Repousser la vieillesse

Pour nous, mortels, la vie a ses limites. Chez nous, en 2012, un homme peut espérer vivre jusqu’à 79 ans et une femme jusqu’à 84 ans. Cela représente quand même une durée acceptable, qui a d’ailleurs été fort prolongée grâce aux progrès scientifiques.

Mark Graham et la coupe transversale d'un tronc (sur le côté) aussi grande que lui.

L’auteur à côté de l’échantillon d’un très vieux thuya géant (Thuja plicata). Image: Mark Graham © Musée canadien de la nature

Mais les humains ne s’illustrent pas en matière de longévité. En parcourant la collection de notre édifice de la recherche et des collections, vous pourriez voir, par exemple, la coupe transversale d’un thuya géant (Thuja plicata). En comptant les anneaux, un par an, on découvre que cet arbre a vécu plus de mille ans. C’est à la fois un champion de longévité et une belle pièce à admirer. Ces arbres vivent encore dans des sanctuaires bien protégés sur la côte ouest de l’Amérique du Nord. Certains atteignent l’âge vénérable de plus de 2000 ans.

Le monde animal possède aussi ses champions. La collection de poissons cache notamment des esturgeons, ces migrants d’eau douce qui vivent bien au-dessus de cent ans. Et que dire de certaines colonies de coraux qui pulvérisent tous les records avec une durée de vie de 2000 à 4000 ans!

Dans le cadre d’une recherche sur l’évolution des communautés d’invertébrés marins de la côte atlantique au cours du réchauffement climatique des dix derniers milliers d’années, nous avons étudié en laboratoire des spécimens de coquillage. Ceux-ci provenaient d’énormes dépôts laissés par les populations de mollusques qui avaient vécu le long de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent près de Baie-Comeau, au Québec. (Lisez notre blogue sur ces dépôts coquilliers).

Si vous effectuez la coupe transversale d’une coquille d’une certaine façon, vous pouvez compter les couches et déterminer ainsi son âge comme on le fait pour les arbres. À la différence près, que les couches sont si fines qu’il faut un microscope pour les discerner. C’est Daniel Munro, un étudiant au doctorat de l’Institut des sciences de la mer de l’Université du Québec à Rimouski, qui se charge de ce travail dans les laboratoires de Pierre Blier, Ph.D., et d’André Martel, Ph.D.

Une section de coquillage montrant les anneaux de croissance et une échelle de 200 µm.

On peut voir les anneaux de croissance sur cette coupe transversale d’une coquille de quahog nordique (Arctica islandica). À titre comparatif, le diamètre d’un cheveux humain est de l’ordre de 100 µm. Image: Daniel Munro © Daniel Munro

Cette recherche a pour but de découvrir le rôle qu’a joué la physiologie de certaines myes marines dans leur longévité. Selon les études, le quahog nordique (Arctica islandica), une mye d’eau froide qui vit autour du Groenland, figurerait parmi les organismes vivant le plus longtemps : jusqu’à 400 ans.

Ces organismes ont très peu de mobilité : après le stade de larve, ils s’établissent et se développent sur le lit de l’océan. Ces créatures marines à sang froid sont largement tributaires de la température, de l’abondance de nourriture, de la composition chimique de l’eau et, dans certains cas, d’une physiologie particulière. Les modes de croissance et d’autres éléments liés à leur forme et à leur taille renseignent les scientifiques sur l’environnement naturel dans lequel ils ont évolué. Un milieu riche en nourriture et des températures plus clémentes favorisent une croissance plus rapide.

Ces études nous aident à comprendre comment l’environnement influe sur ces créatures et d’autres animaux qui vivent avec elles ou qui ont un mode de vie comparable. Ces résultats permettent également de prédire les effets d’éventuels changements environnementaux sur les populations aquatiques existantes.

La recherche portant sur la salubrité de la planète est la plus importante des recherches associées à ces créatures. Mais certains chercheurs tentent de percer le secret de leur longévité et de voir si leur truc pourrait marcher pour d’autres espèces.

Ce sont les découvertes qui résultent de nos recherches axées sur les spécimens, activité caractéristique des musées d’histoire naturelle. Dans le cadre de ces études, nous avons l’habitude de consigner les travaux effectués par les autres dans un genre de registre, afin que tous puissent en prendre connaissance pour aller de l’avant. Ces registres font partie intégrante des collections du Musée canadien de la nature.

Parmi nos dix millions de spécimens figurent des exemples des premiers spécimens (spécimens types), des derniers (espèces éteintes), des plus gros (dinosaures et baleines), des plus petits (microbes, diatomées et algues) et parfois des plus âgés (quahog nordique).

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