Un vrai régime de spa à Plaisance!

Qu’ont en commun une expédition de recherche et une cure dans un spa? Ce n’est pas une question piège, il existe plusieurs ressemblances. De retour du Parc national de Plaisance, au Québec, cet été, je me sentais comme après un traitement royal à base d’algues, de boue et de soleil.

Une chercheure accroupie dans la rivière Outaouais, au milieu de nénuphars, tend une moule à sa collègue. Celle-ci est debout dans la rivière et tient une règle, un sac et une tablette à la main.

Isabelle Picard tend une moule à Jacqueline Madill pour qu’elle la mesure. La rivière des Outaouais, dans le Parc national de Plaisance au Québec, a tout d’un spa selon Jacqueline… Image : Maude Coté-Bédard © Maude Côté-Bédard\Parc national de Plaisance

La chercheuse Isabelle Picard, qui se consacre à l’étude des mollusques d’eau douce indigènes, a invité ses collègues à venir dénombrer les moules d’eau douce dans la section de la rivière des Outaouais qui coule dans le Parc national de Plaisance (situé entre Gatineau et Montréal). Jean-Francois Houle, responsable du service de la conservation et de l’éducation du parc, souhaitait acquérir des données environnementales qui l’aideraient à mieux protéger ce milieu. Le potamile ailé, Potamilus alatus, est considéré comme une espèce rare dans la rivière des Outaouais depuis sa découverte en 1863. Pourtant, cette moule est très présente dans le parc. Nous devions recueillir des données sur sa population et étudier sa capacité de renouvellement.

André L. Martel, Ph.D, Efflam Guillou et moi-même étions les employés du Musée recrutés pour cette équipée. Nous avions déjà recensé les populations de moules de la rivière Rideau et du parc de la Gatineau. Maude Coté-Bédard et Jean-Marc Vallières, techniciens du parc, ainsi que Frederick W. Schueler, Ph.D., un chercheur associé du Musée, se sont aussi joints à l’équipe.

Une femme debout dans une rivière sort un cadre de métal de l’eau.

Isabelle Picard retire un quadrat de 0,5 m par 0,5 m du fond de la rivière des Outaouais. Cet outil est utilisé pour échantillonner les moules. Image : Jean-François Desroches © Jean-François Desroches

Nous voici donc barbotant côte à côte, tous curieux de voir ce que nous trouverons dans nos quadrats (notre outil d’échantillonnage). La rivière charriait beaucoup d’algues et de détritus, si bien qu’on voyait mal à travers l’eau trouble. Nous devions donc tâter le fond de la rivière à la recherche de mollusques. Nous plantions aussi les doigts dans la boue jusqu’à cinq centimètres environ afin de repérer les moules adultes ou juvéniles enfouies. Nous en avons trouvé de belles grosses situées plus profond encore. Au niveau de l’argile dure, certains bivalves tenaces trouvaient le moyen de creuser d’étroits et longs tunnels. J’ai donc macéré dans l’argile et la boue quatre jours durant – ce qui m’a fait une peau de satin.

Je suis comme on dit « de taille modeste », mais qu’à cela ne tienne. Avec mon équipement de plongée en apnée, j’atteignais facilement le fond de la rivière. Je m’y étendais de tout mon long et passais ainsi mes journées tranquillement, à fouiller la vase pour satisfaire ma curiosité.

Nous avons effectivement retrouvé le potamile ailé, à la forme originale. Je n’avais jamais vu ce mollusque vivant. Nous avons aussi récolté de minuscules juvéniles de diverses espèces — de petites moules bien saines et bien moulées, qui se demandaient sans doute ce qu’elles faisaient à l’air libre pour la première fois de leur vie.

Une femme debout dans une rivière, de l’eau jusqu’à la taille, examine un petit coquillage qu’elle tient dans sa main. Elle tient un masque de plongée et un tuba dans l’autre main.

Isabelle Picard examine une coquille de près. Image : Jean-François Desroches © Jean-François Desroches

J’ai eu beaucoup de plaisir à observer ces créatures recluses. Elles se referment à toute vitesse, laissant parfois dépasser un morceau d’herbe ou d’écorce entre leurs valves. Comme je flottais toute la journée dans le courant, beaucoup d’algues se prenaient dans mes cheveux. Mais même si je les lavais tous les soirs, ils sont restés soyeux. Cela doit venir d’une propriété naturelle des algues.

Un potamile ailé, Potamilus alatus, sur le sable en bordure de la rivière des Outaouais.

Un potamile ailé, Potamilus alatus, se prête à une séance de photos sur une plage du Parc national de Plaisance, au Québec. Image : Maude Coté-Bédard © Maude Côté-Bédard\Parc national de Plaisance

Ces voyages d’études exigent beaucoup de temps et d’efforts. Plus tard, nous compilerons et analyserons les données, confortablement installés dans notre bureau ou au laboratoire. Mais sur le terrain, les journées sont longues. Lorsqu’on reste sous l’eau pendant des heures, on finit par grelotter. Nous faisions donc des pauses pour recueillir des données GPS, noter des observations dans nos carnets, faire le plein de carburant et reprendre des forces. Par chance, il a fait beau. Le soleil non seulement réchauffe la femme de science, il la fait aussi bronzer à vue d’oeil!

Sans oublier l’effet de massage. À force d’avoir creusé, nagé, écouté le chant mélodieux des oiseaux et baigné dans un décor bleu et vert, j’ai les yeux plus brillants! Mes muscles sont si détendus que même avec un fusil pointé sur moi, je ne me raidirais pas. Il n’y a pas à dire : être biologiste me procure un réel bien-être, en ce moment.

Une moule adulte de l’espèce potamile ailé, Potamilus alatus, dans la main d’une femme.

Maude Coté-Bédard tient un potamile ailé, Potamilus alatus, adulte dans sa main. La moule mesure environ 10 cm de longueur. Image : Jean-François Desroches © Jean-François Desroches

Une moule adulte de l’espèce potamile ailé, Potamilus alatus, dans la main d’une femme.

Un magnifique potamile ailé, Potamilus alatus, juvénile trouvé dans le Parc national de Plaisance. La moule mesure environ 2,2 cm. Notez que la jeune moule ressemble étroitement à l’adulte (montrée ci-dessus). Image : Jacqueline Madill © Musée canadien de la nature



Pour en apprendre plus sur la présence du potamile ailé dans la rivière des Outaouais, vous pouvez consulter :
Isabelle Picard, I., Desroches, J.-F., Schueler, F.W., Martel, A.L. (2009). Modern records of the pink heelsplitter mussel, Potamilus alatus (Say, 1817), in the Ottawa River drainage, Québec and Ontario, Canada. Northeastern Naturalist 163(3): 355-364.

Version en ligne de l’article.

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