Découverte de nouveaux minéraux à l’île de Baffin, au Nunavut

Au mois d’août, la minéralogiste du Musée Paula Piilonen et l’assistant de recherche Glenn Poirier ont passé une semaine à l’île de Baffin au Nunavut dans le cadre du projet de cartographie géologique. Paula raconte ici leurs découvertes.

Pour notre première sortie sur le terrain, nous avons choisi de visiter un gisement de gemmes de spinelle situé à 25 minutes à l’est de notre campement. Ce site a été décrit pour la première fois il y a environ 10 ans par un géologue du ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord. J’étais très enthousiaste à l’idée de sortir et c’était mon premier vol en hélicoptère!

Après avoir garanti au pilote, Jim, que je ne serai pas malade, nous avons décollé et mis le cap vers l’endroit que nous appellerons la « vallée du Marbre ». Se promener en hélicoptère est une expérience sans pareille. On a plus l’impression de flotter que de voler. En survolant le bord d’un fjord, j’ai presque eu le vertige, surtout quand la toundra s’est soudain dérobée sous mes pieds et que je me suis retrouvée face à une rivière quelque 1000 pieds plus bas. Mais j’avoue que c’est un moyen de transport extraordinaire pour aller au travail chaque matin!

Un homme se dirigeant vers un hélicoptère posé sur un terrain herbeux près de l’eau.

Glenn Poirier se dirige vers l’hélicoptère qui transporte chaque jour les chercheurs sur le terrain. Image : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

Gros plan sur une roche contenant des petits minéraux noirs.

Un morceau de graphite incrusté dans une roche, avec une pièce de 5 cents comme échelle. Image : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

Le pilote nous a laissés au sommet d’une colline et nous avons passé la journée à chercher des affleurements, quadrillant (verticalement et horizontalement) les pentes, les talus d’éboulis et les champs de rochers, les yeux rivés sur le marbre blanc. Nous avons trouvé de nombreux amas de spinelles. Les spinelles forment un groupe de minéraux qui peuvent produire des gemmes. De couleur bleu pâle à mauve foncé, les amas contenaient quelques gros cristaux automorphes octaédriques (jusqu’à un demi-centimètre), dont certains pouvaient donner des gemmes à condition de vouloir tailler quelque chose d’aussi petit.

Nous avons découvert une chose : qu’il est difficile d’évaluer les distances dans la toundra ou dans un fjord. Une distance que nous pensions parcourir en une journée, vue d’avion, apparaissait démesurée une fois sur le terrain! Et parfois aussi passablement dangereuse : une promenade dans un champ de rochers n’est pas conseillée quand vous trimbalez 23 kg de roches, d’équipement de survie, de téléphone satellite et d’eau sur le dos!

Deux personnes sur un terrain en pente en train d’examiner des roches qu’ils tiennent dans leur main.

L’intrépide équipe au travail dans la vallée du Marbre (Glenn Poirier, à gauche, et Paula Piilonen, à droite). Image : Serge Basso © Musée canadien de la nature

Une femme lève son marteau en regardant une surface rocheuse.

Paula Piilonen extrait des plaques de cristaux d’augite d’une surface rocheuse. Image : Glenn Poirier © Musée canadien de la nature

Nous avons passé deux journées complètes dans la vallée du Marbre, à la recherche de spinelles et de pegmatite granitique. Nous en avons trouvé des blocs au bas des pentes de la vallée. Ils se trouvaient en bas d’une falaise, de sorte que, le deuxième jour, l’hélico nous a déposés à son sommet. Nous avons donc dû jouer aux alpinistes et descendre de notre mieux la face rocheuse pour collecter cette pegmatite bien cachée.

Nous avons trouvé la pegmatite granitique (400 m de longueur et au moins 40 m de largeur), mais elle était « nue » avec seulement un peu de quartz fumé. Elle présentait toutefois de belles structures graphiques.

Mais nous avons fait une trouvaille : des contacts avec la pegmatite montrant des signes de métasomatisme et la formation de zones de type skarn à silicates calciques.

Le premier site a donné quelques beaux cristaux automorphes de graphite dans une matrice de diopside, assurément des spécimens dignes de collection. Dans le second site, nous avons découvert de magnifiques cristaux d’augite noire pouvant produire des gemmes, et d’énormes « livres » de biotite (on les appelle ainsi parce qu’ils ressemblent à des livres avec de nombreuses pages). Ils mesuraient 12 pouces de large et certains étaient épais de 8 à 10 pouces! On a collecté beaucoup de ces cristaux d’augite et de biotite pour les ajouter à la collection nationale de minéraux.

Tous les jours, au retour au campement, tout le personnel de terrain – les employés du Bureau géoscientifique Canada-Nunavut, les géologues de la Commission géologique du Canada, les étudiants de premier et de deuxième cycles – se réunissait dans la tente des communications avant le souper, pour faire le point.

Il s’agissait en partie de discussions géologiques sur la journée de travail et en partie d’un tour de table où chacun montrait et décrivait ce qu’il avait trouvé, ce qui permettait à tous de s’exprimer et de planifier la journée du lendemain. Les minéraux récoltés dans la vallée de Marbre constituent certainement quelques « jolis » ajouts à notre collection de métavolcanites, de métasédiments et de gneiss archéens.

Un homme avec son ordinateur sur les genoux au premier plan, et d’autres assis à des tables dans une grande tente.

Glenn Poirier (à l’avant) dans la tente des communications après une journée de travail sur le terrain. Image: Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

Le dernier jour de travail sur le terrain, nous avons eu la chance d’aller à la baie Napoleon sur la côte et de visiter un site d’abord découvert et décrit par Don Hogarth, professeur émérite de l’Université d’Ottawa.

Le gneiss archéen présentait un filon intrusif à grain fin de couleur noir brun à noire  d’une roche alcaline rare appelée lamproïte. Datant d’environ 1,24 milliard d’années, ces lamproïtes contiennent un ensemble de minéraux rares présents uniquement dans les roches alcalines : un véritable trésor qui nous offre la possibilité de découvrir de nombreuses espèces minérales inconnues.

Un homme regardant une fissure dans le roc.

Glenn Poirier examine un site contenant une roche alcaline vieille d’un milliard d’années, appelée lamproïte. Image : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

Maintenant de retour au laboratoire, dans notre édifice de la recherche et des collections du Musée, nous prenons notre temps pour défaire tous les paquets et examiner les 90 kg de roches rapportées en « bagages supplémentaires ».

Chaque spécimen fait monter à la surface les souvenirs de ces lieux si éloignés de notre laboratoire à la fine pointe de la technologie. Nous étions alors dans le laboratoire de dame Nature, dans une région de notre pays où la géologie se révèle à vos yeux où que vous les posiez.

Nous analysons maintenant soigneusement chaque spécimen au microscope binoculaire. Si nous ne parvenons pas à identifier un minéral, nous procéderons à une radiographie qui nous révélera l’espèce à laquelle il appartient. Nous l’analyserons ensuite à la microsonde électronique pour déterminer sa composition chimique.

Nous vous tiendrons au courant de nos progrès!

A propos Paula Piilonen

A mineralogist with the Research Division at the Canadian Museum of Nature.
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