Le périple de Tū Hononga

Comment la baleine a atteint le sommet

Après des mois d’attente, de planification et de construction, le jour J est enfin arrivé. Je suis arrivée très tôt sur les lieux afin de ne rien manquer. Quand le camion semi-remorque transportant le crâne de Tū Hononga a fait son apparition au coin de la rue, l’excitation a atteint son comble.

Un homme soufflant dans un coquillage en spirale.

Conservateur au musée Te Papa, Shane James entame le Karakia en soufflant dans un pukaea (sorte de cor maori). Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

Tū Hononga (qui signifie « le lien » en maori) est un grand cachalot mâle dont le squelette complet sera exposé à côté de celui d’une femelle dénommée Hinewainui, dans la prochaine exposition Baleines Tohorā. Le crâne et la mâchoire de Tū Hononga sont trop volumineux pour être transportés au quatrième étage en monte-charge. C’est aussi le cas d’un autre spécimen et de deux panneaux. Pour faire entrer ces énormes pièces par la porte d’entrée principale et pour les déplacer jusque dans l’atrium en vue de les hisser au quatrième étage, l’équipe des expositions, le service des installations et plusieurs entrepreneurs ont dû enlever les portes, protéger les planchers et construire de a à z deux systèmes complets de levage.

Le Musée canadien de la nature a présenté de nombreuses expositions itinérantes venant de partout dans le monde, mais aucune de ces expositions temporaires n’a réclamé autant de préparation.

Une équipe de spécialistes du musée Te Papa Tongarewa de Nouvelle-Zélande accompagne l’exposition Baleines Tohorā à chacun des sites d’exposition. Ils jouent un rôle essentiel dans le montage de l’exposition. Ça été pour moi un honneur d’être une des rares personnes à assister à un Karakia, une incantation traditionnelle maorie qu’a célébrée un gestionnaire de collection du musée Te Papa avant que les spécimens ne soient retirés du camion. Cette cérémonie vise à assurer une issue heureuse aux entreprises importantes.

Vue du vestibule avec les échafaudages, le crâne de la baleine et les gens.

Le crâne a été levé, centimètre par centimètre, au-dessus de chaque marche du vestibule. Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

L'extrémité la plus grosse du crâne passe juste dans l'encadrure de la porte.

Le crâne est passé tout juste dans l'encadrure de la porte, même si les portes et le cadre avaient été enlevés. C'est au grand soulagement de tous que Tū Hononga a fait son entrée dans l'édifice. Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

On a ensuite déchargé soigneusement chaque pièce du camion pour les faire rouler à travers une tente chauffée puis par l’entrée principale du Musée. Pour franchir le premier escalier, il a fallu recourir à un palan manuel fixé à des échafaudages. Ce système a été fabriqué sur mesure pour le vestibule de taille restreinte du Musée.

Alors que cette énorme masse gravissait péniblement les marches, une dizaine de spectateurs se demandaient si ce crâne, enveloppé dans des couches de matière isolante, protégé d’un cadre de bois et posé sur une plateforme à roulettes, passerait par l’encadrure de la porte. Mais en fait ce sont les escaliers qui nous ont joué un tour : avec les chaînes de hissage, on n’a pas réussi à soulever suffisamment la charge pour franchir la dernière marche. On a essayé un chariot élévateur pour les deux centimètres restants, mais on n’est pas arrivé pas trouver le bon angle d’approche pour ne pas faire de dégâts. Les entrepreneurs ont finalement utilisé un palan à chaîne spécial et un treuil manuel, ce qui a permis de soulever la plateforme suffisamment pour franchir la dernière marche.

Le crâne de Tū Hononga a été la première pièce à entrer dans le Musée, mais il n’a pas été hissé tant que la mâchoire, le squelette de baleine pygmée et les deux grands panneaux n’ont pas été transportés eux aussi à l’intérieur selon le même procédé. Ces opérations se sont déroulées sans heurts, l’équipe ayant tiré les leçons de sa première expérience. Ensuite, les pièces ont été roulées sur une rampe conduisant à l’atrium puis de l’autre côté du bureau de réception et déposées devant le grand escalier. Une autre équipe attendait pour équilibrer les pièces et les fixer solidement à la plateforme et pour les hisser au quatrième étage.

Le crâne de baleine en train d'être hissé au quatrième étage.

On sait que le grand cachalot (Physeter catodon) peut plonger à une profondeur de 3 km. Mais qu'il puisse ainsi s'élever dans les airs est sûrement une première! Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

Vue de l'atrium du rez-de-chaussée au quatrième étage avec une caisse sur le point d'être hissée.

Haut ↑. La mâchoire de Tū Hononga hissée jusqu'au quatrième étage. Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

Le crâne du cachalot mâle, qui pèse quelque 795 kg (1 750 lb), a été le premier à faire son entrée dans l’édifice mais le dernier à être hissé au quatrième. La fébrilité était palpable.

Alors que l’opération tirait à sa fin et que les gens commençaient à se féliciter et à se donner des tapes dans le dos, un épouvantable craquement s’est fait entendre (et croyez-moi, l’écho est terrible dans l’atrium). Je n’ai pas eu besoin de chercher ce qui se passait : tous les yeux fixaient le crâne en équilibre instable au bord de la mezzanine surplombant un vide de quatre étages.

Le crâne parvient au quatrième étage.

C'était le plus mauvais moment pour qu'un pépin survienne. Et c'est à ce moment-là qu'on a entendu cet effroyable craquement! Photo : Jennifer-Lee Mason © Musée canadien de la nature

J’ignore encore ce qui a causé ce bruit et comment se sont senties les autres personnes présentes parce que, quelques secondes après, le crâne se trouvait en sécurité, tiré sur la mezzanine puis dans la salle d’exposition.

Au cours des derniers moments de son périple, je me suis demandé si l’esprit de Tū Hononga était heureux de voir combien d’esprits, de mains et de cœurs avaient œuvré de concert pour qu’il soit présenté à nos visiteurs. Grâce à ce périple, il incarne bien son nom : le lien.

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2 commentaires pour Le périple de Tū Hononga

  1. Palan manuel dit :

    Quelle entreprise délicate !!! Encore bravo pour la réussite de cet immense cachalot !

    Alex

  2. Ping : Les cachalots : mes spécimens préférés dans Baleines Tohorā | Le blogue du Musée canadien de la nature

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