Énergie renouvelable : le débat

« Nous sommes devenus dépendants de l’énergie bon marché », s’exclame David Chernushenko. Plusieurs hochent la tête en signe de coupable acquiescement. Il existe de nouvelles ressources énergétiques plus propres, mais la majeure partie de la population ne semble pas prête à débourser davantage pour se les procurer. De plus, beaucoup s’inquiètent de la machinerie et des répercussions que pourrait avoir la production de cette énergie sur l’environnement.

Voilà une des questions débattues au deuxième Café scientifique qui s’est tenu au Musée le 25 novembre 2011 sous le thème : « Peut-on produire toute l’énergie dont nous avons besoin à partir de ressources renouvelables? »

David Chernushenko et Matthew Bramley assis à une table.

David Chernushenko (à gauche) et Matthew Bramley tentant de répondre à la question : « Peut-on produire toute l’énergie dont nous avons besoin à partir de ressources renouvelables? » Image : Sarah McPherson © Musée canadien de la nature

Les deux conférenciers invités étaient David Chernushenko, cinéaste, vulgarisateur et conseiller de la ville d’Ottawa ainsi que Matthew Bramley, membre éminent de l’institut Pembina, conseiller et chercheur en matière d’énergie.

Le documentaire produit et réalisé David Chernushenko sous le titre de L’énergie au pouvoir était très à propos, puisqu’il explore les mesures à prendre pour changer les attitudes dans une société trop habituée à « presser sur l’interrupteur, à tourner la clef et à payer ensuite ».

Notre hésitation à agir en faveur de formes d’énergie plus propres revient finalement aux questions de surconsommation et à notre espoir de voir le problème se régler de lui-même. Pendant la discussion, M. Chernushenko a souligné que « les humains portent un amour démesuré à la technologie » et qu’ils « sont toujours à la recherche d’une invention pour résoudre tous leurs problèmes d’énergie ». Il a ensuite demandé aux participants combien d’entre eux pensaient, par exemple, à un geste aussi simple que de baisser le thermostat avant de quitter leur maison. Peu de mains se sont levées.

Il va sans dire que, pour accroître l’efficacité et promouvoir la conservation, de nouvelles technologies doivent être envisagées et intégrées au besoin à notre mode de vie. Mais il ne s’agit là que d’une partie de la solution. Et, comme l’a fait ressortir David Chernushenko, il faut aussi se pencher sur ce que chacun de nous peut faire pour diminuer ou tout au moins ne pas accroître cette insatiable demande d’énergie.

Une prise de vue du film L’énergie au pouvoir montrant un champ d’éoliennes.

Des éoliennes du film L’énergie au pouvoir. Image : David Chernushenko © David Chernushenko

Ont également été abordées les inquiétudes que soulevaient l’installation et l’équipement souvent encombrant et bruyant de ces nouvelles technologies.

Dans son film, David Chernushenko a interrogé plusieurs résidents de l’île Wolfe, près de Kingston en Ontario, sur l’installation de dizaines d’éoliennes près de leur demeure et sur l’appréhension et l’irritation ressenties.

Pendant la discussion du Café scientifique, une participante a justement souligné que ces grosses machines, souvent concentrées sur une aire réduite, étaient mal accueillies par la population. Vivant dans une zone rurale au sud d’Ottawa où il est question d’installer des éoliennes, elle a déclaré  avoir « choisi de vivre [à la campagne] pour améliorer [sa] qualité de vie », comme la plupart des ruraux.

Or, ce sont précisément ces zones qui sont exploitées, puisqu’elles offrent l’espace nécessaire pour les équipements massifs dans ce genre de production. De plus, on avertit souvent les résidents après que la décision politique a été prise. La participante insiste « sur l’inquiétude de la population et sur son sentiment de n’avoir rien à dire et de devoir se résigner ».

Entièrement d’accord avec elle, David Chernushenko a précisé que les représentants du gouvernement ne rendaient pas service aux gens en les exhortant à ne pas s’inquiéter. Il déplore également – et il le soulève dans son film – que le Canada a choisi d’imposer les éoliennes aux résidents plutôt que d’imiter les pays d’Europe du Nord, où les citoyens possèdent et gèrent les éoliennes en coopératives. Les Canadiens seraient peut-être plus réceptifs s’ils obtenaient non seulement un avantage financier, mais aussi un droit de regard concernant la gestion de l’énergie.

Pour Matthew Bramley, même si ces coopératives ne sont pas pour demain au Canada, les grandes sociétés devraient distribuer l’énergie et permettre une plus grande diversité dans les modes et les lieux de production. Les gens seraient moins réticents si on n’installait que quelques éoliennes près de chez eux plutôt qu’un grand nombre, comme c’est le cas à l’île Wolfe, où on en compte actuellement 86.

Le consensus qui s’est dégagé est le suivant : Même si on pouvait produire toute notre énergie à partir de ressources renouvelables, comme le vent, le soleil, la géothermie, les marées, ou une combinaison de ces sources, nos mauvaises habitudes de surconsommation et de gaspillage continueraient de provoquer des pénuries.

Un groupe de personnes discutant autour d’une table.

Un groupe de participants du Café scientifique discutent des ressources en énergie renouvelable. Image : Sarah McPherson © Musée canadien de la nature

Les nouvelles technologies ne manqueront pas d’accroître l’efficacité, mais il ne faut pas s’en remettre entièrement à elles pour répondre à notre demande sans cesse croissante. Une société qui peut produire la totalité de son énergie à partir de ressources renouvelables peut nous apparaître comme un idéal à atteindre, mais cela restera un rêve tant qu’on ne changera pas nos habitudes bien ancrées.

Renseignements complémentaires

Pour en savoir davantage sur le documentaire de David Chernushenko ou pour en commander un exemplaire, consultez :
http://www.powerfulthemovie.com/ (en anglais seulement)

Bien qu’elles ne concernent pas particulièrement le Canada, ces deux publications (en anglais seulement) fournissent de précieux renseignements sur les changements climatiques ainsi que quelques leçons intéressantes pour notre pays :

  • Sustainable Energy Without the Hot Air, de David Mackay
    On y aborde les questions de la demande croissante d’énergie, de l’efficacité et de la conservation ainsi que des nouvelles sources d’énergie.
    www.withouthotair.com
  • Renewable Energy Sources and Climate Change Mitigation: Special Report on the Intergovernmental Panel on Climate Change
    Cette publication porte sur la capacité des énergies renouvelables à contribuer à   assurer l’avenir énergétique de la planète et à diminuer les changements climatiques.
    http://srren.ipcc-wg3.de/report
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