Herboriser sur l’île rouge : Madagascar

Ce billet est le premier d’une série qui relatera l’expédition de la botaniste du Musée canadien de la nature Lynn Gillespie accompagnée de son étudiant de deuxième cycle Warren Cardinal-McTeague. Ils collecteront des plantes à Madagascar du 16 octobre au 12 décembre. Suivez leur expédition sur le terrain grâce à une carte interactive et à Twitter!

Madagascar est vraiment une île remplie de mystère et à nulle autre pareille. C’est l’un des points chauds du globe en ce qui touche la biodiversité. Elle abrite de nombreuses lignées de plantes et d’animaux endémiques (que l’on ne trouve pas ailleurs sur la planète).

Un village composé de maisons en brique rouge, dans une vallée entourée de collines.

Un village situé au sud de la capitale, Antananarivo, dans les massifs du centre de Madagascar. Les plateaux de latérite rouge qu’on trouve dans l’île ont valu à Madagascar son surnom d’île rouge. Image : Bernard Gagnon © Bernard Gagnon

La rareté et la singularité de ces espèces résultent du fait que l’île est restée séparée de l’Afrique et de l’Inde pendant 88 millions d’années. Cela a permis aux êtres vivants de l’île d’évoluer et de se diversifier en vase clos.

Une avenue bordée d’immenses baobabs de Grandidier, Adansonia grandidieri.

L’avenue de baobabs est une des scènes les plus grandioses et les plus photographiées de l’île. Le baobab de Grandidier, Adansonia grandidieri, est l’une des six espèces de baobab indigènes à l’île de Madagascar. Cette espèce représente une proportion importante de la diversité de l’île. Image : Bernard Gagnon © Bernard Gagnon

Madagascar abrite de nombreuses espèces devenues des icones, comme les lémurs, les aye-ayes, les caméléons, les geckos, les escargots, les baobabs et les orchidées. Cette concentration d’organismes insolites suscite la recherche biologique depuis des siècles.

Collage de deux photos : un caméléon panthère, Furcifer pardalis (à gauche) et un lémur à front blanc, Eulemur albifrons.

Madagascar abrite de nombreuses espèces animales et végétales insolites, ce qui suscite la recherche biologique depuis des siècles. À gauche, un caméléon panthère, Furcifer pardalis. À droite, un lémur à front blanc, Eulemur albifrons, photographié dans le parc national Masoala, au Madagascar. Les lémurs sont les seuls primates de l’île, outre les humains. Images : Jean-Louis Vandevivère © Jean-Louis Vandevivère (gauche); Frank Vassen © Frank Vassen

Nous allons à Madagascar pour collecter des plantes de la famille des euphorbes (euphorbiacées). Parmi les membres bien connus de ce groupe figurent l’hévéa, le ricin, le manioc, le poinsettia et l’euphorbe splendide.

Beaucoup d’euphorbes contiennent des substances chimiques qui les protègent des herbivores et dont la médecine traditionnelle de plusieurs peuples du monde fait bon usage.

Durant notre expédition, nous collecterons toutes espèces d’euphorbes tout en nous concentrant sur les membres de la tribu Plukenetieae. Il s’agit d’un groupe singulier de plantes grimpantes et de lianes qui présentent une grande diversité de morphologie florale. Il en existe cinq lignées distinctes à Madagascar et en les collectant nous espérons contribuer à une meilleure connaissance de cette tribu peu étudiée.

Une liane de l’espèce Plukenetia ankaranensis poussant dans la fissure d’un rocher.

Une nouvelle espèce de liane, Plukenetia ankaranensis, décrite par Lynn à la suite d’un précédent voyage de recherche à Madagascar, en 1990. Image : Lynn Gillespie © Musée canadien de la nature

La collecte de cette expédition me procurera des données indispensables à une partie de mon mémoire de maîtrise : une étude phylogénétique moléculaire de la tribu Plukenetieae. Le matériel végétal collecté servira au séquençage d’ADN afin de découvrir les filiations phylogénétiques du genre au sein de la tribu. Ce travail de base s’impose avant de pouvoir poursuivre les études évolutionnaires sur la diversification de la tribu.

Collage de deux dessins au crayon montrant diverses parties des plantes Plukenetia ankaranensis (à gauche) et Plukenetia decidua (à droite).

Illustrations des différentes parties des plantes Plukenetia ankaranensis (à gauche) et Plukenetia decidua (à droite). Image : Lynn Gillespie © Musée canadien de la nature

Notre expédition botanique servira à de multiples autres usages. Elle permettra d’approfondir les connaissances sur la flore de Madagascar et sur la biodiversité de la planète. On déposera un ensemble des échantillons collectés à l’herbier national de Madagascar, ce qui contribuera à la constitution d’une collection floristique exhaustive du pays.

Les échantillons que nous rapporterons viendront enrichir l’Herbier national du Canada, conservé par le Musée canadien de la nature.

Notre expédition comprend trois principaux trajets :

  1. Un voyage par route de la capitale, Antananarivo, jusqu’à la pointe nord de l’île (Antsiranana).
  2. Un trajet par voie d’eau et à pied dans les forêts humides de la péninsule de Masoala sur la côte nord-est.
  3. Un autre trajet par route vers les plateaux du centre-sud du pays et vers la côte sud-est.
Un ruisseau coule entre des rochers couverts de mousse, sous le couvert d’arbres dans la forêt humide.

Une forêt humide dans le parc national Masoala, à Madagascar. C’est un des endroits que nous explorerons, dans l’espoir d’y trouver de nouvelles espèces d’euphorbes. Image : Frank Vassen © Frank Vassen

Une paroi rocheuse marquée de profonds sillons verticaux et entourée d’arbres.

Tsingy, une formation calcaire spectaculaire dans la réserve Ankarana. C’est à cet endroit que Lynn Gillespie a découvert une nouvelle espèce d’euphorbe, Plukenetia ankaranensis. Image : Lynn Gillespie © Musée canadien de la nature

Nous visiterons une gamme d’habitats allant des plateaux tempérés du centre à la forêt tropicale côtière. Dans l’un des sites que nous visiterons, la réserve Ankarana, nous pourrons voir le fameux karst à pinacles de Tsingy, une formation calcaire spectaculaire propre à l’île.

À la suite d’une précédente expédition botanique à Madagascar, Lynn Gillespie a décrit trois nouvelles espèces d’euphorbes et nous espérons en découvrir de nouvelles cette fois-ci aussi.

Nous vous tiendrons au courant de la progression de notre expédition régulièrement.

Vous pouvez nous suivre :

Feuilles et fruits d’une d’euphorbe de l’espèce  Omphalea ankarana.

Euphorbe de l’espèce Omphalea ankarana. Lynn Gillespie n’avait qu’un seul spécimen de fruit séché de cette plante, pas même un bout de feuille séché dans un herbier, lorsqu’elle s’est rendue à Madagascar en 1990 pour rechercher, puis décrire, cette nouvelle espèce d’euphorbe. Image : Lynn Gillespie © Musée canadien de la nature

Cet article, publié dans Plantes et algues, Recherche, Sur le terrain, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Herboriser sur l’île rouge : Madagascar

  1. Rasolo-Narivo dit :

    Bonjour,
    Formidable perspective de voyage de découverte et d’études. Nous vous souhaitons plein succès sur notre île.
    Est-il possible, dans les dénominations des diverses espèces, que vous donniez en plus du nom scientifique, le nom vulgaire, connu de la population autochtone ? Cela nous serait très utile, à nous malgaches pour la communication, car les noms scientifiques sont très rapidement oubliés voire inutiles lors de nos échanges avec les populations.
    Merci et bonne continuation

  2. Warren Cardinal-McTeague dit :

    Merci pour votre commentaire. Dans les prochains articles de Warren, nous nous efforcerons d’inclure le nom commun dans la traduction en français (ce texte est traduit de l’anglais). Cependant, nous avons tendance à utiliser les noms scientifiques car ils sont plus précis. Comme vous le savez peut-être, les noms communs pour une même plante peuvent varier selon les pays ou mêmes les régions. Cependant, si vous connaissez vous-même les noms communs malgaches utilisés pour désigner certaines des plantes de ce blogue, nous les ajouterons au texte avec plaisir.
    Merci!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s