Ignite : un concentré de science et une pincée d’humour

Réunissez une dizaine de scientifiques et fournissez-leur une tribune pour exposer leur recherche en cinq minutes seulement. Qu’obtenez-vous? Un concentré de science follement savant, baptisé Ignite.

Selon le site de ce jeu (igniteshow.com), ces parties se déroulent dans une centaine de pays. La devise est la suivante : « Éclairez-nous mais faites-le vite ».

J’ai eu le plaisir d’assister à l’une d’elles cette semaine dans le cinéma du Musée : les scientifiques du Musée avaient en effet accepté de se prêter au jeu et de partager avec leurs collègues leurs découvertes et leurs diapos en un temps record.

Le gestionnaire des collections de fossiles, Kieran Shepherd, lève les yeux au ciel alors qu’il tient un modèle de dinosaure par la queue.

Kieran Shepherd, le gestionnaire des collections de fossiles du Musée, a fait rire toute la salle avec sa présentation intitulée « Pourquoi je déteste les dinosaures ». Image : Laura Sutin © Musée canadien de la nature

Kieran Shepherd, le gestionnaire des collections de fossiles du Musée, a fait rire l’assistance avec son compte rendu « Pourquoi je déteste les dinosaures ». « Bien fait pour eux », dit-il de ses animaux disparus auxquels il préfère les séduisants mammifères du Tertiaire qui ont pris leur essor après l’extinction des dinosaures.

Mais « toute résistance est futile », constate Kieran, puisque les dinosaures ont envahi la culture populaire. Il hausse les épaules en évoquant le succès fracassant des années 1990, Le parc jurassique, et le phénomène « Barney », ce tyrannosaure violet, personnage d’une émission américaine pour enfants. Parmi ses diapos se trouvait justement une caricature montrant des vélociraptors en train de dévorer ce pauvre Barney. Kieran a aussi follement amusé la foule en jetant à la ronde des petits fromages Babybel et un dinosaure en peluche : ça marche à tous les coups!

Les présentations de type « Ignite » offrent un condensé d’information scientifique que tous (même moi) peuvent assimiler. Dans son exposé au titre révélateur « Les premiers à posséder une ébauche de colonne vertébrale », Claude Renaud, Ph.D., nous a appris que les lamproies (avec leur sinistre bouche circulaire) sont dépourvues de mâchoires mais possèdent des vertèbres rudimentaires. Leur corps ressemble à celui des anguilles, qui elles ont des mâchoires, et à celui des myxines, mais ces dernières n’ont pas de vertèbres. Les lamproies existent depuis 360 millions d’années. (On en apprend tous les jours!)

La minéralogiste Paula Piilonen, Ph.D., s’est inspirée d’une histoire pour enfants de docteur Seuss, un auteur américain, pour intituler son exposé : Roche un, roche deux, roche rouge, roche bleu. Elle avait même une diapo « à la Seuss » pour présenter les minéralogistes Un et Deux, c’est-à-dire, elle-même et son collègue Scott Ercit, Ph.D.

Les minéralogistes du Musée Paula Piilonen et Scott Ercit.

Les minéralogistes du Musée Paula Piilonen et Scott Ercit. Image : Laura Sutin © Musée canadien de la nature

Paula étudie les roches alcalines, lesquelles contiennent beaucoup de sodium et de potassium mais très peu de silicium. Scott s’intéresse aux roches granitiques. Il travaille aussi à une application pour Google Earth avec le Smithsonian (bien qu’il n’ait pas eu le temps d’élaborer sur ce dernier point), projet qu’il a même assimilé à du contre-espionnage avec, à l’appui, une diapo du plus riche dépôt de césium dans l’ancienne Union soviétique.

Jennifer Doubt, Ph.D., qui gère les collections de botanique, a consacré ses cinq minutes à vanter les vertus des plantes séchées. J’ai été étonnée d’apprendre que les techniques de pressage qu’utilisent nos botanistes sur le terrain n’ont guère changé depuis un siècle. L’Herbier national du Canada, conservé au Musée, contient un million de spécimens séchés. Certains datent même des expéditions de Parry et de Franklin au début du XIXe siècle. Et, comme l’a expliqué Jennifer, nous gardons tous ces spécimens parce que : « les plantes séchées sont des preuves alors que les banques de données ne sont que le témoignage de quelqu’un ».

Un drapeau canadien arborant un spécimen de feuille d’érable séché.

Le temps file et bien d’autres chercheurs se sont exprimés… Jeff Saarela et Paul Sokoloff ont présenté leur projet de flore arctique et leur expédition dans le Nord. André Martel, Ph.D., a parlé des moules d’eau douce et d’eau de mer.

La biologiste du milieu marin, Kathy Conlan, Ph.D., nous a appris que les baleines grises vont jusqu’à la mer de Beaufort pour se nourrir de benthos (organismes des fonds marins).

Alan McDonald nous a entretenus de la préparation des fossiles et raconté qu’il avait étudié de nouvelles techniques de moulage au Carnegie Museum of Natural History de Pittsburgh.

Paul Hamilton nous a expliqué pourquoi les algues sont de bons indicateurs de la qualité de l’eau et d’importants producteurs d’oxygène.

L’entomologiste Bob Anderson, Ph.D., a décrit 94 espèces de charançons dans sa dernière publication seulement. Il dissèque même ces coléoptères pour étudier leurs parties génitales.

En raison des strictes limites de temps (cinq minutes), nous n’avons eu droit qu’à la pointe de l’iceberg. Et nous sommes restés sur notre faim… Nous demanderons donc au vice-président à la recherche Mark Graham, Ph.D., d’inscrire cette activité à l’agenda de l’an prochain afin que de goûter à nouveau à cette quintessence de science et d’humour.

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