Le riche héritage de Catharine Parr Traill, pionnière, auteure et botaniste

Portrait miniature de Catharine Parr Strickland.

Miniature de Catharine Parr Strickland (son nom de jeune fille). Image : Archives nationales du Canada, C-067337 © Domaine public

La Journée internationale de la femme est l’occasion, pour nous à l’Herbier national du Canada, de rendre hommage aux femmes, et elles sont nombreuses, qui ont contribué à façonner notre compréhension des plantes et notre attachement à la vie végétale du Canada.

Cette année, j’aimerais mettre à l’honneur Catharine Parr Traill, qui a mis tout son talent artistique dans la réalisation d’une vingtaine d’herbiers reliés (livres vierges remplis de plantes pressées et d’annotations) qui constituent aujourd’hui un joyau de la collection de plantes du Musée canadien de la nature.

Chacun des herbiers de Catharine Parr Traill possède une histoire, un contenu et un intérêt propres. En août 2011, Marion Cinqualbre a décrit nos efforts de conservation en vue de stabiliser et de numériser ces précieux documents historiques.

Pourquoi ces herbiers ont-ils tant de valeur? En immigrant en 1834, Catharine Parr Traill a quitté une vie confortable au milieu de proches attentionnés en Angleterre pour une cabane grossière au milieu de la forêt canadienne, où elle ne devait compter que sur elle-même. C’est ce qu’on appelle une transition brutale!

Collage de deux photos : une page d’herbier comportant plusieurs plantes et feuilles séchées, et une page d’herbier comportant des feuilles, fleurs et fruits d’un érable à Giguère, Acer negundo.

Catharine Parr Traill remplissait parfois des pages avec plusieurs plantes provenant d’endroits différents (à gauche). Catalogue: CAN 588170. À d’autres occasions, elle appliquait un style plus scientifique en disposant un seul spécimen par page, avec l’endroit et la date de la cueillette. On voit ici (à droite) un spécimen d’érable à Giguère, Acer negundo. Images : Jennifer Doubt/Carolyn Leckie © Musée canadien de la nature

Contrairement à beaucoup d’autres qui n’ont pas pu s’y faire, elle a décidé d’assumer sa nouvelle vie. Elle a appris de ses nouveaux voisins et a réussi non seulement à effectuer le travail de ferme et à élever ses enfants, mais à publier 22 livres (comme The Backwoods of Canada en 1836, traduit en français dès 1843 sous le titre de Les forêts intérieures du Canada, et The Female Emigrant’s Guide en 1854). Courageusement, elle a apprivoisé son nouvel environnement, parfois hostile, et nous en a laissé des témoignages.

Voeux de Catharine Parr Traill à sa fille écrits sur un morceau de carton et comportant une photographie de l’auteure.

Catharine Parr Traill est décédée en 1899 à l’âge de 97 ans, environ un an après avoir écrit ce mot à sa fille. Catalogue : CAN 596093. Image : Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature

À titre de botaniste autodidacte, Catharine Parr Traill a jeté un pont entre la science et la culture populaire et ses travaux ont attisé la passion de milliers d’amateurs. Ceux-ci ont consacré leur temps libre à collecter des spécimens végétaux et autres qui sont venus alimenter le savoir scientifique et les efforts de conservation des espèces.

Sa demeure près du lac Rice au Haut-Canada (aujourd’hui l’Ontario) se trouvait dans un habitat de prairie et de savane de chênes qui a beaucoup changé au cours des deux derniers siècles. Les scientifiques étudient aujourd’hui les spécimens collectés par ses soins pour reconstituer ces communautés végétales anciennes.

Illustré à la main par sa nièce Agnes Fitzgibbon, son ouvrage Canadian Wildflowers (1868) figure parmi les premiers guides de terrain du Canada. Le Musée canadien de la nature possède un des 500 exemplaires de la première édition de ce livre.

Les écrits de Catharine Parr Traill et de sa sœur Susannah Moodie (comme Roughing it in the Bush écrit en 1852) ainsi que de leurs biographes (p. ex. Charlotte Gray, Sisters in the Wilderness, 2000) confèrent une dimension humaine tout à fait inédite à sa collection de plantes de l’Herbier national.

Alors que nous disposons généralement de peu de données sur les personnes qui ont cueilli les spécimens de l’Herbier, si ce n’est parfois la date et le lieu de collecte, nous connaissons relativement bien la vie aventureuse et même le caractère de Catharine Parr Traill. Le fait de voir ses collections et son écriture manuscrite en contexte a profondément touché des gens de divers horizons.

Les personnes qui visitent la collection de Catharine Parr Traill à notre édifice des collections et de la recherche à Gatineau préparent des projets en divers domaines, beaux-arts, intendance des terres, études des femmes, littérature, histoire canadienne et, bien sûr, en botanique.

Nous avons même accueilli des gens sur lesquels Catharine Parr Traill avait laissé une si forte impression qu’ils voulaient simplement se faire photographier à côté du meuble où ses trésors sont conservés pour les générations à venir.

De cette femme hors du commun, chérissons l’exemple et le legs inestimable qu’elle nous a laissés. Joyeuse Journée internationale de la femme!

Un spécimen de plante collé sur un échantillon de tissu.

Catharine Parr Traill utilisait tout ce qu’elle avait sous la main pour y coller ses spécimens de plante… même un échantillon de tissu! Catalogue : CAN 596098. Image : Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature

Cet article, publié dans Collections, Histoire, Plantes et algues, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s