Du microscope aux fjords de Norvège

On me demande souvent ce que fait une minéralogiste au Musée canadien de la nature. Eh bien, je dirais un peu de tout… Il est vrai que je passe le plus clair de mon temps à scruter le niveau atomique des minéraux : je collecte des données de diffraction des rayons X afin de mieux comprendre leur structure cristalline atomique et j’étudie des données de microsonde électronique ou laser pour déterminer leur composition chimique. Bref, beaucoup de temps devant l’écran de mon ordinateur à manipuler et à analyser des données ou à rédiger des articles pour des revues spécialisées.

De temps en temps, je quitte toutefois ce monde de l’atome pour porter mon regard plus loin, par exemple sur la région des fjords d’Oslo en Norvège! La Norvège est un pays magnifique, qui rappelle le Nouveau-Brunswick, ou encore le nord de l’Ontario avec un océan. On y rencontre des fjords profonds qui plongent dans la mer du Nord, d’immenses forêts de hêtres et de pins, des champs de pomme de terre, d’oignon, de carotte et d’avoine, des falaises vertigineuses et une côte rocheuse parsemée de villages de pêche.

Paula Piilonen debout dans une vaste carrière en exploitation.

La minéralogiste du Musée Paula Piilonen à la carrière Klåsta, à Tjølling, un secteur de la municipalité de Larvik en Norvège. Recueillir des échantillons dans une carrière demande une bonne coordination avec les travailleurs locaux, qui utilisent de l’équipement lourd et effectuent du dynamitage dans le cadre de leur travail. Image : Glenn Poirier © Musée canadien de la nature

Glenn Poirier et moi-même étions en Norvège en juillet 2011 non pour en admirer les panoramas, au demeurant magnifiques, mais pour des raisons scientifiques : la poursuite d’un projet de recherche sur le complexe de roches plutoniques de Larvik. (Vous pouvez voir l’album de photos de ce voyage de recherche dans Flickr.)

C’est en 2003 que j’ai visité pour la première fois cette formation géologique unique en forme d’anneaux, qui se situe à une centaine de kilomètres au sud d’Oslo. Sur le plan géologique, on peut décrire ce complexe comme une immense intrusion ignée mise en place par une succession de poussées magmatiques, lesquelles se sont souvent chevauchées et forment aujourd’hui des cercles concentriques à la surface du sol.

Le principal type de roche de ce complexe à anneaux est une roche ignée à grains grossiers nommée larvikite. Prisée comme pierre de construction ou d’ornement, la larvikite est exploitée à grande échelle. Si vous connaissez l’édifice abritant les bureaux du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada au centre d’Ottawa, alors vous savez ce qu’est la larvikite. Le maclage des feldspaths confère à cette pierre son iridescence bleutée caractéristique. On exploite les carrières de larvikite du sud de la Norvège depuis la fin du XIXe siècle. En 2008, la larvikite a été déclarée roche officielle de la Norvège.

Mais Glenn et moi n’étions pas là pour choisir un comptoir de cuisine de luxe en larvikite, mais plutôt pour étudier la composition chimique et minéralogique des pegmatites alcalines présentes dans ce complexe. Au cours de mon voyage précédent dans la région en 2003, j’ai collecté des échantillons de pegmatites au sein de chacun des anneaux pour comprendre l’évolution du magma à partir duquel elles s’étaient formées.

Paula Piilonen recueille un échantillon de roche dans la carrière Klåsta.

La minéralogiste Paula Piilonen recueille un échantillon de roche dans la carrière Klåsta. Image : Glenn Poirier © Musée canadien de la nature

La seconde excursion visait deux buts : découvrir de nouvelles pegmatites à l’intérieur des anneaux les plus jeunes et les plus évolués et recueillir des échantillons de larvikite du complexe en entier. Sous forme de roches complètes, ces derniers échantillons ne révèleront sans doute pas de nouvelles espèces de minéraux, mais serviront à suivre l’évolution des éléments en trace du complexe et à dater chaque anneau.

Nous étudions une formation géologique exceptionnelle qui a intéressé les scientifiques et les minéralogistes depuis le milieu du XVIIIe siècle. De fait, en 1890, il y a donc plus d’un siècle, W. C. Brøgger publiait un des grands classiques de minéralogie sur les minéraux des pegmatites du sud de la Norvège. Il a étudié la formation géologique de la région d’Oslo et a fourni des descriptions détaillées de nombreuses pegmatites. Des 80 espèces minérales qu’il a décrites, 13 étaient nouvelles.

Nous suivons aujourd’hui ses traces. En 10 jours, nous avons réussi à collecter des échantillons provenant de 50 sites, qui ont rempli quatre gros seaux. D’un poids total d’environ 80 kilogrammes, ces roches ont traversé l’Atlantique sur un porte-conteneurs pendant l’été.

Maintenant que les échantillons sont à mon laboratoire, le gros du travail commence. Je me concentrerai à nouveau sur des données et des techniques révélant le niveau atomique, ceci afin de mieux comprendre la réalité macroscopique du complexe de roches plutoniques de Larvik.

A propos Paula Piilonen

A mineralogist with the Research Division at the Canadian Museum of Nature.
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