Oh hisse la baleine!

Au cours de leur vie, les baleines parcourent d’innombrables milliers de kilomètres avec une apparente légèreté. La densité de l’eau soutient leur masse énorme et confère grâce et élégance à leurs mouvements dans l’immensité de l’océan. Leur gigantisme, que l’on peine à s’imaginer, ne semble leur causer aucun souci dans leur milieu aquatique.

Mais déplacer un spécimen de baleine d’une grande valeur scientifique et culturelle dans notre monde terrestre est une tout autre affaire. C’est un processus long et laborieux qui réclame des méthodes et des outils spécialisés, ainsi que des jours et des jours de planification. Et, au Musée canadien de la nature, nous sommes bien placés pour le savoir!

Vue de deux squelettes articulés de grand cachalot, Physeter catodon, dans l’exposition Baleines Tohorā.

Les deux squelettes de grand cachalot, Physeter catodon, que seront en vedette dans l’exposition Baleines Tohorā. © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa, 2008

Nous avions déjà préparé et monté notre propre rorqual bleu pour la Galerie de l’Eau Bleue RBC, et nous nous préparons maintenant à accueillir la magnifique exposition Baleines Tohorā, qui nous vient de Nouvelle-Zélande. Elle contient de nombreux spécimens de baleines que jamais nous n’aurions pu voir au Canada. Et certains d’entre eux sont, disons, plutôt grands.

Parmi les spécimens rares dotés d’une valeur culturelle inestimable figure un couple de grands cachalots montés ensemble dans une pose expressive. Le crâne du mâle est l’objet le plus volumineux et le plus lourd de l’exposition. On devra déployer des efforts herculéens pour que nos visiteurs puissent l’admirer. Pendant son transport, il sera placé dans un chariot construit spécialement pour l’occasion. Ensemble, le chariot et le crâne mesurent 5,2 m (17 pi) de longueur et pèsent 2200 kg (4850 lb).

Motif en mosaïque sur le plancher du Musée.

Le plancher de mosaïque patrimonial du Musée sera recouvert durant l’opération ‘hissage’. Image : Martin Lipman © Musée canadien de la nature

Le crâne arrivera au Musée dans un camion et c’est là que le plaisir commence! Le dimanche 5 février 2012, le Musée fermera ses portes à 17 h comme d’habitude. Mais cette fois, toute une flopée de techniciens spécialisés seront à pied d’oeuvre dès la fermeture pour préparer l’arrivée du précieux colis.

Un groupe se chargera d’installer, à l’entrée principale du château, une tente de 20 pieds sur 30 équipée d’un chauffage au propane. C’est par là que le crâne et trois autres objets surdimensionnés feront leur entrée. On ne peut les décharger comme les autres pièces à la plateforme de chargement puisqu’ils n’entrent pas dans le monte-charge.

Une autre équipe s’emploiera à assembler les échafaudages sur mesure et à hisser des madriers et des poulies fixes au-dessus de l’escalier historique de pierre du vestibule. La troisième équipe devra enlever les doubles portes automatisées et le cadre qui séparent le vestibule du foyer. Le Musée a en effet été conçu pour des visiteurs humains, pas pour des baleines!

Vue en plongée de l’Atrium du Musée canadien de la nature.

L’Atrium du Musée. Les spécimens seront hissés à l’aide d’un treuil jusqu’au 4e étage. Le plancher de mosaïque, y compris l’orignal dans le foyer, sera recouvert pour l’occasion. Image : Chuck Clark © Chuck Clark

L’équipe numéro quatre tapissera le sol de l’Atrium de près de 90 panneaux de contreplaqué pour en protéger la magnifique mosaïque sur le passage du crâne. La cinquième équipe montera la plateforme de hissage spécialement conçue pour l’occasion, dont les pièces ont été fabriquées à l’extérieur.

La sixième équipe retirera les balustrades antiques au quatrième étage de la mezzanine. La septième s’occupera d’enlever les vitres de la porte automatisée et les panneaux latéraux de l’entrée de la galerie est du quatrième étage, où sera présentée l’exposition Baleines Tohorā.

Tous ces préparatifs devront être exécutés le dimanche soir, car le lendemain, lundi 6 février, que nous avons baptisé « Jour de hissage », le travail débutera à la première heure.

Le personnel technique arrivera à 6 h 30, le camion à 7 h. Un gros appareil élévateur télescopique attendra dehors pour décharger le crâne et le déposer dans la tente. Le chariot sur lequel il se trouve est isolé et comporte un cadre protecteur. Il ne s’agit pas uniquement d’un objet surdimensionné, c’est aussi un précieux spécimen de musée qui mérite d’être manipulé avec soin en observant les normes de conservation. La tente sert justement à protéger le crâne des caprices météorologiques auxquels on peut s’attendre au beau milieu de l’hiver canadien. Le crâne sera aussi recouvert d’une housse isolante afin d’assurer sa protection tout au long de l’opération.

De la tente, on transportera le crâne dans le vestibule, on lui fera franchir les marches et le halera jusqu’au sol protégé de l’Atrium.

Une poutre installée au plafond de l’Atrium.

L’installation des nouvelles poutres de soutien au plafond de l’Atrium. Image : Martin Leclerc © Musée canadien de la nature

Pendant ce temps, on se préparera pour le grand hissage. Si vous êtes un visiteur fidèle et que vous avez le sens de l’observation, vous avez peut-être remarqué deux grosses poutres au plafond de l’Atrium, qui déparent quelque peu le décor victorien du puits de lumière. Ces poutres ont été fixées aux fermes du puits de lumière au début janvier spécialement pour cette opération.

Les responsables du levage attacheront aux poutres deux poulies fixes pesant près de 2 tonnes et ils les relieront au harnais situé 30 m (98 pi) plus bas. Une fois tout en place, il faudra inspecter l’appareillage et obtenir l’approbation de poursuivre l’opération. Ensuite, à l’action! Le crâne sera attaché dans le harnais, puis il faudra compter de 15 à 20 minutes pour le hisser au 4e étage. À ce rythme, on ne peut parler d’une baleine volante!

Une fois en haut, on halera le crâne dans la mezzanine puis dans la galerie. On devra répéter cette opération avec les trois autres spécimens trop gros pour le monte-charge.

Ouf! Mais pas question pour autant de retourner chez soi! Il faudra en effet tout remettre en place pour l’ouverture du Musée : remonter les portes, les balustrades, démanteler les échafaudages et la plateforme, démonter la tente, retirer les contreplaqués et entreposer tout ce matériel.

Après cela, l’Atrium aura retrouvé son aspect normal et nous pourrons commencer à installer l’exposition… Puis en septembre, le même ballet se répétera, cette fois pour tout démonter!

Cet article a été publié dans Baleines Tohorā, Expositions, Les outils du métier. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s