Comme une aiguille dans une botte de foin

Les spécimens des collections d’histoire naturelle n’ont pas tous le même intérêt. Au Musée canadien de la nature, on s’attache à classer chacun d’entre eux selon son importance scientifique. On dispose de cinq catégories, la première renfermant les spécimens uniques, de grand intérêt, et la cinquième rassemblant ceux qui sont jugés utiles mais moins importants à préserver.

Pour décrire une nouvelle espèce de plante ou d’animal, les scientifiques se fondent généralement sur un seul spécimen, que l’on appelle spécimen-type. Comme il constitue la meilleure source de données sur l’espèce en question, on conserve précieusement ce spécimen irremplaçable dans une collection muséale. À ce jour, on a ainsi décrit environ 1,9 million d’espèces sur Terre. Le spécimen-type d’une espèce donnée sert de point de référence pour toutes les études ultérieures. Quand on décrit une nouvelle espèce, on attribue une cote spéciale au spécimen-type afin que tous les chercheurs puissent y avoir accès.

Un crâne articulé de dinosaure de l’espèce Thespesius saskatchewanensis avec son étiquette de collection. NMC 8509.

Le spécimen-type de Thespesius saskatchewanensis provenant de Saskatchewan. La taille de ce dinosaure à bec de canard est comparable à celle d’un gros four à micro-ondes. Catalogue : NMC 8509. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

C’est ainsi que procèdent avec succès les musées d’histoire naturelle depuis des siècles, surtout pour les espèces que l’on peut voir à l’oeil nu. Si vous souhaitez réexaminer la classification de groupes d’espèces, vous devrez en consulter le matériel type. Pour ce faire, il vous faudra joindre un conservateur qui étalera les spécimens sur une table afin que vous puissiez les étudier. Ce type de demande est fréquent au Musée.

Mais toutes les espèces ne se ressemblent pas. Les scientifiques découvrent chaque année de nouvelles espèces de mégafaune, mais la majeure partie des découvertes, et au demeurant des espèces de notre planète, sont minuscules, voire microscopiques.

Une diatomée, Neidium staturaium.

Le spécimen-type d’une espèce de diatomée, Neidium staturaium, de la taille d’un globule rouge provenant d’Amérique du Nord. Catalogue : CANA 43894. Image : Paul Hamilton © Musée canadien de la nature

Certaines espèces d’algue (protistes) appartiennent au monde microscopique. Même si nous ne pouvons pas les voir, ces microorganismes (comme les diatomées) sont le fondement du réseau alimentaire aquatique. Ils soutiennent, directement ou indirectement, toutes les autres formes de vie allant des plus petits crustacés jusqu’aux énormes baleines.

De nouveaux spécimens microscopiques viennent garnir régulièrement les collections muséales sous forme de lamelles préparées à des fins d’analyse. Quand il s’agit d’une nouvelle espèce, on la décrit selon le même procédé que les autres, normalement à partir d’un seul spécimen. Mais cela pose un problème, car le spécimen-type se trouve sur la même lamelle que des milliers d’autres. Comment le conservateur peut-il faire pour rendre ce précieux organisme facilement repérable?

Lamelle de verre quadrillée portant le numéro 465 au centre et l’échelle de 200 µm.

Une lamelle de repérage telle qu’on la voit au microscope. Image : Friedel Hinz © Alfred Wegener Institute

Certains conservateurs préparent une lamelle de repérage dont le quadrillage et les numéros permettent de situer le spécimen. Ils repèrent d’abord le spécimen en question sur la lamelle d’échantillon, puis la retirent en tâchant de conserver les mêmes réglages du microscope. Ils la replacent ensuite avec la lamelle de repérage quadrillée et notent les coordonnées du microorganisme. Celles-ci, extrêmement importantes, deviendront le code du spécimen-type. Il ne faut jamais perdre les lamelles de repérage, car alors la collection entière serait inutilisable. On recourt à cette méthode à l’institut allemand Alfred Wegener.

Les spécimens sur lamelles sont couverts d’une fine pellicule de verre. Une autre méthode de repérage consiste à graver, à l’aide d’un diamant minuscule, un cercle autour du spécimen microscopique sur le verre du dessus. L’Academy of Natural Sciences de Philadelphie aux États-Unis emploie cette technique.

Selon une troisième méthode, on établit un point de départ sur la lamelle et on décrit un itinéraire conduisant au spécimen-type en indiquant la direction vers le haut, le bas ou en diagonale en millimètres.

En combinant l’une de ces trois méthodes et la photographie, qui permet d’enregistrer un champ d’observation, il est relativement facile de retrouver un spécimen.

Au Musée canadien de la nature, nous employons les trois techniques pour repérer nos spécimens microscopiques, mais le plus souvent les deux premières. Les autres collections du Musée contiennent plus d’un millier de spécimens-types de plantes, d’animaux, de fossiles et de minéraux.

Un bousier, Phanaeus genieri, épinglé avec son étiquette de collection.

Le spécimen-type d’un insecte, Phanaeus genieri, du Mexique. Ce bousier est de la taille d’une pièce de 25 cents. Catalogue : CMNEN 2002-0158. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

Cet article, publié dans Collections, Les outils du métier, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s