Une flore! Mais pourquoi?

Voici le dernier article d’une série de cinq ayant pour thème la recherche sur la flore arctique effectuée au Musée canadien de la nature. Le chercheur Paul Sokoloff nous présente le travail de terrain et de laboratoire qui mènera à la préparation de la première flore de l’Arctique de l’Amérique du Nord.

Corallorhize trifide, Corallorhiza trifida.

La corallorhize trifide, Corallorhiza trifida, est une espèce d’orchidée qui était inconnue dans l’ouest de l’archipel Arctique avant les expéditions du Musée en 2008. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Dans le premier de mes cinq blogues, j’ai présenté le grand projet de botanique du Musée canadien de la nature : la rédaction d’une nouvelle flore de l’Arctique canadien et de l’Alaska. J’ai ensuite présenté les aspects captivants du travail de terrain, l’immense collection de l’Herbier national du Canada et la fabuleuse contribution des technologies faisant appel à l’ADN pour classifier et nommer les plantes de l’Arctique. Mais, même si vous connaissez maintenant la méthode systématique de classer les plantes, vous vous demandez peut-être pourquoi on le fait. Quelle importance, en effet, de dénombrer 33 espèces de graminées à l’île Victoria plutôt que 34?

Il faut savoir que la systématique, c’est-à-dire la classification des organismes vivants, et la taxonomie, soit l’attribution de noms à ces groupes, sont absolument essentielles pour comprendre la biologie d’une espèce et de l’écosystème dans lequel elle évolue.

L’écozone arctique de l’Amérique du Nord comprend un réseau d’écosystèmes divers et interreliés formant les habitats variés du Grand Nord. Cette région abrite des espèces de plantes connues nulle part ailleurs sur la planète. En collectant et nommant les espèces que nous découvrons, nous pouvons quantifier la biodiversité et préserver ces données pour les générations à venir.

De fait, au cours des trois dernières années, chacune de nos expéditions dans le Grand Nord a été l’occasion de découvrir une espèce nouvelle au Canada, dans l’Arctique ou dans l’île où nous nous trouvions. Plus nous effectuons d’expéditions, plus nous ramenons de spécimens et plus nous enrichissons notre collection qui deviendra ainsi plus utile pour les recherches ultérieures.

Six personnes dans la toundra. On voit des tentes et des collines à l’arrière-plan.

L’expédition de botanique 2010. Les chercheurs du Musée, Lynn Gillespie, Ph.D., Jeff Saarela, Ph.D., Jennifer Doubt, Roger Bull, Paul Sokoloff et le guide local Gary Okheena prenant une pause après une longue journée de travail. Des scientifiques passionnés par les plantes et des membres de la collectivité locale qui connaissent bien leur milieu constituent une équipe formidable. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

La menace qui pèse sur l’environnement arctique confère à notre travail un caractère d’urgence. Le développement du Nord et les modifications rapides des paysages en raison des changements climatiques ont des répercussions sur les espèces et sur les collectivités humaines qui en sont tributaires. Bien que le Musée collecte des plantes depuis près d’un siècle dans l’Arctique, il reste encore de grandes régions inexplorées des botanistes.

En effectuant des recherches sur le terrain et en ralliant d’autres scientifiques et des personnes qui vivent et travaillent dans l’Arctique, nous esquissons un instantané de l’état de la flore arctique aujourd’hui. Ces données de base ne servent pas uniquement à la découverte d’espèces rares ou nouvelles : elles constituent les points de référence pour toute étude sur les effets des changements climatiques sur la végétation de l’Arctique.

Le paysage doucement vallonné et sans arbre de la toundra à l’île Victoria, dans les Territoires du Nord-Ouest.

La toundra à l’île Victoria dans les Territoires du Nord-Ouest. Ici, dans les zones situées au-dessus de la limite des arbres, le sol reste en partie gelé toute l’année. Il importe de connaître la distribution actuelle et l’état des espèces végétales dans le Nord pour savoir comment elles seront touchées par les changements climatiques. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Tout en continuant notre rédaction de la flore, nous poursuivons nos explorations, les yeux rivés au sol, et notre travail au laboratoire, les yeux dans le viseur du microscope. Nous contribuons ainsi à accroître nos connaissances sur les plantes des écosystèmes le plus septentrionaux de l’Amérique du Nord, sur les relations qu’elles entretiennent les unes avec les autres, sur leur distribution et sur la façon de les identifier. Cette flore représente le legs que nous laissons aux botanistes de demain, qui nous emboîteront le pas et partiront à la découverte de l’Arctique.

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