Votre autographe svp?

« Est-ce que je pourrais avoir votre autographe, s’il vous plaît? » La question est posée par une fillette blonde de dix ou douze ans, tenant sa veste rose contre elle comme un doudou. Nous n’étions pas dans la loge de Justin Bieber, mais plutôt dans la galerie des fossiles du Musée canadien de la nature et la jeune visiteuse s’adressait à la paléontologue du Musée Natalia Rybczynski.

Natalia Rybczynski met du papier hygiénique sous un os fossile trouvé sur une pente sableuse.

Natalia Rybczynski collecte un os du chameau de l’Extrême-Arctique sur l’île d’Ellesmere au Nunavut. Elle enveloppe le fossile dans du papier hygiénique pour le transporter jusqu’au camp. Image : Martin Lipman © Martin Lipman

La fillette avait apporté ses fossiles trouvés lors d’un voyage en Californie. Elle savait qu’il s’agissait d’oursins plats et qu’ils avaient environ deux millions d’années. Elle avait hâte de rencontrer une spécialiste comme Natalia Rybczynski, qui a passé ses trois dernières saisons de terrain à collecter des fossiles, dont un chameau de 3,5 millions d’années, sur l’île d’Ellesmere au Nunavut.

Tout au long d’avril, se déroule au Musée un festival ayant pour thème l’Arctique. Les fins de semaine, des géologues, des botanistes, des zoologues et des paléontologues, comme Natalia, présentent de petites expositions temporaires dans les galeries du Musée. Ils font ainsi connaître, concrètement et directement, leurs dernières recherches aux visiteurs. Je les ai accompagnés ces trois dernières fins de semaine et voici un aperçu des interactions dont j’ai été témoin.

Quatre personnes, vues d'en haut, devant une vitrine d'exposition.

Me voici, à droite, en train de répondre aux questions des visiteurs sur le chameau de l’Extrême-Arctique. Image : Chuck Clark © Musée canadien de la nature

« J’ai trouvé cette roche sur ma propriété et j’aimerais savoir ce que c’est », demande un homme âgé en regardant par dessus ses montures. Il veut discuter avec un géologue capable de lui révéler non seulement l’identité de son spécimen (du schiste), mais aussi son mode de formation. Les enfants ne sont pas les seuls à collectionner des fossiles et des roches! Mais plusieurs d’entre eux se sont montrés extrêmement intéressés, ou dégoûtés, en touchant des minéraux qui se sont formés à partir du caca de poissons vivant il y a 100 millions d’années dans l’Arctique.

Mais plusieurs d’entre eux se sont montrés extrêmement intéressés, ou complètement dégoûtés, en touchant des minéraux qui se sont formés à partir du caca de poissons vivant il y a 100 millions d’années dans l’Arctique.

Beaucoup de visiteurs ont admiré les spécimens exceptionnels présentés par les chercheurs. Aucun os de chameau, comme ce tibia vieux de 3,5 millions d’années trouvé par Natalia, n’a jamais été mis au jour à une latitude si élevée. Le minéralogiste Ralph Rowe a apporté des spécimens d’un minéral nouvellement découvert : la qaqarssukite. « Eh oui, on découvre de nouveaux minéraux chaque année, explique-t-il à une maman tentant d’intéresser son garçon. On connaît environ 4500 espèces minérales et chaque année on en trouve de nouvelles comme cette qaqarssukite. » Il les a aidés à ajuster le microscope. « Ce sont les cristaux orange au milieu de la matière blanche. » (Qaqarssukite est un mot que les joueurs de Scrabble ont intérêt à retenir. Et vous obtiendrez des points supplémentaires si vous arrivez à le prononcer correctement).

Un autre visiteur se demandait si les vertus curatives que l’on attribue aux minéraux étaient vraies. « Le corps a besoin de minéraux comme le cuivre, mais trop de cuivre peut se révéler toxique. La plupart des minéraux sont chimiquement inertes, de sorte qu’ils ne font que passer dans votre tube digestif. »

Un homme, quelque peu confus, jeta un regard circulaire sur les autres visiteurs. Ce courtier en investissement me confia qu’une visite au Musée était sa façon de décompresser après une semaine de travail éprouvante. Pour lui, admirer des roches équivalait à une séance de spa avec des tranches de concombre sur les paupières.

Trois personnes assises à une table, fixant des spécimens de plante séchée sur une feuille.

Les chercheurs et les techniciens de l’herbier font une démonstration de montage de plante. Image : Chuck Clark © Musée canadien de la nature

Autre activité zen et rafraîchissante : le montage de plantes. Les botanistes de l’herbier ont apporté plusieurs plantes arctiques séchées et montré comment ces spécimens étaient préservés et montés sur papier à des fins de recherche.

Une femme portant un genre de bonnet et une chemise avec des bras ressemblant à des feuilles.

On a invité les visiteurs à « nourrir » de moustiques « Velcro » une grassette commune (Pinguicula vulgaris), la seule plante carnivore connue en Arctique. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Pour amuser les enfants, ces botanistes ont aussi emmené leur mascotte : un des leurs costumé en grassette commune (Pinguicula vulgaris), la seule plante carnivore de l’Arctique.

Aidé d'un adulte, un garçon dirige un stylo pneumatique vers un fossile.

Démonstration de l’usage d’un stylo pneumatique à la prochaine génération de paléontologues. Image : Chuck Clark © Musée canadien de la nature

Si le montage des plantes est apaisant, les enfants (et les grands qu’ils ont emmenés avec eux) ont aussi découvert avec enthousiasme et plaisir le bruyant fonctionnement du stylo pneumatique. Cet instrument dont le son et l’aspect évoquent la fraise du dentiste est en réalité un marteau miniature. Les paléontologues s’en servent pour débarrasser délicatement les fossiles de la roche qui les entoure. Les enfants attendaient leur tour avec impatience.

Pour les adultes, l’exposition du fossile de chameau de l’Extrême-Arctique est devenu un pôle d’attraction, où la conversation allait bon train. J’ai surpris par exemple un visiteur déclarant qu’on avait là la preuve tangible des dangers des changements climatiques causés par les humains : si vous augmentez la température de la Terre de deux degrés seulement les îles du Grand Nord canadien se couvrent de forêts boréales abritant des chameaux. Un autre riposta : il n’y avait personne il y a 3,5 millions d’années, ce qui n’a pas empêché le climat de changer, alors on ne peut pas en être tenus responsables. Le débat se poursuivait alors qu’ils s’éloignaient.

On ne cesse de se plaindre de la prétendue ignorance des gens en matière scientifique. De temps à autre, les médias publient les résultats catastrophiques que nous obtenons en sciences et en math. Mais la science est beaucoup plus qu’un corpus de données, elle n’est pas non plus un moyen de briller dans les conversations mondaines : je sais cela et vous l’ignorez. C’est une façon d’appréhender le monde avec curiosité et scepticisme et c’est précisément ce que j’ai pu observer au cours de ces fins de semaine : une curiosité et un enthousiasme débordants, une soif d’apprendre.

Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de participer au festival, ne vous en faites pas. En fin de semaine, les zoologues du Musée seront là. J’espère qu’ils auront avec eux des oestres du nez pour effrayer les enfants de tous âges comme moi. Au plaisir de vous y rencontrer…

Texte traduit de l’anglais

Cet article, publié dans Arctique, Événements, Nos visiteurs, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s