Fourmis : Un long voyage de l’Arizona à Ottawa

Quand j’ai appris que le Musée avait envoyé Stuart Baatnes, du service des expositions, jusqu’en Arizona pour chercher des fourmis vivantes, j’ai été très surprise. Je me demandais ce qu’elles pouvaient avoir de si spécial. Et puisque je poursuis un stage dans le même service, j’ai cherché à en savoir plus sur ce voyage étonnant.

Catherine Couture et Stuart Baatnes penchés sur un nid de fourmis dans le laboratoire des animaux vivants du Musée.

Catherine Couture et Stuart Baatnes observent une reine dans le nid de fourmi moissonneuse, Pogonomymex rugosus. Image : Lyndsey Sullivan © Musée canadien de la nature

Ayant travaillé plusieurs années dans un centre jardinier, je savais que beaucoup de gens se poseraient les mêmes questions que moi. Pourquoi amener des fourmis dans un musée? Habituellement, on prend au contraire beaucoup de précautions pour éviter qu’elles l’envahissent!

Par exemple, avez-vous déjà remarqué le périmètre de roche concassée qui entoure le Musée, à Ottawa? Il s’agit d’un périmètre de sécurité pour réduire le risque d’invasion de fourmis à l’intérieur du bâtiment. Ce n’est qu’une toute petite partie des mesures appliquées pour prévenir une invasion qui pourrait détruire les collections du Musée.

Des fourmis moissonneuses, Pogonomymex rugosus, circulent parmi les petites roches à l’entrée d’un nid.

Un nid de fourmis moissonneuses en Arizona, aux États-Unis. Image : Stuart Baatnes © Musée canadien de la nature

Je voulais connaitre ces petites bestioles et leurs particularités. Stuart est allé chercher deux colonies de fourmis qu’on appelle « pot-de-miel » appartenant à l’espèce Myrmecocystus mendax, ainsi que deux colonies de Pogonomyrnex rugosus, plus communément appelées fourmis moissonneuses.

Stuart Baatnes construit un nid de fourmis avec du plâtre, dans un atelier du Musée.

Stuart construit ici un nid pour les fourmis moissonneuses. Image : Catherine Couture © Musée canadien de la nature

Son voyage a demandé plus de cinq mois de préparation. C’est un énorme travail sur le plan de la logistique, notamment pour obtenir tous les permis requis autant aux États-Unis qu’au Canada. Mais pourquoi parcourir près de quatre mille kilomètres pour aller chercher des fourmis?

La réponse est bien simple : ces fourmis, qu’on trouve dans le sud-ouest des États-Unis, s’adaptent plus facilement que d’autres au changement. Elles résistent aussi bien au stress. Enfin, ce sont des variétés que le Musée ne possédait pas encore et qui s’ajouteront aux autres animaux vivants conservés dans notre Animalium.

C’est aussi une acquisition intéressante à présenter dans le cadre d’une exposition sur les fourmis. C’est pourquoi vous pourrez observer les fourmis pot de miel et les moissonneuses dans l’exposition Agricultrices, guerrières et bâtisseuses : La vie secrète des fourmis qui ouvrira au Musée le 26 juillet prochain.

Stuart s’est rendu au laboratoire Ray Mendez, à Portal en Arizona, pour se procurer les fourmis et apprendre comment leur construire un habitat. Entomologiste expérimenté, Ray Mendez connait très bien ce genre d’insecte et leurs besoins. Il a été d’une grande aide pour Stuart.

Vue d’un nid de fourmis pot-de-miel de l’espèce Myrmecocystus mendax à travers une paroi transparente.

Des fourmis pot-de-miel de l’espèce Myrmecocystus mendax dans le laboratoire de Ray Mendez à Portal, en Arizona. Image : Stuart Baatnes © Musée canadien de la nature

Ces fourmis ont des particularités qui les rendent très intéressantes. Par exemple, les fourmis pot-de-miel produisent un nectar, comme les abeilles. Ce nectar leur sert de réserve de nourriture pendant les périodes plus difficiles. Au Musée, nous les nourrissons avec des fruits, une source de sucre intéressante pour elles.

Coupe transversale d’un nid de fourmis en plâtre comportant de nombreuses cavités.

Le nid des fourmis pot-de-miel construit par Stuart au Musée canadien de la nature. Image : Catherine Couture © Musée canadien de la nature

Les moissonneuses sont des fourmis très venimeuses; il ne faut donc pas les écraser ou les manger. Elles peuvent soulever jusqu’à dix fois leur poids. Leur façon de faire un nid est très intéressante. Elles dégagent complètement l’espace qui entoure l’entrée de leur nid, sur un grand périmètre.

Un chapeau est placé près d’un nid de fourmis moissonneuses dans le désert de l’Arizona.

Un nid de fourmis moissonneuses en plein désert. Le nid est d’une circonférence d’environ un mètre, et est situé près du chapeau. Le périmètre autour du nid est totalement dégarni. Image : Stuart Baatnes © Musée canadien de la nature

Un buisson épineux en fleurs dans le désert de l’Arizona.

Les fourmis pot-de-miel aiment butiner sur les fleurs des couronnes d’épines. Image : Stuart Baatnes © Musée canadien de la nature

Pour aller chercher les fourmis moissonneuses, Ray Mendez a dû attende la période de l’année où les futures reines sortent du nid pour aller fonder d’autres colonies. C’est ainsi que nous avons pu obtenir deux colonies de fourmis moissonneuses.

Collecter une colonie de fourmis pot-de-miel est un peu plus simple, mais tout de même exigeant. Il faut creuser tout autour du nid pour aller récupérer tous les insectes sans dommage.

Dans quel climat ces deux sortes de fourmis vivent-elles habituellement? Stuart est allé les chercher à Portal en Arizona, où le climat est très sec et chaud. Tellement chaud en fait que Stuart a attrapé un coup de soleil quinze minutes après son arrivée!

Stuart Baatnes en plein désert de l’Arizona.

Stuart Baatnes en plein désert de l’Arizona. Image : Stuart Baatnes © Musée canadien de la nature

Transportées au Canada, les fourmis doivent s’adapter à un nouveau climat. Il faut les habituer graduellement à un taux d’humidité plus élevé. Comment fait-on? On augmente graduellement le taux d’humidité de leur habitat au Musée.

Des fourmis dans un plateau en plastique contenant du sable.

L’une des deux colonies de fourmis moissonneuses que Stuart a ramenées de Portal en Arizona. Image : Catherine Couture © Musée canadien de la nature

Ces petites créatures de Portal en Arizona ont fait bien du chemin pour arriver ici. Elles ont même été perdues en cours de route par le transporteur, mais heureusement, elles ont nous sont arrivées saines et sauves. Nous aurons ainsi la chance d’observer ces fourmis dans leur nouvel habitat, au Musée, et d’en apprendre davantage sur leurs vies.

Cet article, publié dans Animaux vivants du Musée, Collections, Expositions, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Fourmis : Un long voyage de l’Arizona à Ottawa

  1. Ping : Fascinantes fourmis | Le blogue du Musée canadien de la nature

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s