Semer des graines

lupines

les lupines du Québec

Les scientifiques sont imbattables quand il s’agit d’émettre des hypothèses et de les résoudre. Pour ce faire, ils se servent de la méthode scientifique, reconnue pour sa logique et sa rigueur. Au cours de ce procédé, des données sont produites de la façon la plus pertinente qui soit, un capital de connaissances est constitué et des renseignements précis sont conservés et diffusés sous la forme de nombreuses publications scientifiques et de bases de données.

Pour la plupart des gens, les données évoquent des chiffres, des cartes et des schémas. Toutefois, les musées d’histoire naturelle représentent une source de données scientifiques sous la forme de collections de spécimens parfaitement conservés et d’information afférente recueillie au cours d’une ou plusieurs études scientifiques. Connaître le déroulement d’une étude et avoir accès aux données permet d’approfondir et de perfectionner le savoir. Les réponses apportées aux questions scientifiques ne sont jamais définitives, mais constamment remises en cause avec l’apparition de nouvelles méthodes ou de données complémentaires.

Ce fut le cas des graines de lupin (Lupinus arcticus) réputées vieilles de 10 000 ans que des botanistes du Musée canadien de la nature ont fait germer en 1960. Véritable prodige botannique, ces graines avaient été découvertes dans des terriers antiques au Yukon par un mineur travaillant sur un site d’or placérien, puis étudiées par le paléobiologiste Richard Harington. Jusque là, le record de germination pour des semences anciennes était détenu par des graines de palmier dattier (Phoenix dactylifera) provenant de la mer Morte. Or, les graines découvertes au Yukon avaient 8 000 ans de plus qu’elles.

Ces constatations étaient aussi passionnantes que controversées. L’estimation, qui avait été faite avec les meilleures méthodes existant avant la spectrométrie de masse par accélérateur (SMA), une nouvelle technique de datation au carbone 14 des spécimens. L’âge des graines avait été calculé d’après le type et l’état des sédiments et du matériau fossile de leur lieu de découverte.

Les résultats n’étant toujours pas convaincants pour Grant Zazula, Ph.D., paléontologiste en titre du gouvernement du Yukon, celui-ci invita Richard Harington, Alice Telka et Fiona Brock de l’Université d’Oxford à se joindre à lui dans ses recherches. Se servant de la SMA technique de datation au carbone 14, les chercheurs arrivèrent à la conclusion que le matériau fossile avait 23 000 ans (un constat bien plus précis que « supérieur à 10 000 ans ») mais que les graines elles-mêmes n’avaient pas plus de 50 ans. En d’autres termes, ces semences contemporaines avaient contaminé un ancien terrier que les mineurs avaient dégagé par inadvertance. Grâce à ces découvertes, les résultats précédents furent modifiés. Cependant, la recherche de graines antiques encore viables se poursuit et nous devrions tous être reconnaissants aux agents de dispersion des graines, telles que les industrieuses populations de rongeurs.

Les chercheurs des musées d’histoire naturelle font de nombreuses découvertes chaque année, souvent grâce au temps passé sur le terrain et à leur réseau de relations, de collaborateurs et de collègues. Par leurs publications et leurs classements méticuleux, ils documentent avec précision notre histoire naturelle.

Cet article, publié dans Recherche, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s