En gros et en détail

La multitude des formes sous lesquelles se présente la vie est l’une des caractéristiques les plus inspirantes de la biologie. Voici la recette pour obtenir un vaste éventail de formes et de fonctions : mélanger la bonne proportion de conditions chimiques et environnementales propices à la vie, ajouter à intervalles réguliers diverses difficultés d’alimentation et de reproduction, puis laisser mijoter le tout pendant quelques milliards d’années. Tadam! La planète est désormais recouverte, en surface comme sous le sol, en hauteur comme en profondeur, de plus d’espèces qu’il ne sera jamais possible d’en décrire ou d’en compter. Les musées d’histoire naturelle, qui comprennent les zoos et les aquariums, présentent par leurs éléments d’exposition toute une gamme de formes et de fonctions dont ils font découvrir le mode de vie.

Certaines formes de vie sont tellement grosses qu’elles peuvent difficilement être exposées dans un musée. Des dinosaures ont été assemblés dans le monde entier, des épaulards et des bélugas nagent dans des bassins; ce sont réellement des créatures imposantes, mais ce ne sont pas les plus gros animaux à avoir jamais vécu sur Terre… ou à y vivre encore aujourd’hui. Pensons seulement à Balaenoptera musculus, le rorqual bleu, qui est si gros que son modèle suffit déjà à impressionner.

squelette d'un rorqual bleu - M. Lipman, MCN

squelette d'un rorqual bleu - M. Lipman, MCN

Gros, oui, mais gros comment? Un rorqual bleu à maturité pèse 180 000 kg, un chiffre si gros que pour se l’imaginer, il faut savoir qu’il correspond au poids de deux avions 767… sans passagers! Il préfère pourtant manger des crustacés de la taille de ton pouce (le krill), à raison de 3000 à 7000 kg par jour, ce qui correspond au poids de deux à quatre coccinelles de Volkswagen : en une journée, ce prédateur peut avoir consommé 1 000 000 d’animaux. Le rorqual bleu est tellement gros que lorsqu’il décide de faire entendre sa voix puissante, il peut la projeter jusqu’à 1600 km sous l’eau afin de trouver de la compagnie quand il nage tout seul dans le vaste océan. Son embryon est quant à lui si gros qu’il lui faut environ un an pour se former et qu’il mesure déjà huit mètres de longueur à la naissance. Le baleineau grandit rapidement grâce à son régime de lait riche en gras, dont il boit quotidiennement 400 L, ce qui lui permet de prendre 91 kg par jour – le poids d’un joueur de la LNH! – durant sa première année. Restons sur le thème du hockey : si un rorqual bleu adulte se faufilait par hasard sur une patinoire de la LNH et posait le bout de la queue sur la ligne du centre, l’extrémité de sa bouche toucherait le fond du filet, ce qui représente une longueur d’une trentaine de mètres. Mais cette bouche impressionnante, quelle est sa grosseur? Si l’on prend comme étalon le volume d’eau utilisé en moyenne au Canada pour prendre une douche, il faudrait laisser couler l’eau sans arrêt durant 3,5 jours pour la remplir. Ça, c’est gros.

Par contre, être gros n’est pas toujours un avantage, surtout lorsqu’on se fait chasser. Le rorqual bleu a bien sûr des prédateurs naturels, les épaulards, mais ils sont loin d’être aussi dangereux que les chasseurs humains, qui pendant des décennies ont tué annuellement des milliers de baleines, surtout après la mise au point de moyens technologiques qui leur ont facilité la capture et le transport de ces animaux. Les scientifiques estiment qu’il ne reste qu’entre 10 000 et 25 000 rorquals bleus, ce qui signifie que l’espèce est menacée d’extinction .

Pour voir un vrai rorqual bleu, tu peux visiter le Musée canadien de la nature. Il s’agit du squelette d’un jeune (20 m de longueur) qui s’est échoué à Codroy, à Terre‑Neuve, en 1975. Après une balade en train jusqu’à Ottawa, dix ans dans un sous‑sol et un bain d’enzymes à la fine pointe de la technologie, sans compter l’exploit d’ingénierie qu’a représenté son assemblage, cette énorme baleine peut maintenant être admirée dans la toute nouvelle Galerie eau bleue  RBC. Étudier les plus gros animaux qui existent nous permet d’apprendre à les connaître et à mieux comprendre nos limites et notre relation avec les autres petits êtres qui peuplent la nature.

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