700 000 + 900 = Un herbier qui s’enrichit à chaque expédition

Un homme collectant des plantes dans la toundra.

Jeff Saarela, Ph.D., collectant des graminées le long de la rivière Soper, au Nunavut. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Après un mois sur le terrain au Nunavut, les botanistes de l’expédition dans l’Arctique 2012 sont de retour avec une profusion de nouvelles plantes pressées destinées aux collections du Musée.

Notre excursion le long de la rivière Soper à l’île de Baffin au Nunavut constitue la première recension exhaustive des plantes de cette vallée depuis celle de Dewey Soper en 1931. Et encore, le naturaliste généraliste qu’était Soper n’a-t-il disposé que de deux jours pour collecter les spécimens qui lui apparaissaient les plus intéressants. Plus tard, des botanistes de musée ont visité la région en hélicoptère, ciblant les habitats susceptibles d’abriter des espèces intéressantes. Notre expédition apparaît donc comme la première campagne botanique d’envergure entreprise le long de la rivière Soper.

Quand nous sommes arrivés au mont Joy, notre lieu d’atterrissage, nous savions que nous allions trouver beaucoup de plantes arctiques communes, plusieurs taxons qui étaient peut-être passés inaperçus et n’avaient donc jamais été collectés, et quelques rares trésors.

Une corallorhize trifide, Corallorhiza trifida, dans la nature.

Une corallorhize trifide, Corallorhiza trifida. Une des deux espèces d’orchidée découvertes le long de la rivière Soper. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Personne parmi nous ne soupçonnait que nous allions procéder à la deuxième collecte de corallorhize trifide, Corallorhiza trifida, dans une île canadienne de l’Arctique, et ce, dès le deuxième jour. À la fin de l’expédition, nous avons effectué plusieurs collectes de cette orchidée et compté une cinquantaine d’individus le long de la vallée.

Et pour ajouter à notre exaltation, une autre espèce d’orchidée nous attendait non loin de notre deuxième campement. Dans un lieu humide visiblement visité pour la première fois par des scientifiques, nous avons découvert une platanthère à grandes feuilles, Platanthera obtusata.

Une platanthère à grandes feuilles, Platanthera obtusata, dans la nature.

Une platanthère à grandes feuilles, Platanthera obtusata. C’est dans le cadre de cette expédition que cette espèce d’orchidée est signalée pour la première fois dans les îles canadiennes de l’Arctique. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Comme le raconte notre coéquipier Roger Bull, Lynn Gillespie et moi-même, qui nous trouvions à au moins 100 mètres l’un de l’autre, sommes tombés à genoux en même temps, agitant tous deux nos bras dans les airs en signe de célébration. Cette prairie était riche en minuscules orchidées vertes. Nous avons observé un millier d’individus, un nombre remarquable pour une espèce dont on ignorait la présence dans les îles canadiennes de l’Arctique!

Comme nous le pensions, nous avons collecté des spécimens de saule à feuilles planes, Salix planifolia, provenant des trois grands peuplements indiqués par Soper. Ce lieu étant annoncé comme la plus grande forêt du Nunavut dans le guide du parc Katannilik, nous avons rencontré un groupe de rafteurs qui visitaient le plus grand peuplement quand nous sommes arrivés. Dans ce lieu abrité, les arbustes atteignaient plus de 3,5 m de hauteur avec des troncs de 15 cm de diamètre!

Un homme debout dans un bosquet de saules à feuilles planes, Salix planifolia.

Jeff Saarela prend des notes parmi un des grands peuplements de saules à feuilles planes, Salix planifolia, de la rivière Soper. Image : Lynn Gillespie © Musée canadien de la nature

Parmi les 898 spécimens collectés, signalons l’andromède à feuilles de polium, Andromeda polifolia. Il s’agit de la première mention connue à l’île de Baffin et son deuxième signalement seulement dans les îles canadiennes de l’Arctique.

L'andromède à feuilles de polium, Andromeda polifolia, dans la nature.

L’andromède à feuilles de polium, Andromeda polifolia. Jeff Saarela et moi étions fous de joie quand nous sommes tombés sur cette plante, car c’était la première mention connue à l’île de Baffin et son deuxième signalement seulement dans les îles canadiennes de l’Arctique. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Nous avons aussi récolté l’oxytrope à gros fruits, Oxytropis podocarpa, une fabacée endémique uniquement dans le sud de l’île de Baffin et dans les Rocheuses, et de l’orge queue-d’écureuil, Hordeum jubatum, une mauvaise herbe qui aurait été introduite récemment à Kimmirut. C’est du moins ce que nous pensons parce que Lynn Gillespie et Roger Bull en ont déniché près de l’épicerie du village tandis que Jeff Saarela et moi-même en avons découvert au dépotoir municipal (il me fait visiter des endroits pittoresques…).

L'oxytrope à gros fruits, Oxytropis podocarpa, dans la nature.

L’oxytrope à gros fruits, Oxytropis podocarpa, une espèce endémique du sud de l’île de Baffin et des Rocheuses. Nous en avons vu qu’une seule fois pendant notre excursion, sur le terrain de camping du parc de la rivière Soper. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Finalement, nous avons fait deux découvertes passionnantes pour les deux caricologues du Musée (ce sont des botanistes qui étudient les carex), Jeff Saarela et Julian Starr. La première, le carex capité, Carex arctogena, est une espèce qui n’a été trouvée dans les îles canadiennes de l’Arctique qu’une autre fois, aussi sur l’île de Baffin. La classification de cette plante a été récemment révisée par un étudiant de maîtrise de Julian.

Le carex capité, Carex arctogena, dans la nature.

Le carex capité, Carex arctogena. La rivière Soper est l’un des deux sites, tous deux sur l’île de Baffin, où cette plante a été trouvée dans les îles canadiennes de l’Arctique. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Un spécimen de Carex sp. dans la nature.

Un carex mystérieux, Carex sp. Bien que Jeff Saarela ait sa petite idée sur l’identité de cette plante, il a besoin de ressources non disponibles sur le terrain pour une identification formelle. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

La seconde est un carex, Carex sp., que nous n’avons pas encore identifié. Bien que nos spécialistes pensent savoir de quelle espèce il s’agit, il leur faudra du temps pour se documenter et comparer les spécimens à ceux de l’Herbier national du Canada.

Cette vidéo en accéléré vous montre Jeff Saarela (à gauche) et moi pressant des plantes dans notre tente de travail. Ces séances de pressage s’étiraient parfois tard dans la nuit, puisque le temps en Arctique nous était compté.

Maintenant le travail de collecte des spécimens terminé, c’est celui de l’identification, de la préparation et de la publication qui commence.

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