Le jour où le Musée a tremblé

L’exposition La nature déchaînée, qui vient d’ouvrir au Musée, explore les forces de la nature en jeu dans les catastrophes naturelles. Mais pour plusieurs employés du Musée, l’exposition rappelle aussi le séisme qui a secoué la région il n’y a pas si longtemps.

Tout a commencé avec un grondement et une vague vibration. Et puis, les lumières se sont mises à tressauter. Ils ont alors compris qu’il s’agissait d’un tremblement de terre.

À la fin de juin 2010, un séisme de magnitude 5,0 a secoué le massif édifice de pierre du Musée. Il a aussi ébranlé, au sens propre comme au figuré, de nombreux membres du personnel.

Le diorama du mouflon de Dall, Ovis dalli, avec un animal renversé.

Pour permettre au restaurateur de travailler dans l’espace exigu du diorama du mouflon de Dall, Ovis dalli, et pour éviter que son poids ne porte sur les fausses pierres, on a construit des passerelles. Image : Marcie Kwindt © Musée canadien de la nature

Fort heureusement, le séisme n’a blessé personne et n’a causé que des incommodités passagères. Un membre du personnel est resté étourdi à la vue des murs vacillant autour de lui pendant les 30 secondes qu’a duré la secousse. Une autre employée qui se trouvait au dernier étage, où le mouvement a été le plus fort, s’est sentie incommodée et n’a retrouvé son équilibre qu’une demi-heure plus tard.

La stabilité émotive aussi en a pris un coup et, pour certains, le malaise persiste. À la pensée obsédante des grilles d’éclairage apparentes au-dessus de leur tête, de la maçonnerie reconnue pour casser au lieu de plier et des dépôts instables d’argile à Léda sur lesquels repose l’édifice, certains avaient un peu peur tandis que d’autres paniquaient. Un ancien habitant de San Francisco a trouvé la situation plus amusante qu’effrayante. Les visiteurs semblent avoir pris la chose avec philosophie; certains sont sortis alors que d’autres ont simplement attendu que cela passe.

Bien qu’on ne l’ait pas su sur le moment, l’édifice centenaire n’avait jamais connu un tremblement de terre de cette ampleur. De fait, il s’agissait de la secousse la plus forte que la région a connu au cours des deux derniers siècles, ou peut-être même de son histoire.

Installation d’une structure d’acier portante dans une galerie en rénovation.

Pour installer l’ossature en acier, les murs de tout le Musée ont été défaits jusqu’à la maçonnerie. Image : © Consortium d’architectes PKG

Le tremblement de terre est arrivé à point nommé : à peine 32 jours après la grande réouverture qui a suivi les rénovations. Durant ces travaux, on a installé une ossature d’acier à l’intérieur des murs de pierre afin de les renforcer en cas de séisme.

Trois photos montrant le Musée : avec la tour originale (archive photo CMN15276), une fois la tour enlevée et avec la nouvelle tour.

De gauche à droite : la tour originale, l’entrée après la destruction de presque 24 mètres (80 pieds) de tour, le nouveau lanternon des Reines. Image: domaine public, Martin Lipman © Musée canadien de la nature

Le risque était patent. En raison de sa haute teneur en eau, l’argile à Léda est susceptible de se liquéfier sous un choc comme celui d’un grand tremblement de terre.

Même en l’absence de vibration, ce substrat a causé bien des problèmes parce qu’il supporte mal le poids de toute cette pierre. Le tassement inégal du sol a provoqué des fissures dans les murs, les planchers et les fondations, dont une suffisamment large pour qu’une personne puisse s’y glisser. La situation s’est révélée désastreuse : en 1915, l’affaissement était tel que la tour a commencé à se détacher de l’édifice et qu’il a fallu la détruire.

Nous préférons ne pas songer à ce qui aurait pu se produire si le séisme était survenu avant la mise à niveau de la structure. Mais finalement on s’en est tiré à bon compte. L’édifice n’a subi que quelques fissures superficielles sur les murs près des arcades.

Dans les expositions, une trentaine de minéraux ont été renversés ou déplacés, un a été brisé, quelques oeufs d’oiseaux ont roulé hors de leur nid, une patte et une tête de deux animaux naturalisés ont failli se casser. Heureusement, tout a été remis en état et la réparation presque invisible réalisée sur le minéral est en fait venue améliorer une réfection précédente.

Un minéral tombé de son socle dans une vitrine.

En tombant de leur socle, plusieurs minéraux ont subi de légères ébréchures qu’il ne valait pas la peine de réparer. Image : Marcie Kwindt © Musée canadien de la nature

Un membre du personnel est aussi sorti grandi de cette expérience. Il s’inquiétait toujours de l’état de l’édifice. Le tremblement de terre a été pour lui un genre de test. Il a été soulagé de voir que la remise à niveau de la structure a été efficace et ne se fait plus de souci : « Ça été un jour important dans ma vie, parce que la construction a été longue et qu’on en a vu les résultats. »

Une boîte noire sur le sol branchée à une prise murale dans un corridor.

La station Etna enregistre l’accélération des mouvements du sol selon deux axes perpendiculaires (nord–sud, est–ouest) et un axe verticale. Image : Martin Leclerc © Musée canadien de la nature

L’étude des séismes ne fait pas partie du programme de recherche du Musée. Pourtant en 2003, des représentants de la Commission géologique du Canada ont installé dans notre sous-sol inférieur un appareil de détection appelé station Etna qui mesure l’accélération des mouvements du sol. (Le sismographe en mesure la vélocité). Lisez les rapports officiels sur le tremblement de terre.

Contreplongée d’une fissure dans une route qui a engloutit une charrette.

Une fissure dans une rue de San Francisco causée par le tremblement de terre du 18 avril 1906. Image : © The Field Museum

Vous pourrez apprendre une foule de choses sur les tremblements de terre en visitant la nouvelle exposition La nature déchaînée, à l’affiche au Musée jusqu’au 5 mai 2013. La section sur les séismes présente des événements aussi extraordinaires que le grand tremblement de terre de 1906 à San Francisco. En comparaison, notre séisme fait pâle figure!

Texte traduit de l’anglais.

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