste Clarence Tillenius s’est éteint la semaine dernière à l’âge de 98 ans. Il a signé de nombreux dioramas de la Galerie des mammifères du Musée canadien de la nature. Ces oeuvres admirables, si précieuses pour le Musée, continuent d’émerveiller les nouvelles générations de visiteurs.

À sa mort, Clarence Tillenius a laissé un ultime message dans sa page Facebook :

Clarence Tillenius devant un mouflon de Dall, Ovis dalli, naturalisé.

Clarence Tillenius devant le diorama des mouflons de Dall, Ovis dalli, au cours d’une visite au Musée en 2004. Image : Martin Lipman © Musée canadien de la nature

« Je crois qu’il existe dans l’univers une harmonie primordiale, un flux de vie commun à tous les temps; quand un artiste puise à cette source, son oeuvre devient intemporelle; elle reste compréhensible malgré le temps qui passe, puisque, comme les animaux, les hommes sont liés à cette harmonie et y réagissent.Quand cette force me réclamera pour passer dans un univers autre que celui-ci, je vous demande, si vous voulez vous souvenir de moi, de le faire en regardant mes peintures et mes dioramas. Tant qu’elle saura émouvoir les générations à venir, ma peinture, abreuvée à cette fontaine primordiale, demeurera intemporelle, alors même que j’aurai franchi la grande frontière. » [Traduction libre]

Pour nous, ces mots traduisent parfaitement la force artistique et la passion pour la nature de cet homme d’exception. Nous avons rencontré Clarence Tillenius pendant les grandes rénovations du Musée (de 2003 à 2006). Nous travaillions alors à la restauration des dioramas des mammifères et à leur déplacement d’un côté à l’autre du Musée.

Au départ, nous désirions simplement l’assurer que nous prenions grand soin de ses dioramas. Mais au fil de nos discussions, ses connaissances sur la construction très complexe des dioramas se sont révélées des plus utiles tout comme ses explications sur le travail de terrain approfondi requis pour les réaliser.

Clarence Tillenius dans un escabeau, peignant le décor d’un diorama au Musée. Photo d’archives : CMN J 8468 8.

Clarence Tillenius alors qu’il peignait le décor du diorama des mouflons de Dall, Ovis dalli, au Musée en 1962. Image : Martin Lipman © Musée canadien de la nature

Il a également fourni à d’autres équipes d’inestimables renseignements sur les sites représentés sur les dioramas, le but recherché ainsi qu’une foule d’histoires intéressantes.

C’était un homme affable et bienveillant qui, à 90 ans (au moment de notre rencontre)  continuait de peindre et de raconter ses incroyables anecdotes sur sa vie d’artiste animalier. On ressentait dans chacune de ses histoire son profond attachement pour la nature et son désir d’en offrir des fragments à tous afin qu’ils puissent la mieux comprendre et lui accorder suffisamment de valeur pour la préserver.

Voilà qui nous semble un point de vue hors du commun pour quelqu’un qui a grandi dans une collectivité de pionniers, est devenu adulte pendant la Dépression, a connu deux guerres mondiales et s’est mis à peindre des dioramas pendant les années 50 et 60 alors que, selon la philosophie de l’époque, l’homme moderne industriel devait dominer le monde naturel. Sa façon diamétralement opposée de voir les choses semble provenir du fait qu’il a grandi dans le nord du Manitoba, où il a observé la « disparition » des espèces sauvages de sa prairie natale.

En écoutant ses histoires, on restait ébahi devant les insoupçonnées prouesses physiques et artistiques qu’exigeait la réalisation des dioramas. Certains sont de grandes dimensions. Par exemple, le diorama du bison, Bison bison, de notre galerie des mammifères mesure 8,4 mètres (28 pi) de longueur et 4,8 m (16 pi) de hauteur.

L’artiste se rendait dans chaque site, souvent fort reculé, pour y étudier les animaux dans leur habitat, collecter des plantes, esquisser des dessins afin de concevoir son diorama dans les moindres détails.

Clarence Tillenius accroupit devant un bison, Bison bison, naturalisé, dans un diorama du Musée, probablement dans les années 1960.

Clarence Tillinius : « Lors de ma première visite à la réserve de bisons, le garde m’a dit : « Si vous voulez voir des interactions entre une harde de bisons et une meute de loups, revenez en hiver. Nous vous conduirons dans une de nos grosses motoneiges, d’où vous pourrez observer la scène. » Il m’a fallu deux années avant d’y aller, mais un accueil de roi m’y attendait. Une fois, le garde m’a installé au milieu d’une pile de bois et de branchages, puis il a conduit une centaine de bisons juste devant. Accroupi dans ma cachette, je me suis alors demandé dans quelle galère je m’étais embarqué. Mais le garde connaissait bien ses bêtes. La preuve, c’est que je suis encore là pour vous raconter l’histoire. » Image : © Musée canadien de la nature

Son destin est d’autant plus extraordinaire que Clarence Tillenius a perdu son bras droit alors qu’il était dans la vingtaine. Alors qu’il travaillait à la construction d’un chemin de fer, il a été victime d’un accident qui a d’ailleurs failli lui coûter la vie. Clarence Tillenius était droitier. Il lui a donc fallu apprendre à travailler de la main gauche pour poursuivre sa vocation artistique.

Avec pour résultat cette expérience magique dans laquelle se plonge le visiteur et cette impression de surprendre les animaux dans leur quotidien. Et suivez les conseils de l’artiste : plus longtemps vous regarderez, plus la beauté et les infimes détails se révéleront à vous, exactement comme dans la nature!

Le diorama de l’orignal, Alces americanus, dans la galerie des mammifères du Musée.

Clarence Tillinius : « Quand je suis arrivé, à la mi-février, il y avait déjà trois pieds et demi de neige. Le garde du parc et moi avons dû marcher en raquettes pendant des jours avant de trouver un site convenable. Comme la chasse était interdite, la population d’orignaux avait largement dépassé les capacités du parc, pourtant très vaste. C’est que l’ennemi naturel de l’orignal, le loup, avait complètement disparu depuis longtemps. On pensait que même le couguar s’était éteint dans ces parages, mais deux gardes m’ont montré des traces manifestes de sa présence : au moins un couguar vivait dans le parc. Cette créature est si discrète que seul un oeil expérimenté et déterminé peut déceler sa présence. » Image : Martin Lipman © Musée canadien de la nature

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Une méthode scientifique ultramoderne… du XVIIIe siècle!

Voici le troisième article d’une série de cinq ayant pour thème la recherche sur la flore arctique effectuée au Musée canadien de la nature. Le chercheur Paul Sokoloff nous présente le travail de terrain et de laboratoire qui mènera à la préparation de la première flore de l’Arctique de l’Amérique du Nord.

Quand nous collectons des plantes sur le terrain (comme cet Oxytropis dont je suis si fier), nous plaçons chaque spécimen dans un sac de plastique dûment étiqueté jusqu’à notre retour au campement. Une fois arrivés, nous utilisons un presse-spécimens pour presser et faire sécher les plantes. Cette technique qui était le nec plus ultra au XVIIIe siècle n’a guère changé depuis. Les plantes pourront alors être transportées et préservées à long terme dans un herbier (une collection de plantes séchées). Vous pouvez lire ici une intéressante description des procédés de pressage et de séchage des plantes.

Des spécimens de pédiculaire capitée, Pedicularis capitata, disposés en rangée sur une feuille de papier journal.

Ces spécimens de pédiculaire capitée, Pedicularis capitata, sont prêts à être pressés, durant une expédition sur le terrain. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

En 2010, nous avons recueilli tout près d’un millier de spécimens au cours de notre expédition à l’île Victoria, dans les Territoires du Nord-Ouest. Nous en avions rapporté autant l’année précédente. Si l’on tient compte du fait que les botanistes du Musée collectent des spécimens depuis le XIXe siècle et que de généreux donateurs ont légué leurs collections au Musée, on peut imaginer l’ampleur des collections.

Un classeur vertical, ouvert, laisse voir des étagères remplies de fichiers contenant des plantes séchées.

Voici les fruits d’une seule saison de collecte. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Selon les dernières estimations, l’Herbier national du Canada conservé au Musée canadien de la nature contient plus de 700 000 échantillons de plantes vasculaires, et c’est sans compter les immenses collections de mousses et de lichens.

Mais pourquoi conserver toutes ces plantes mortes collées sur des feuilles de papier? Dans mon premier blogue, j’ai expliqué que tous ces échantillons d’herbier constituent les données de notre projet de flore. Mais cela va encore plus loin : en fait, l’Herbier national du Canada et tous les herbiers contenant des spécimens arctiques représentent le corpus de notre étude.

Nous ne pourrions rédiger cette flore sans ces collections. Les spécimens qu’elles contiennent procurent les données permettant de déterminer l’aire de distribution des espèces sur une carte. Par ailleurs, les données sur le type d’habitat et les espèces associées que fournissent souvent les spécimens d’herbier nous renseignent sur l’écologie des plantes.

Une femme étudie une plante au microscope.

Katya Boudko, étudiante à l’Université d’Ottawa, examine au microscope une espèce d’élyme, Elymus sp. Même si les appareils se sont modernisés, les botanistes utilisent depuis 300 ans les mêmes méthodes de classification des plantes. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Mais le rôle le plus important d’une collection est d’établir et de clarifier la taxonomie, c’est-à-dire l’attribution d’un nom aux groupes évolutifs d’organismes que nous appelons souvent espèces. En étudiant la morphologie d’une plante, par exemple la longueur et la forme de la feuille ou la structure microscopique d’une fleur, nous pouvons la classifier.

En observant un spécimen, le botaniste peut le classer dans une famille, dans un genre puis dans une espèce, chaque groupe (ou taxon) successif correspondant plus étroitement au spécimen du point du vue morphologique que le groupe précédent. En étudiant ces différences morphologiques de plus en plus subtiles, on peut établir une clé d’identification d’une espèce fondée sur les caractéristiques physiques communes.

Une page d’herbier contenant sept spécimens de pédiculaire capitée, Pedicularis capitata, séchés et des notes.

Spécimens de pédiculaire capitée, Pedicularis capitata, montés sur une feuille prête à être rangée dans l’herbier. L’étiquette dans le coin contient diverses données, comme le lieu, la date et l’auteur de la collecte. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

L’herbier sert d’outil de référence grâce auquel le botaniste peut comparer les spécimens et les regrouper de cette façon systématique. C’est ainsi que nous classifions tous les groupes de plantes et que nous organiserons notre Flore arctique du Canada et de l’Alaska.

La conservation permanente de ces collections permet au botaniste de confirmer l’identification des spécimens, de corriger certaines erreurs de classification, de réévaluer les limites taxonomiques de certaines espèces en tenant compte de nouvelles données, ou de donner une nouvelle perspective à un groupe.

Cependant, il ne faut pas croire que les botanistes s’entendent toujours sur ce qui définit une espèce (mais ne vous inquiétez pas, ils restent courtois!). Plus une espèce suscite d’observations et de débats, mieux on peut cerner les liens évolutifs au sein de ce groupe.

C’est particulièrement vrai avec l’avènement du séquençage de l’ADN et de la systématique moléculaire. Ces nouvelles techniques ont, dans certains cas, bouleversé la classification de groupes entiers. Mais nous touchons là au sujet de mon prochain blogue.

Des rangées de classeurs dans une salle. Au centre, un chariot contenant des fichiers.

L’Herbier national du Canada. Plus d’un demi-million de spécimens de plantes vasculaires sont rangés de façon systématique afin que les chercheurs puissent les consulter sur place ou les emprunter du monde entier. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

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Iwi, taonga, motu, ça vous dit quelque chose?

Tere tohorā tere tangata. Là où vont les baleines vont aussi les humains.

C’est par ce dicton maori que débute Baleines Tohorā, une spectaculaire exposition qui nous arrive de la Nouvelle-Zélande après un long crochet chez nos voisins américains.

Des visiteurs lisent des panneaux de l’exposition.

Quelques-uns des 153 panneaux de l’exposition. Image : © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa, 2008

Vous aurez la chance de découvrir cette exposition au Musée à compter du 2 mars, mais en attendant son arrivée, j’aimerais vous faire part brièvement du travail qui s’est fait en arrière-scène afin de pouvoir vous la présenter.

Un peigne décoratif sculpté, en os de baleine.

Un magnifique peigne décoratif (heru) en os de baleine, un des nombreux trésors (taonga) présentés dans l’exposition.1800–1900, artiste inconnu. Collection du Museum of New Zealand Te Papa. Image : © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa, 2007

Première étape, la traduction. En Nouvelle-Zélande, comme vous le savez, on parle l’anglais et le maori. Ici, c’est plutôt l’anglais et le français. Nous avons donc traduit l’exposition dans sa totalité : les textes et les activités interactives (pour ordinateur), vidéos comprises. Vous aimeriez savoir combien de mots cela fait? Un peu plus de 35 000, et je suis certaine d’en avoir oublié quelques-uns.

Deuxième étape, l’adaptation. Comme je vous l’ai mentionné, l’exposition provient de la Nouvelle-Zélande. De nombreux mots d’origine maorie sont d’usage courant en Nouvelle-Zélande, ou du moins, sont connus de bien des Néo-Zélandais non maoris. Iwi, taonga, motu, ça vous dit quelque chose? Et l’île Stewart, et la baie Doubtless, vous savez où elles se trouvent? Nous avons donc ajouté quelques précisions afin que vous puissiez bien profiter de l’exposition. Quoi? Ah oui! J’allais oublier. Iwi, c’est le peuple, la tribu; taonga, c’est quelque chose de précieux, un trésor, et motu, bien, ça veut dire île.

Troisième étape, la production. Comme l’exposition a d’abord été produite en anglais et en maori, nous avons dû refaire tous les panneaux d’exposition. C’est-à-dire modifier la composition pour y insérer le texte français, parfois modifier la taille des panneaux, puis réimprimer le  tout. Et tout cela pour combien de panneaux exactement? Attendez, je vais demander à notre graphiste. Il y a combien de panneaux en tout, Annie? Cent cinquante-trois? OK, merci!

Pour les sept activités interactives, nous avons remplacé le maori par le français et bidouillé un peu dans la programmation, un jeu d’enfant, quoi. Et pour les vidéos, onze au total, nous avons effectué le doublage et le sous-titrage, ce qui fut parfois très amusant. Pourquoi? Essayez de prononcer whakapapa. Pas facile! Les acteurs ont connu quelques difficultés avec la langue maorie, mais ils s’en sont bien sortis, malgré tout.

Deux panneaux de l’exposition, un en anglais et l’autre, légèrement modifié, en anglais et en français.

En haut, un des panneaux de l'exposition dans sa version anglaise originale. Au-dessous, le même panneau modifié pour inclure le texte français. Image : Annie Thérien © Musée canadien de la nature

Et tout ça, croyez-le ou non, avant même que l’exposition n’arrive et soit installée au Musée, mais ça, c’est une autre paire de manches. Je laisse donc mes collègues vous parler des étapes suivantes. Surveillez notre blogue dans les prochaines semaines!

Kia ora à vous qui lisez ces lignes. C’est ainsi que l’on dit bonjour et merci en maori. La traduction véritable est : portez-vous bien!

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