Collecter des lamproies dans la rivière Martin, aux Territoires du Nord-Ouest

Les chercheurs du Musée Claude Renaud et Noel Alfonso sont aux Territoires du Nord-Ouest pour collecter des lamproies, en compagnie de leur collègue russe Alexander Naseka. Découvrez l’ampleur de l’effort nécessaire pour collecter 65 spécimens durant cinq jours de dur labeur sur le terrain.

Après deux jours d’attente à Yellowknife, notre colis de produits chimiques est enfin arrivé l’après-midi du 22 juin. Nous sommes partis sur-le-champ pour parcourir les plus de 700 km en voiture jusqu’à Fort Simpson, en prenant des traversiers pour passer le fleuve Mackenzie et la rivière Liard.

La route était asphaltée sur les 400 premiers kilomètres mais en gravier par la suite. En chemin, nous avons vu de nombreux bisons des bois, Bison bison athabascae, des troupeaux avec des veaux et des adultes solitaires, sur l’accotement de l’autoroute ou en train de traverser celle-ci. Nous sommes arrivés à destination tard cette soirée-là.

Le lendemain, nous nous sommes présentés au bureau des premières nations du Deh Cho avant d’entreprendre l’échantillonnage de la rivière Martin, à environ 16 km du fort Simpson.

Nous avons commencé par recueillir les lamproies à l’aide d’un courant électrique. Puisque électricité et eau ne font pas bon ménage, nous portons des bottes-pantalon à la poitrine en néoprène et des gants de caoutchouc à manches longues pour bien nous isoler. Ce matériel nous protège du courant électrique généré par l’appareil à piles. L’un de nous transporte cet équipement sur le dos pendant que les deux autres font le guet et manient les épuisettes pour recueillir les lamproies attirées par le courant.

Deux personnes portant bottes-pantalon à la poitrine et masques anti-insectes debout dans une rivière.

Les extraterrestres sont arrivés! Pas tout à fait… Noel Alfonso et Claude Renaud, munis de bottes-pantalon et de masques anti-insectes, vont à la pêche électrique pour capturer des lamproies dans la rivière Martin, dans les Territoires du Nord-Ouest. Image : Claude Renaud © Musée canadien de la nature

Après avoir parcouru une bonne longueur de la berge, aucune lamproie n’a malheureusement été recueillie à l’aide de cette méthode. Nous avons ensuite opté pour une technique de collecte plus simple – en creusant le fond de la rivière avec une pelle et nos mains nues – pour recueillir quatre lamproies. Voilà l’utilité de la technologie!

Le lendemain, nous avons eu plus de succès. Cette fois, nous avons collecté 34 lamproies à l’aide des deux méthodes. Toutefois, la technique de creusage l’a emporté sur la pêche électrique avec deux tiers des prises.

Un homme debout et un autre assis à côté d’un tas de terre près d’une rivière.

Noel Alfonso (assis) et Alexander Naseka prennent une pause après avoir creusé près des berges de la rivière Martin à la recherche de larves de lamproie. Image : Claude Renaud © Musée canadien de la nature

Vous vous demandez peut-être pourquoi nous collectons autant de spécimens? Eh bien, nous nous intéressons d’abord aux larves et non aux lamproies adultes. Les larves représentent le stade précoce du cycle de vie et permettront de répondre aux questions scientifiques qui nous intéressent. Il nous faut une abondance d’échantillons pour étudier les variations morphologiques, faire des dissections dans le but d’examiner les tissus au microscope et étudier l’expression génétique au niveau moléculaire.

Retournons à nos poissons… Au deuxième jour, le travail a été très ardu en raison de la chaleur – la température de l’air s’élevait à 26 C. La seule autre prise à la pêche électrique a été un grand brochet, Esox lucius, un jeune de l’année, qui a été relâché. Nous avons également capturé et relâché deux grenouilles des bois, Rana sylvatica.

Pelle déposée près d’une empreinte d’ours dans la boue.

Empreinte d’une patte d’ours sur la berge de la rivière Martin. Image : Claude Renaud © Musée canadien de la nature

Sur les berges, nous avons observé quantité de pistes dans la boue, y compris des traces d’ours! Le répulsif à ours et les fusées éclairantes pour effaroucher les ours sont toujours à portée de main en cas d’un face-à-face. Les taons et les moustiques abondent mais nous arrivons à faire notre travail sans difficulté grâce à une épaisse couche d’insectifuge.

Notre troisième jour de travaux à la rivière Martin a été un échec. Il a commencé plutôt bien par une visite au bureau du Comité des ressources du Denendeh pour dire bonjour. Les nouvelles se propagent rapidement dans cette communauté de 1 200 habitants et tout le monde était au courant de notre présence!

Nous avons tenté de nous rendre plus en aval de la rivière pour échantillonner d’autres eaux, en empruntant une mauvaise route forestière. Après 200 mètres, cependant, notre fourgonnette est restée prise dans la boue. Nous avons réussi à nous dépêtrer avec effort et un peu d’ingéniosité, et à l’aide d’une pelle et de petits arbres placés sous les pneus usés à la corde. Nous avons continué à pied sur trois kilomètres dans la forêt vierge, en portant tout l’équipement sur le dos, jusqu’à une impasse à environ 250 m de la rivière.

Jugeant la situation trop dangereuse, nous sommes retournés complètement fourbus à notre chambre d’hôtel.

Une lamproie au repos au fond d’un aquarium.

Une larve de lamproie dans un aquarium à la chambre d’hôtel de l’équipe. Image : Claude Renaud © Musée canadien de la nature

Au quatrième jour, nous avons pêché à l’électricité en aval du pont de l’autoroute Mackenzie qui enjambe la rivière Martin. C’était la première fois que nous avons dû porter nos masques anti-insectes en plus de nous enduire d’un répulsif à insectes. Nous avons collecté 10 lamproies en parcourant environ 500 m sur les deux berges.

Le ciel était couvert et après avoir capturé seulement cinq lamproies, notre pêche électrique a été interrompue par une pluie torrentielle. Heureusement, notre caractère indomptable a pris le dessus et nous avons collecté cinq autres lamproies après la pluie.

Un bol contenant cinq minuscules lamproies dans de l’eau.

Quelques-unes des larves de lamproie collectées dans la rivière Martin par l’équipe indomptable de chercheurs. Image : Claude Renaud © Musée canadien de la nature

Au dernier jour sur la rivière Martin, nous avons collecté 17 autres lamproies par pêche électrique, pour un grand total de 65. Nous avons également recueilli cinq petites lamproies, deux jeunes grands brochets de l’année et un petit chabot, Cottus sp., qui ont tous été relâchés.

Aujourd’hui, Claude a fait un trou dans une de ses bottes et une des épuisettes est déchirée. Des réparations devront être effectuées avant de procéder au prochain site d’échantillonnage sur la rivière Hay.

Lisez les deux blogues précédents sur ce voyage de recherche :

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2 commentaires pour Collecter des lamproies dans la rivière Martin, aux Territoires du Nord-Ouest

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