En bocal ou lyophilisé?

L’élaboration d’une exposition itinérante a ses propres exigences, la principale étant précisément qu’elle doit être mobile! On doit pouvoir facilement en monter et démonter les éléments, les placer dans des caisses et les expédier. Enfin, les spécimens doivent être solides. Voilà qui n’est pas aisé quand il s’agit de spécimens préservés dans des liquides — ou spécimens en bocal comme on les appelle souvent. Les liquides utilisés pour les conserver nécessitent des précautions spéciales qui compliquent énormément le transport d’une exposition itinérante. D’un autre côté, exclure ces « bocaux » priverait les visiteurs des spécimens les plus intéressants et d’une expérience inoubliable. Alors quoi faire?

Judith Price, gestionnaire adjointe de la collection des invertébrés du Musée canadien de la nature a peut-être trouvé une solution. Elle vient de tenter des expériences avec ces spécimens : elle en a lyophilisés et a obtenu des résultats incroyables. La couleur manquait comme avec tout spécimen préservé dans une solution, mais la texture était surprenante par son détail.

Judith explique son expérience.

téniasOn préserve la plupart des spécimens invertébrés des collections scientifiques à des fins d’étude en les immergeant dans une solution d’alcool ou d’autres substances. Malheureusement, ces liquides sont le plus souvent inflammables de sorte que le service des incendies fixe des limites de sécurité quant à la quantité de ces produits pouvant être utilisée dans un espace public comme la Galerie de l’eau ou une exposition itinérante. Nous avons essayé de lyophiliser certains spécimens afin de voir s’il n’existait pas un meilleur moyen de présenter la diversité de la vie aquatique. Comme les spécimens préservés perdent les couleurs qu’ils arboraient vivants pour prendre une teinte rose fade, cela nous permettrait aussi de les colorer et de leur redonner ainsi un peu de vie en vue de les utiliser dans des dioramas.

Notre lyophilisateur est surtout utilisé par les chercheurs s’intéressant aux diatomées, ces plantes unicellulaires présentant une coquille siliceuse. Paul Hamilton, un de nos botanistes, a appris à Jean-Marc Gagnon et à moi-même à faire fonctionner la machine (il prétend que c’est facile mais tel n’est pas mon avis!)

Pour le premier essai, Jean-Marc a choisi dans notre collection quelques invertébrés de différentes tailles et de fragilité diverse : des crustacés de taille petite et moyenne (groupe comprenant les homards et les crabes), un ver marin du genre Glycera, quelques petites étoiles de mer et deux petits concombres de mer avec la partie buccale exposée. Ces derniers constituent un bon test de stabilité des tissus mous étant donné leur fragilité.

Nous avons fixé avec de la cire les animaux les plus mous au fond d’un récipient de verre puis les avons couverts d’eau. Ceci avait pour but de leur fournir un support et de réduire la surface de rétrécissement. Puis nous les avons placés dans le lyophilisateur!

Le lyophilisateur agit en pompant le maximum d’air d’un contenant hermétique, ce qui permet à l’eau contenue à l’intérieur du spécimen de mieux s’échapper. L’air passe ensuite dans une chambre à très basse température où la vapeur d’eau s’accumule sous forme d’un bloc de glace pouvant être enlevé ultérieurement.

Nous avions oublié quelque chose : l’eau dans lequel se trouvait le spécimen ne s’est pas transformée en un bloc de glace, elle s’est mise à faire des bulles et à bouillir et, lorsque finalement elle a gelé, elle ressemblait à un tas de neige! En effet, quand la pression de l’air a diminué, le point d’ébullition de l’eau a également baissé (cela se produit aussi quand on est en altitude pour les mêmes raisons). La prochaine fois, nous utiliserons un congélateur normal pour stabiliser les spécimens avant de les mettre au lyophilisateur.

Bien que nous ayons eu une peur bleue jusqu’à ce que cette « neige » s’évapore, l’expérience s’est parfaitement terminée. Tous les spécimens sortirent très bien, mais dépourvus des couleurs des animaux vivants. Notre spécialiste des expositions s’efforcera de les leur rendre en les peignant avant de les installer dans nos nouvelles galeries.

Ces délicats spécimens peuvent maintenant être peints pour ressembler davantage à ce qu’ils étaient de leur vivant. Encore quelques essais et ces spécimens pourront finalement faire partie de l’exposition itinérante!

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