La « presse » scientifique

presse-spécimens, victoria island

Presse-spécimens au camp de recherche, île Victoria. (Roger Bull)

Les moyens utilisés pour se souvenir d’un voyage peuvent différer selon les personnes. La plupart d’entre nous possèdent une caméra, certains prennent des notes dans un carnet et d’autres font part de leur expérience sur les réseaux sociaux. Un chercheur en botanique ira un peu plus loin et retracera son parcours en pressant des plantes qu’il aura trouvées sur son chemin. Les images de paysages, les notes volumineuses et les coordonnées géographiques font partie du processus de collecte, mais ce qui compte le plus, ce sont les spécimens de plantes que l’on recueille, placé entre des feuilles de papier et empilé soigneusement, les attachant fermement de manière à les compresser jusqu’à ce qu’ils soient en deux dimensions.

Les experts en botanique du Musée canadien de la nature travaillent avec toutes sortes de plantes. Ils vont sur le terrain pour découvrir et documenter les végétaux qui vivent dans l’eau et la terre, sur la glace et les roches, dans à peu près tous les habitats imaginables. En gros, les plantes comprennent des formes de vie qui sont aussi petites que la pointe d’une épingle (p. ex., les diatomées) ou aussi grandes qu’une maison. Parce qu’elles ne sont pas mobiles comme les animaux, elles vivent souvent au même endroit pendant des générations et nous en disent long sur le passé. Par exemple, l’examen du recensement de la vie végétale sur de vastes étendues au fil du temps peut fournir des renseignements sur l’histoire du climat d’une région ou donner des indices sur les changements qui pourraient survenir.

un spécimen de plante en train de préparer

Un spécimen de plante en préparation.

À quoi ressemble un recensement de la vie végétale sur le terrain? Pour les spécimens plus gros (visibles à l’oeil nu. . .  ceux dont il est ici question) tels que les plantes à fleurs, les mousses et les fougères, le travail sur le terrain est fait à un moment où les éléments les plus caractéristiques de l’espèce sont apparentes (habituellement l’été). Les échantillons prélevés peuvent être la plante entière (racines, feuilles, fleurs) – moins la saleté – ou encore des parties représentatives pour les végétaux de plus grande taille, comme les arbres ou les arbustes. Ils sont placés entre de grandes feuilles de papier journal à raison d’une ou de plusieurs pour chacune des espèces provenant d’un endroit donné. Les feuilles sont ensuite placées entre des couches de carton, ce qui laisse l’air passé entre les spécimens pour les faire sécher rapidement. La pile ainsi formée est insérée entre deux lamelles de bois de la même taille que le carton et le papier, et retenue à l’aide de sangles qui exercent une pression égale, ce qui permet d’aplatir les plantes; c’est ce qu’on appelle un presse-spécimens.

Les botanistes utilisent les presse-spécimens depuis des siècles pour faire sécher et préserver les spécimens et ainsi pouvoir les transporter sans danger jusqu’à leur laboratoire et les entreposer à long terme. Une place pressée, à laquelle on a apporté quelques petits ajustements et qu’on a placée sur une feuille plus épaisse (généralement une feuille blanche propre sur laquelle ne sont pas imprimées les nouvelles du jour) se conservera durant plusieurs centaines d’années. As‑tu déjà fait quelque chose dont la durée de vie se compte en centaines d’années? Cela semble très simple, mais une équipe de botanistes peut recueillir des centaines de spécimens, et le travail qu’elle doit faire pour les préserver et constituer une collection peut l’occuper jusqu’à la prochaine saison d’exploration sur le terrain (et davantage!).

fiches botaniques par John Macoun (1880) (musée Canadien de la Nature)

Fiches botaniques par John Macoun (1880). (Musée canadien de la nature)

Chacune des fiches botaniques du recensement comprend les données qui ont été notées au moment de la collecte, qui sont très précieuses pour réaliser d’autres travaux de recherche. Tout nouveau renseignement recueilli sur le spécimen sera également ajouté à la fiche, de même qu’à la fiche numérique qui lui est associée. Le musée possède une grande quantité de ce type de données scientifiques, qu’il prête (sous forme de spécimens ou de données numériques) et qui servent aux chercheurs.

Les botanistes découvrent et étudient des spécimens de plantes partout au Canada et à l’étranger et ont l’habitude de prendre suffisamment d’échantillons pour réaliser leur travail et pour les distribuer à des collègues. Donc, une fois qu’ils ont trié leur lot, ils envoient des colis un peu partout dans le monde afin de partager ces données scientifiques. La toute dernière sorte de spécimens associés à ce travail est l’ADN. En effet, pendant des centaines d’années, les botanistes ont utilisé la morphologie végétale pour différencier les espèces. Ils le font encore aujourd’hui, mais de plus en plus, ils utilisent également l’ADN. L’ADN végétal provient de sous‑échantillons de chaque plante pressée (habituellement les feuilles), qui sont placés dans de petits sacs de plastique contenant du gel de silice afin de permettre un séchage rapide et pour obtenir des résultats optimaux en ce qui concerne l’ADN.

Un projet d’envergure mené par le Musée canadien de la nature en collaboration avec de nombreux experts, intitulé Flore de l’Arctique, vise à découvrir, à recenser et à décrire toutes les plantes de l’Arctique canadien, où les presse-spécimens, les échantillons d’ADN et les botanistes voyagent en hélicoptère. Ce dévouement pour des tâches liées au monde naturel fait partie intégrante du travail scientifique dans un musée et constitue un apport important qui nous aide à comprendre le patrimoine naturel du Canada.

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Un commentaire pour La « presse » scientifique

  1. Ping : Une méthode scientifique ultramoderne… du XVIIIe siècle! | Le blogue du Musée canadien de la nature

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