Semer la vie en zone sinistrée

Dans l’exposition La nature déchaînée du Musée, ce sont les exemples de résilience et de récupération qui m’ont le plus marqué. L’endurance et la reconstruction, notamment à la Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina, m’ont ému au plus haut point. Même si le sort des gens, leurs efforts pour refaire leur vie et reconstruire la ville, m’ont énormément touché, le scientifique qui sommeille en moi s’interrogeait sur la façon dont l’environnement s’était régénéré.

Un cône et des aiguilles de conifère poussant sur une branche.

Le mélèze laricin, Larix laricina, est un arbre bien adapté aux terres brûlées. Comme ses cônes s’ouvrent sous l’effet de la chaleur pour libérer leurs graines, cette espèce se régénère rapidement après un feu. Image : Cassandra Robillard © Musée canadien de la nature

On appelle succession secondaire l’écosystème qui se met en place après la dévastation d’un écosystème précédent. En tant que botaniste, j’ai appris qu’il existe de nombreuses espèces végétales particulièrement bien adaptées à ces cycles de perturbations et de régénération. Avant le retour des insectes, des oiseaux et des mammifères, ce sont les plantes qui colonisent les premières les lieux dévastés et fournissent le substrat pour leur reconquête.

Prenons l’exemple du pin, de l’épinette et du mélèze. Ces conifères ont besoin de la chaleur d’un feu de forêt pour libérer les graines du cône. Sans les incendies, ces arbres ne peuvent se reproduire adéquatement. Une fois dispersées, les graines germent dans ces zones brulées, ensoleillées et ouvertes, où se trouvaient précédemment de denses et hautes futaies.

C’est la même chose avec l’épilobe à feuilles étroites, Chamerion angustifolium, qui forment de vastes tapis mauves dans les secteurs dévastés par le feu et colonisent les sites perturbés de la forêt boréale. L’établissement de ces plantes est souvent la première étape qui conduira à la restauration de la forêt telle qu’elle était avant l’incendie.

Plusieurs fleurs sur une tige.

La présence de l’épilobe à feuilles étroites, Chamerion angustifolium, est l’un des premiers signes de régénération de la forêt boréale après un incendie. Image : Paul C. Sokoloff © Musée canadien de la nature

Donc, si l’on appelle succession secondaire le rétablissement de la végétation après une perturbation, comment appeler le processus par lequel un écosystème s’installe sur une terre vierge? Succession primaire, bien sûr!

Bien que le phénomène soit rare, de nouvelles niches à coloniser apparaissent parfois, comme après le retrait des glaciers, un soulèvement tectonique ou une éruption volcanique. L’exemple récent le mieux connu est la formation de l’île volcanique de Surtsey en 1963 au sud de l’Islande.

Un paysage rocheux avec deux types de végétation.

Sabline faux-péplus, Honckenya peploides, au premier plan et Leymus mollis, à l’arrière, dans l’Arctique canadien. La sabline faux-péplus et l’élyme des sables, Leymus arenarius, parent européen de Leymus mollis, figuraient parmi les premières plantes à coloniser l’île volcanique de Surtsey. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Depuis sa naissance spectaculaire, l’île de Surtsey a fort intéressé les scientifiques de divers domaines désireux d’étudier la formation des écosystèmes et des continents. Parmi les premières plantes à s’établir sur cette île figuraient la sabline faux-péplus, Honckenya peploides, et l’élyme des sables, Leymus arenarius. Ces espèces stabilisent les sables meubles, comme ceux des plages, et forment des dunes résilientes, ce qui permet aux autres espèces de s’établir à leur tour sur ces sols à l’origine inhospitaliers.

Feuille d'herbier de Honckenya peploides CAN241259.

Ce spécimen de sabline faux-péplus, Honckenya peploides, de la collection du Musée provient d’Islande. Cette espèce est l’une des premières à s’implanter après une éruption volcanique, phénomène assez courant en Islande. Image : Paul C. Sokoloff © Musée canadien de la nature

Après une catastrophe naturelle, l’écosystème se régénère selon les mêmes mécanismes mis en oeuvre dans la constitution de l’écosystème de Surtsey, ou de n’importe quelle nouvelle terre. Les graines se déposent dans le sol et attendent les conditions propices à la germination. Le sol emmagasinera des nutriments à mesure que ces plantes mourront et se décomposeront. Si la nature devait se déchaîner à nouveau, les conditions de restauration de l’écosystème seraient déjà en place.

Texte traduit de l’anglais.

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