Conservation des océans : savoir saisir le moment

Pour beaucoup de gens, les océans ne sont rien d’autre que d’immenses étendues d’eau. Bien que le Canada puisse s’enorgueillir d’être entouré de trois océans, nombreux sont ses habitants, comme nous dans l’Outaouais, qui vivent loin de la mer et la connaissent mal.

L’océan Atlantique parsemé d’icebergs, près de la péninsule Bonavista, à Terre-Neuve-et-Labrador.

Une vue de l’océan Atlantique, au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Même si la conservation des océans est un problème complexe, les experts et les participants à nos récents cafés scientifiques se sont penchés sur des pistes de solution. Image : Duncan de Young/Shutterstock.com © Duncan de Young

Au cours des derniers mois, les Cafés scientifiques du Musée ont abordé diverses facettes de l’écologie et de la conservation marines. En découvrant les nombreux problèmes que connaissent les océans et la complexité des solutions proposées, les participants se sont souvent sentis dépassés par les événements, voire complètement découragés.

Pendant les deux derniers Cafés, spécialistes et participants se sont toutefois davantage penchés sur les solutions efficaces pour contribuer à la préservation des océans, qu’il s’agisse de moyens à la portée du citoyen ordinaire ou de collaborations avec des entreprises privées qui ont la volonté et les ressources nécessaires pour prendre des mesures de conservation réactive.

Shane Gero, Andrew Dumbrille et Nicholas Irving.

Shane Gero, Andrew Dumbrille et Nicholas Irving ont fait part de leurs points de vue pendant le Café scientifique du mois d’avril sur les aires marines protégées. Image : Toolika Rastogi © Musée canadien de la nature

Pendant notre Café en avril, les participants ont tenté de répondre à la question suivante : « Les aires marines protégées constituent-elles une solution à la préservation de la vie marine au Canada? » Trois spécialistes donnaient leur avis sur le sujet.

Andrew Dumbrille, gestionnaire au Fonds mondial pour la nature du Canada, Shane Gero, doctorant à l’université Dalhousie en biologie des baleines et Nicholas Irving, coordinateur des aires marines protégées de Parcs Canada se sont tous trois prononcés en faveur de ces zones de protection. Selon eux, bien que le gouvernement du Canada ait encore bien du chemin à parcourir pour honorer son engagement de protéger 10 % de nos océans d’ici à 2020, il a contribué indéniablement à améliorer le sort de nombreuses espèces marines en créant ses aires marines protégées.

Agir tôt et collectivement

Shane Gero estime que ces aires fonctionnent bien mais que certaines espèces prendront du temps à réagir, c’est du moins ce qu’il a observé en étudiant les baleines à bec : « Chez les espèces à longue vie, on n’assiste pas à une hausse soudaine de la population. Ce que l’on note toutefois depuis l’établissement de nombreuses de ces zones de protection, c’est une stabilisation ou une lente augmentation des populations. » Il insiste sur la nécessité d’agir tôt pour que les espèces puissent profiter des bienfaits des aires de protection avant que l’extinction ne les menace.

Du même avis, Nicholas Irving insiste sur l’importance de se préoccuper non seulement des espèces menacées ou en péril mais aussi des écosystèmes dans leur ensemble, puisque chaque espèce y joue un rôle essentiel.

Il importe aussi, selon lui, de coopérer avec les collectivités locales, comme lors de la création de l’aire marine nationale de conservation Gwaii Haanas au large de la Colombie-Britannique : « Les gens vont souvent se retrousser les manches et coopérer de façon harmonieuse parce que la situation leur tient à cœur. »

L’engagement d’entreprises privées

Le Café scientifique suivant, à la fin de mai, portait justement sur une expérience canadienne fort réussie de collaboration entre scientifiques, représentants d’une entreprise privée et autorités gouvernementales pour préserver des espèces marines. Les participants se sont intéressés à la question de savoir si divers secteurs pouvaient se partager l’intendance de la vie marine.

Pour animer la discussion, le Musée avait convié Steve Cumbaa, Ph.D., paléontologue au Musée canadien de la nature, Moira, Ph.D., chercheure principale à l’Aquarium de la Nouvelle-Angleterre à Boston, et John Logan, gestionnaire de projet à Irving Oil à Saint John, au Nouveau-Brunswick.

La tête d’une baleine noire de l’Atlantique Nord, Eubalaena glacialis, sortant de l’eau.

Une baleine noire de l’Atlantique Nord, Eubalaena glacialis, aussi connue sous le nom de baleine franche. Image : Moira Brown © Moira Brown

Le travail de Moira Brown et le partenariat qu’elle a établi avec Irving Oil constituent une réussite propre à inciter d’autres entreprises d’importance à contribuer à la conservation des mers.

Depuis plus de 25 ans, Moira Brown étudie la distribution, la biologie et la génétique des populations de baleines noires de l’Atlantique Nord, couramment connues sous le nom de baleines franches. Avec une population oscillant autour de 450 individus, c’est l’une des espèces de baleine les plus menacées de la planète. Comme le souligne Steve Cumbaa, ce déclin dément la croyance erronée, et pourtant fort répandue, selon laquelle les ressources marines sont inépuisables.

En 1992, un élément déclencheur s’est produit : la découverte de la carcasse échouée d’une baleine femelle que Moira Brown avait étudiée de près. La mort était causée manifestement par une collision avec un navire. Peu de temps après, la scientifique et son équipe ont conclu un partenariat avec Irving Oil en vue de promouvoir le rétablissement de la population de baleines franches dans les eaux atlantiques du Canada.

Ils ont décidé de faire déplacer la route maritime de la baie de Fundy, où les observations de ces cétacés sont nombreuses. Après avoir évalué les coûts que représenterait un simple ralentissement des navires dans cette zone et après bien des discussions avec l’Organisation maritime internationale, ils ont réussi à faire modifier officiellement la route maritime en 2003.

Cette mesure s’est révélée doublement avantageuse : elle a réduit les collisions avec les baleines de 90 % et assuré une traversée plus sécuritaire pour les navires. Une hausse de 2 % par an de la population de baleines franches a aussi été observée après l’adoption de ces mesures.

« Notre partenariat prouve qu’il est possible de trouver le juste équilibre que notre société recherche pour soutenir le progrès tout en assurant la protection de l’environnement », affirme John Logan, représentant d’Irving Oil.

La tête d’une baleine noire de l’Atlantique Nord, Eubalaena glacialis, sortant de l’eau à côté du dos d’une autre baleine.

Des baleines noires de l’Atlantique Nord, Eubalaena glacialis. Image : Moira Brown © Moira Brown

L’autre entreprise de Moira Brown consistait à réduire les collisions dans le bassin Roseway au large de la Nouvelle-Écosse. L’ennui était que la route maritime n’avait pas encore été établie à cet endroit. Après de longues discussions et des rencontres avec l’Organisation maritime internationale, Transport Canada a fini, en 2008, par classer le bassin Roseway sur la liste des zones à éviter.

Et heureusement, la majorité des navires se soumettent à cette directive : 88 % ont effectivement évité le bassin au cours de la première année. Comme l’a expliqué un capitaine d’un air bourru pendant une réunion : « Il est franchement temps de faire quelque chose pour la baleine franche! »

Il est ressorti de ces discussions que, pour réussir, il fallait d’abord des gens qui ont à coeur la protection des océans, ensuite des partenariats qui comptent et enfin la mise en oeuvre de solutions réalistes et efficaces. John Logan a conclu par ces mots : « Ce que nous avons fait est un modèle de collaboration et cela montre que l’on peut faire quelque chose pour protéger l’environnement sans entraver le progrès. »

Ainsi l’avenir de nos océans n’est peut-être pas si sombre et désespéré. On peut faire quelque chose pour réaliser des changements positifs en tant que citoyen mais aussi en collaborant avec des organisations ou des entreprises de grande envergure. Mais comme tous les conférenciers l’ont fait remarquer, cela prendra du temps et beaucoup d’efforts. Mais cela peut et cela doit se faire.

Questions à approfondir

  • Comment les agences gouvernementales peuvent-elles surveiller l’état des espèces à protéger et s’assurer de leur préservation à l’extérieur des aires marines?
  • Moira Brown entend s’attaquer à un autre problème pressant : les lignes de pêche dans lesquelles s’empêtrent les baleines. Que peut y faire le citoyen ordinaire? Quelles sont les solutions susceptibles de plaire à tous les interlocuteurs?

Ressources

Sites en anglais

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