Un siècle d’expéditions dans l’Arctique

Nous célébrons cette année le 100e anniversaire de l’Expédition canadienne dans l’Arctique. Ce périple fut la première tentative du gouvernement canadien d’étudier et de cartographier l’Arctique et d’y établir sa souveraineté sur cet immense territoire au nord de la limite des arbres qui représente 40 % de la superficie du pays.

Cette expédition se composait de deux équipes, qui quittèrent Victoria en Colombie-Britannique en juin 1913. Une équipe de cartographie, dirigée par l’aventurier Vilhjalmur Stefansson, mettait le cap vers l’extrême nord de l’Arctique. L’autre équipe, composée de scientifiques sous la direction de Rudolph Anderson (qui deviendrait le chef de la section de biologie ici au Musée), devait en explorer le sud.

Seize hommes en complet posent pour une photo de groupe.

L’équipe de scientifiques, élégamment vêtus, de l’Expédition canadienne dans l’Arctique à Nome, en 1913, avant leur départ pour l’ouest de l’Arctique canadien. Image : © Musée canadien des civilisations

L’équipe d’Anderson atteignit sa destination, le district du Mackenzie, à l’automne. Elle y demeura trois années (donc trois rudes hivers arctiques) pour effectuer les recherches sur la flore, la faune et les peuples autochtones (Inuits et Inuvialuits).

Un homme se tient debout à l’arrière d’un traineau à chiens. Un autre homme est debout près des chiens.

Les biologistes de l’Expédition canadienne dans l’Arctique, comme Frits Johansen (sur la photo), recouraient à des traîneaux à chiens pour se déplacer l’hiver. Image : © Bibliothèque et Archives Canada

Le groupe de cartographes, en direction nord, n’eut pas autant de chance. Leur navire, le Karluk, fut prisonnier des glaces et incapable d’atteindre sa destination, l’île Herschel au Yukon. Il dériva vers la Russie pendant quatre mois. Un jour, Stefansson quitta le navire, disant au capitaine qu’il allait chasser afin d’économiser les réserves en nourriture qui commençaient à s’épuiser.

Pendant son absence, le Karluk coula et onze membres d’équipage moururent avant l’arrivée des secours. Les circonstances de ce naufrage demeurent controversées jusqu’à aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, Stefansson poursuivit son travail de cartographie de l’ouest de l’Arctique canadien jusqu’en 1918 tandis que l’équipe du sud effectua son exploration de façon indépendante.

Un spécimen de plante dessiné au crayon de couleurs et annoté.

Avant l’ère de la photographie, et même aujourd’hui, dessiner une plante avant de la cueillir permet d’immortaliser son port et la couleur de ses feuilles et de ses pétales vivants, laquelle s’estompe sur les vieux spécimens. Ce dessin de Frits Johansen, exécuté pendant l’Expédition canadienne dans l’Arctique, met en évidence la fraîcheur du spécimen centenaire de notre collection. Image : Frits Johansen © Musée canadien de la nature

Un siècle plus tard, nous nous enorgueillissons de cette expédition et de ses réalisations et nous souvenons avec émotion de ses tragédies et de ses leçons d’héroïsme. Comment ne pas penser à tout cela quand on examine les spécimens de plantes ou d’animaux que ces gens ont collectés il y a un siècle! Bien avant qu’il n’existe sous sa forme actuelle que depuis 1956, le Musée canadien de la nature (qui faisait auparavant partie de la Commission géologique du Canada) a joué un rôle de premier plan dans l’Expédition canadienne dans l’Arctique. Les spécimens recueillis, et certains de ses scientifiques, ont joints le Musée au moment de sa création officielle.

De nos jours, le Musée continue d’organiser des expéditions dans l’Arctique. J’ai eu l’immense privilège de participer à plusieurs d’entre elles, mais elles ne duraient pas trois ans! Certes, l’Arctique demeure une région éloignée et se rendre au campement demande souvent l’équivalent de plusieurs jours de voyage en avion et en hélicoptère. Mais ce n’est rien en regard de ces hommes de l’Expédition canadienne dans l’Arctique ont vécu, en voyageant dans l’ouest de l’Arctique dans quatre petits bateaux. Pour rendre hommage à ces scientifiques du début du siècle dernier, j’ai pensé qu’il serait instructif de comparer leur travail de terrain avec celui que nous effectuons aujourd’hui à l’ère du Gore-Tex.

Quatre personnes sortent d’un hélicoptère posé sur la toundra.

Aujourd’hui, la plupart des déplacements se font en hélicoptère. Ici une équipe de biologistes du Musée sur l’île Victoria en 2010. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Je pense souvent avec mon ventre et quand je pars en expédition, je me préoccupe d’abord de la nourriture. J’ai eu l’occasion d’écrire un blogue sur la nourriture déshydratée et les repas succulents que nous apportons avec nous dans le Nord. En 1913, les chercheurs se contentaient de boîtes de conserve, beaucoup de boîtes qui étaient transportées par bateau. Ils devaient aussi pêcher et chasser pour compléter leur menu. Sur la liste de provision de l’Expédition canadienne dans l’Arctique, j’ai été surpris de découvrir une énorme quantité de chocolat. Voilà une chose qui n’a pas changé!

En 1913, les guides et les employés inuits et inuvialuits jouaient un rôle primordial dans le bon déroulement de l’expédition en fournissant la nourriture, divers services et suffisamment de données anthropologiques pour remplir trois livres. Nous sommes fiers de poursuivre cette tradition, ce qui nous a donné l’occasion de belles rencontres au cours de nos excursions.

Un groupe de six personnes assises posent pour une photo. On aperçoit une tente et des collines à l’arrière-plan.

Des botanistes du Musée canadien de la nature et notre guide local, Gary Okheena, sur l’île de Victoria en 2010. Pas de costume-cravate ici! Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

L’une des plus mémorables est celle de Gary Okheena, un jeune homme d’Uluhaktok, qui nous a accompagnés pendant une semaine en 2010 à l’île Victoria. Doté d’un sens de l’humour sans pareil et infatigable lors de nos longues randonnées botaniques, il avait toujours à nous offrir une bonne histoire ou son délicieux poisson séché.

En définitive, ces expéditions d’hier et d’aujourd’hui sont motivées par le même désir : comprendre et accumuler des connaissances. Bien que le progrès soit manifeste à certains égards (les instruments GPS, les déplacements en avion, la photographie numérique, les tentes légères, etc.), la situation est inchangée dans plusieurs autres domaines (les presses à spécimen, les notes et journaux de terrain, les moustiques, l’isolement et l’inspirante immensité de la toundra). Tant qu’il y aura des choses à découvrir, nous continuerons donc à lancer des expéditions, faisant ainsi honneur à notre tradition centenaire d’exploration dans l’Arctique.

Anemone parviflora en fleur.

Grâce à la photographie numérique et aux cartes à mémoire puissantes, nous prenons aujourd’hui quantité de photos sur le terrain. Nous disposons ainsi d’archives photographiques pour une grande partie de nos collections. Il nous est aussi possible d’agrandir des structures difficiles à dessiner grâce au macro-objectif et de conserver les vraies couleurs de la plante vivante, même si nous n’avons pas nos crayons de couleur à portée de la main! Image : Jeffery Saarela © Musée canadien de la nature

Vous pouvez en apprendre plus sur l’Expédition canadienne en Arctique en consultant le site Peuples et connaissance du Nord : Expédition canadienne dans l’Arctique développé en partenariat avec le Musée canadien de la nature.

Texte traduit de l’anglais.

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