Nos voisins à six pattes

Une anecdote religieuse célèbre concerne directement l’histoire naturelle : à des hommes d’Église qui lui demandaient ce que l’étude de la nature lui avait appris au sujet de Dieu, le généticien britannique J. B. S. Haldane a répondu que le Créateur semblait ressentir un amour incommensurable pour les coléoptères. Cette histoire vieille d’un siècle évoque la multitude d’espèces de coléoptères sur Terre, qui – les biologistes d’aujourd’hui en conviendront toujours – remportent haut la main la médaille d’or du plus grand nombre d’espèces : 90 p. 100 des formes de vie sont des insectes et, de ceux‑ci, 30 p. 100 sont des coléoptères, ordre regroupant environ 350 000 espèces.

les charançon

les charançon

Le processus scientifique par lequel les spécialistes cherchent à découvrir et à connaître ces espèces est tout à fait fascinant. La capture d’insectes permet de recueillir un grand nombre de spécimens grâce à des pièges novateurs et à diverses techniques. Le volume considérable d’individus ainsi recueillis, surtout dans les Tropiques, et la variété extraordinaire des formes et des tailles que ceux‑ci présentent compliquent le tri et la préparation avant l’analyse. Compte tenu de cette impressionnante diversité, aucun entomologiste ne peut connaître tous les insectes; les spécimens sont donc échangés, les fourmis allant à tel laboratoire, les araignées à tel autre, les mouches, les abeilles et les guêpes à un troisième et ainsi de suite. Cette première étape fait ressortir notre grande ignorance : les scientifiques découvrent constamment des espèces encore inconnues de la science. Celles‑ci n’ont pas de nom et ne sont pas décrites, et nous n’avons aucune idée de leur mode de vie. Environ 1,8 million d’espèces ont été nommées, et nous connaissons jusqu’à un certain point leur histoire naturelle. Le taux de découverte actuel permet de présumer que nous côtoyons au moins cinq millions d’espèces, et peut‑être pas moins de 50 millions.

Ce mode de pratique de la science et de la découverte laisse beaucoup de travail aux musées et aux taxonomistes, comme Robert Anderson, François Génier et Andrew Smith au Musée canadien de la nature. Les musées d’histoire naturelle sont de grands employeurs de spécialistes des sciences, surtout ceux qui dévoilent et décrivent le monde qui nous entoure. Ces personnes s’occupent également de gérer des données scientifiques, notamment les spécimens qui représentent officiellement les formes de vie. À l’instar des scientifiques qui, depuis plus d’un siècle, consultent l’étalon officiel gardé au Bureau des poids et mesures à Sèvres, en France, pour se rappeler ce que représente un mètre, nous puisons dans le bassin de connaissances conservées dans les musées d’histoire naturelle lorsque nous voulons nous rappeler la diversité de la vie sur Terre. Les spécialistes des sciences le font constamment, car il existe un lien étroit entre cette diversité, d’une part, et la santé et le bien‑être de l’humain, d’autre part. Mieux connaître nos voisins, surtout ceux à six pattes, nous aide à établir l’histoire de l’endroit où nous vivons et à évaluer notre état actuel.

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