Observer le toit du monde

Je viens de passer quelques jours en compagnie de 150 autres scientifiques dans le cadre d’un sommet qui visait à cerner les changements survenant dans l’Arctique (Arctic Observing Summit). Nous avons tenté de répondre à une question toute simple : Qui surveille l’Arctique? Et les questions les plus simples sont parfois les plus épineuses!

Avant de passer à la réponse, il importe de souligner la raison pour laquelle nous posons la question. Il existe une tendance au réchauffement climatique sur Terre et tout porte à croire que les effets de ce réchauffement sont amplifiés dans l’Arctique. Voici un autre exemple, dramatique, de l’interrelation des formes de vie et des répercussions que peut avoir notre développement en tant qu’espèce sur toute la planète.

Un plan d’eau entre des montagnes.

Des eaux libres de glace dans l’est de l’Extrême-Arctique. Image : Mark Graham © Mark Graham

Les changements qui surviennent aux confins septentrionaux de notre monde attisent plusieurs intérêts. Les scientifiques qui suivent les phénomènes sur de longues périodes remarquent que la glace disparaît à un rythme effréné. Avec cette fonte, on observe une augmentation des eaux libres, qui demeurent dégelées pendant de plus longues périodes, ainsi qu’une hausse du niveau de la mer et une diminution du pergélisol.

Ces dynamiques entraînent toute une cascade de phénomènes physiques et biologiques. On observe une forte corrélation entre cette tendance au réchauffement et les événements climatiques violents. Il existe aussi des écosystèmes marins saisonniers tributaires de la présence de glace de mer.

Une autre conséquence inévitable réside dans le fait que notre culture nous pousse à rechercher le gain et l’efficience économiques dans ces changements de grande ampleur. On peut s’attendre à une recrudescence des explorations de ressources devenues plus accessibles et à l’utilisation de nouvelles routes commerciales pour le transport des matières premières à travers le monde.

Pour répondre à la question, commençons par une citation d’un sage du monde naturel, Edward O. Wilson, tirée de son ouvrage Consilience: The Unity of Knowledge : « On se noie dans l’information, mais on manque cruellement de sagesse. Le monde sera dirigé dorénavant par des « synthétiseurs », c’est-à-dire des gens capables de réunir l’information pertinente au bon moment, d’exercer leur esprit critique sur ces données et de prendre des décisions importantes de façon judicieuse. »1 [Traduction libre]

Une lycode de l’espèce Lycodes mucosus nageant au fond de l’océan.

Cette lycode de l’espèce Lycodes mucosus est un poisson commun dans l’Arctique. Elle vit dans les fonds marins. Image : Mark Graham © Mark Graham

Et cette analyse s’applique tout à fait à l’Arctique. Il existe en effet une foule de gens, d’organisations et de gouvernements qui étudient l’Arctique. Ce qu’il manque, c’est un moyen accessible d’intégrer les données, précisément l’échelon « synthétiseur » dont parle Wilson. Un tel instrument permettrait de répondre aux besoins de toutes les nations de l’Arctique et des partis concernés, et d’utiliser les résultats obtenus par des projets tels Arctic Data Explorer.

Les types de données disponibles sont variés, allant de la température de l’air et la vélocité des vents à la profondeur du pergélisol, aux aires de nidification de la Mouette blanche et au nombre de baleines boréales chassées.

Ces mesures sont obtenues par les humains mais de plus en plus par des machines. Les satellites qui tournent autour de la planète nous envoient des images. Les milliers de robots qui sillonnent les océans récoltent des données physiques et chimiques. Les systèmes de localisation nous indiquent les déplacements des oiseaux et des mammifères.

Un planeur sous-marin dans l’océan.

Un planeur sous-marin prenant des relevés dans l’océan. Image : Yannlepage © Yannlepage, sous licence Creative Commons

L’Arctic Council a reconnu cette priorité en 2007 en approuvant le réseau d’observation de l’Arctique durable (Sustaining Arctic Observing Network). Depuis, le réseau a réuni des spécialistes en vue de comprendre le corpus d’observations sur l’Arctique. Il a fait preuve d’ingéniosité pour trouver des appuis en vue de poursuivre les observations et il entame actuellement la fastidieuse tâche de synthèse, de repérage des lacunes et de l’utilisation des nouveaux outils pour prendre des décisions judicieuses dans notre monde en changement.

1 Wilson, Edward O. (1999) Consilience: The Unity of Knowledge, Random House, Toronto, Canada. p. 294

Texte traduit de l’anglais.

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