L’indifférence, le principal obstacle à la protection des océans?

Que ressentez-vous à la perspective que les océans se vident de toute forme de vie et que des millions d’espèces marines disparaissent subitement? Seriez-vous prêt à opérer un changement mineur dans vos habitudes de vie pour contribuer à la protection des océans? Ou, comme beaucoup, continuerez-vous de vivre dans l’indifférence, acceptant comme un fait inéluctable le sort funeste des océans?

Cette question épineuse a été débattue lors du cinquième Café scientifique de la saison, qui s’est tenu au Musée le 30 mars 2012. À cette occasion, les participants se sont penchés sur la question suivante : « Peut-on protéger le réseau de vie de nos océans? »

Les deux conférenciers invités qui ont lancé la discussion étaient Marcel Babin, Ph.D., titulaire de la Chaire d’excellence en recherche du Canada sur la télédétection de la nouvelle frontière arctique du Canada, et Michel Poulin, Ph.D., chercheur au Musée canadien de la nature. Ces deux scientifiques s’intéressent en particulier aux producteurs primaires des océans, dont le rôle primordial est souvent sous-estimé.

Une image du film Océans.

Les participants ont regardé le magnifique film Océans de Disney Nature. Il présente les formes de vie mystérieuses qui se cachent sous les vagues. Image : Jacques Perrin © Disneynature

Après le dessert, les participants ont visionné le magnifique film Océans, qui les a plongés dans l’univers fabuleux de la mer et de ses mystérieuses créatures des profondeurs. Suscitant parfois le rire, parfois de sérieuses réflexions, ce documentaire présente des écosystèmes foisonnants de vie et met ainsi en évidence la tragédie que représenterait leur perte, si l’apathie actuelle demeure.

Après la représentation, les conférenciers invités ont présenté leurs recherches. En faisant appel à la détection optique et à l’imagerie satellitaire, Marcel Babin étudie les principaux composants du cycle du carbone dans l’océan Arctique. Le chercheur y a observé un déclin appréciable de productivité (photosynthèse planctonique) au cours de la dernière décennie.

Pour sa part, le spécialiste des algues marines et des diatomées, Michel Poulin, a expliqué comment la vie microscopique soutient tout le réseau alimentaire marin. Les changements dans les conditions environnementales de l’Arctique (augmentation de la chaleur de l’eau, amincissement de la glace, modification des courants) menacent la diversité et l’abondance de la vie microscopique et, en définitive, la capacité de ces organismes à capter l’énergie solaire et à la transférer à la chaîne alimentaire.

Le chercheur Michel Poulin sur la banquise et hélicoptère en arrière-plan.

Michel Poulin, un chercheur du Musée, s’envole régulièrement vers l’Arctique pour étudier les effets des changements climatiques sur les algues et les diatomées. Image : Michel Poulin © Canadian Museum of Nature

La soirée terminée, je suis rentrée à la maison avec un sentiment de découragement. Tout au long des discussions, les participants se sont montrés plutôt pessimistes, la plupart étant d’avis qu’il était impossible de réparer tous les dégâts que nous avons causés dans les océans.

Même nos deux spécialistes ont fait état de résultats de recherche que l’on ne peut contester. Les changements climatiques, la pollution atmosphérique accrue et les entraves d’ordre politique sont autant de facteurs qui tendent à persuader la population que le mal est fait et qu’on ne peut pas y remédier. De fait, le narrateur du film résume parfaitement bien cette idée : « Un des plus grands obstacles à la protection des océans est l’indifférence des gens. »

Comme le souligne un participant : « Le coeur n’y est plus. Ces effets négatifs sur les océans sont irréversibles. On n’y peut rien. » Un autre avance que, chez plusieurs, l’avidité est telle qu’ils n’hésitent pas à détériorer l’environnement pour obtenir un avantage immédiat plutôt que de le sauvegarder.

D’autres se préoccupent du sort des océans mais sont simplement dépassés par la complexité des solutions possibles. Comme l’explique l’un d’entre eux : « Je veux bien faire quelque chose, mais j’ai le sentiment que ce sera toujours trop peu. Je ne crois pas que mon action individuelle aura le moindre effet. » Voilà l’état d’esprit de beaucoup de gens, parce que, tout simplement, il est plus facile de vivre dans l’ignorance.

Quatre personnes assises autour d’une table.

L’éducatrice Laurel McIvor (à gauche) anime une discussion avec des participants du Café scientifique de mars. Image : Toolika Rastogi © Musée canadien de la nature

Mais pour moi, et pour beaucoup d’autres, il est inimaginable de rester les bras croisés et d’accepter que la vie marine poursuive son lent déclin. Bien qu’il soit illusoire de vouloir lui redonner son état premier, « éden-esque », on peut encore agir.

Ici, à Ottawa-Gatineau, on se sent plus près de la politique que de la mer. Aussi, si nous sommes en désaccord avec la politique environnementale de nos gouvernements, nous pouvons exprimer notre opinion et la faire valoir quand le moment de voter se présentera.

Nous pouvons aussi modifier nos habitudes de consommation en vue de protéger les océans, par exemple en demandant la source et la durabilité des produits de la mer. Acheter des aliments ou des articles produits localement contribue à réduire la pollution atmosphérique liée au transport et permet d’éviter que des substances chimiques nocives ne finissent dans la mer.

Aussi, je suis optimiste et j’espère transmettre cet espoir à ceux qui considèrent que la sauvegarde des océans est une cause perdue. Mais je demeure réaliste. Comme beaucoup de participants, je suis consciente qu’aucune solution, ou combinaison de solutions, n’est en mesure de sauver complètement nos océans.

On peut toutefois sensibiliser notre entourage à l’importance des océans, modifier nos habitudes de vie et soutenir de meilleures politiques et pratiques en matière d’environnement pour faire progresser la cause. Comme un participant le soulignait : « Il y a un espoir de changement mais le moteur du changement demeure en nos mains. »

Poursuivre la discussion

Nous convions toutes les personnes intéressées à poursuivre cette discussion sur la protection des océans à donner leur avis dans la section prévue à cet effet. N’hésitez pas à commenter toute question soulevée pendant le Café scientifique. Nous vous encourageons à afficher d’autres ressources ou liens utiles sur le sujet.

Questions à approfondir

  • La disparition progressive ou l’extinction des grands animaux qui forment le sommet de la chaîne alimentaire marine, fait davantage vibrer les cœurs sensibles que la disparition des phytoplanctons microscopiques et autres créatures qui sont à la base. Par conséquent, comment pouvons-nous inciter les gens à respecter le rôle vital joué par ces organismes minuscules dans la biodiversité globale et la santé de nos océans?
  • Est-il possible de convaincre les gens de changer leur attitude en matière de plastique?
  • Comment les citoyens pourraient-ils ou devraient-ils contribuer à la protection des habitats marins sensibles des activités et de l’impact des humains?

Ressources

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