Groenland : Pas fous ces Vikings!

Julian Starr est chercheur et botaniste au Musée canadien de la nature. Il participe à l’expédition 2011 de Students on Ice dans l’Arctique à titre de conseiller scientifique. À bord d’un navire, l’équipe visite l’Islande, le sud du Groenland, le nord du Labrador et du Nunavik.

Paysage montagneux du Groenland avec un plan d’eau et deux randonneurs à l’avant-plan.

Une randonnée au Groenland. Image : Lee Narraway © Lee Narraway/Students on Ice

Depuis que j’ai survolé le Groenland à l’âge de 17 ans, je rêvais de visiter cette île. Tout m’enchantait : les morceaux de glace flottant dans la mer, la fine bordure verte soulignant la côte et ces glaciers géants convergeant pour former une immense calotte que seuls quelques pics de roc parvenaient à percer.

Quelque vingt-cinq ans plus tard, m’y voici enfin! Mais suis-je vraiment au Groenland? Le brouillard est si dense que les seules choses qu’on ait réussi à voir au cours de cette première journée ont été quelques icebergs et morceaux de glace de mer qui nous indiquaient la proximité de la terre.

Disons que le spectacle était un peu désolant, surtout après la traversée houleuse du détroit du Danemark, réputé pour ses tempêtes. Une bonne partie de l’équipe avait été mise hors combat et n’avait qu’une envie : voir la terre. Du coup, pour beaucoup d’élèves – qui s’en faisaient une idée très romantique –, l’étude des baleines en haute mer est devenue nettement moins séduisante. En revanche, l’herborisation sur la terre ferme leur est apparue, après cette expérience, comme une félicité – ce dont je me réjouis!

Enfin, au deuxième jour, le voile s’est déchiré. Nous avons découvert un spectacle qui surpassait de beaucoup mes souvenirs d’adolescent : de majestueuses montagnes coiffées de neige dominant l’entrée occidentale du passage Prince-Christian à l’extrémité sud du Groenland. Même si d’énormes glaciers se détachent de la calotte pour se déverser dans la mer à cet endroit, le climat demeure assez clément, c’est du moins ce que révèle la flore.

Des randonneurs gravissent une colline sur l’île Unatoq, au Groenlad. On voit de hautes montagnes ennuagées à l’arrière-plan.

Une randonnée vers les sources chaudes de l’île Unatoq, au Groenlad. Image : Lee Narraway © Lee Narraway/Students on Ice

Des espèces résolument boréales comme le genévrier commun, Juniperus communis, et l’épilobe à feuilles étroites, Chamerion angustifolium, se disputent l’espace avec des plantes arctiques classiques telles que la silène acaule, Silene acaulis, et la phyllodoce bleue, Phyllodoce caerulea.

Mais l’élément déterminant est la forêt. Quelle surprise de rencontrer, à l’extrémité du plus long des fjords du sud, des bouleaux pubescents, Betula pubescens, et des sorbiers du Groenland, Sorbus groenlandica, de trois ou quatre mètres de hauteur. Bien sûr, j’hésiterais à transporter mes vaches, mes chèvres et mes moutons d’Islande pour les installer ici, mais après avoir vu les lieux de mes yeux, je me dis qu’après tout les Vikings savaient ce qu’ils faisaient!

Les maisons colorées de Nanortalik et des croix blanches à l’avant-plan.

Le village de Nanortalik, au Groenland. Image : Lee Narraway © Lee Narraway/Students on Ice

Durant notre dernier jour au Groenland, nous avons effectué une brève visite à Nanortalik. Ce ravissant village est doté de routes pavées et d’un quai à gros tirant d’eau, où nous avons accosté notre navire de 100 m de long (ce qui est rare dans le nord du Canada!). Nous faisons route maintenant vers le Labrador, où nous séjournerons quatre jours, le temps d’explorer un des parcs nationaux les plus récents du Canada : le parc national des monts Torngat. Il fera plus froid qu’en Islande et au Groenland. Nous pourrons donc observer la vrai toundra et, je l’espère, une flore arctique plus diversifiée et spectaculaire.

Épilobes à feuilles larges, Chamaerion latifolium, dans un paysage du Groenland.

Chamerion latifolium ou épilobe à feuilles larges – photo prise au passage du Prince-Christian, Groenland (ca. N 60°20', W 43°55'). Cette plante colonise les sols qui, selon les données, étaient encore englacés il y a 40 ans à peine (les restes du glacier se trouvaient à une centaine de mètres de distance et d’élévation du site de la prise de photo). Il s’agit d’une espèce arctique qui se plaît dans les habitats perturbés et que l’on rencontre de la limite forestière jusqu’aux confins de l’archipel Arctique. Cette espèce est l’une des six espèces vasculaires que j’ai pu recenser sur ces terres désolées. Très commune dans le nord, l’épilobe à feuilles larges arbore de belles grosses fleurs pendant presque toute la saison de croissance. Lorsqu’on visite ces régions pendant l’été, on est à peu près assuré d’en rencontrer. Une espèce boréale étroitement apparentée, l’épilobe à feuilles étroites ou Chamerion angustifolium, est plus grande, avec des fleurs plus petites et des feuilles plus étroites. Les Canadiens du Sud ont souvent l’occasion de croiser cette plante lorsqu’ils se rendent à leurs chalets. Elles enjolivent souvent les bords de route, et surtout les brûlis récents. Image : Julian Starr © Musée canadien de la nature

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