L’art consommé d’Edward Burtynsky

Deux choses me frappent quand je regarde des photos d’Edward Burtynsky : la première est qu’il a consacré des décennies à immortaliser des paysages industriels partout dans le monde; la seconde est qu’il a su le faire comme personne d’autre, avec un art consommé.

Edward Burtynsky devant sa photo des barils de pétrole.

Edward Burtynsky devant sa photographie Barils de pétrole compactés # 4, Hamilton, Ontario, 1997. Image : Martin Lipman © Musée canadien de la nature

Lors de sa conférence du 30 mai dernier, l’artiste a régalé l’audience avec une projection de plusieurs des meilleures photos de ses 30 ans de carrière. Ayant eu la chance d’admirer les oeuvres de l’exposition Pétrole au Musée, j’étais curieuse de voir les photos de ses précédentes séries sur les paysages manufacturés, sur les carrières et sur la Chine : Manufactured Landscapes, Burtynsky – Quarries et Burtynsky – China.

Les photos des carrières et des mines sont absolument fascinantes. Il les décrit comme des inversions structurelles. L’une d’entre elles représente une carrière du Portugal si profonde que l’on éprouve presque du vertige à regarder la diapo à l’autre bout de la salle. D’autres évoquent d’immenses stades et les sentiers qui descendent en spirale jusqu’au fond ressemblent aux gradins où prendraient place d’invisibles spectateurs. Burtynsky a fait remarquer un train sur l’un de ces chemins et même un bus jaune. Mais mes yeux vieillissants n’ont pu percevoir l’autobus dans la vue panoramique de cette mine de cuivre.

Une photo d’Edward Burtynsky de la mine de cuivre de Kennecott dans l’Utah, États-Unis.

Mine de cuivre de Kennecott, vallée de Bingham, Utah, États-Unis, 1983. Image : Edward Burtynsky © Edward Burtynsky

Il est de fait que Burtynsky aime les lignes; de complexes réseaux de lignes dominent ses photos de paysages humanisés. Dans sa série sur les carrières, ce sont les lignes que l’on remarque d’abord.

Les lignes sont aussi notables dans sa nouvelle série sur l’eau, en particulier dans celles illustrant un long canal fait par l’homme qui traverse le paysage et sépare bien distinctement le désert du développement urbain. Il y a aussi les photos de quartiers cossus de Floride conçus de façon à ce que chaque maison possède son propre (mais faux) accès à l’eau. C’était un privilège de voir en avant-première plusieurs des images de la série sur l’eau qui sera présentée cet automne à la Nouvelle-Orléans.

Des gratte-ciel de Hong Kong à la construction du barrage des Trois-Gorges ou au terrible déversement de pétrole dans le golfe du Mexique, Burtynsky a produit, au cours des années, un énorme corpus de photographies qui décrivent comment les humains ont modelé leur environnement. Je suis impressionnée par son immense connaissance du contexte et de l’histoire entourant les sujets de ses photographies et par sa façon de cerner les liens qui nous unissent à ces thèmes : au pétrole, aux produits miniers ou à l’eau.

Photo d’Edward Burtynsky d’une profonde carrière au Portugal.

Carrière Iberia # 8, Cochicho, Pardais, Portugal, 2006. Image : Edward Burtynsky © Edward Burtynsky

Sa stratégie depuis le début consiste à créer des images pleines d’ambiguïtés, qui rendent plusieurs histoires différentes. Selon lui, la plupart des gens comprennent le message évident de l’expansion humaine et nous nous trouvons dans une situation où nous en faisons trop. C’est un signal à ne pas négliger. Notre avenir s’inscrit dans ces paysages et dans nos actes. À la fin de sa présentation, il a ajouté ceci : « Nous épuisons les ressources rapidement et le temps ne joue pas en notre faveur. »

Edward Burtynsky : Pétrole est à l’affiche au Musée jusqu’au 2 septembre 2013. Les 56 photographies sont regroupées sous les thèmes suivants : l’extraction et le raffinage, le transport et le culte du moteur, la fin du pétrole. Ma photographie préférée est celle qui montre de colorés barils de pétrole comprimés. Elle est si belle qu’on oublie le rôle peu glorieux de ces barils pour ne voir que leur aspect esthétique. C’est là tout le génie de Burtynsky, le résultat d’un art consommé.

Texte traduit de l’anglais.

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