6 jours, 9 jeunes, 145 spécimens, 1 refuge dans l’Arctique : additionnez le tout et vous obtiendrez l’expédition 2013 à l’Arctic Watch Lodge.

Le troisième jour de l’expédition, j’emmenai des jeunes et quelques pensionnaires du refuge herboriser dans les environs. En marchant dans une luxuriante toundra, qui prenait des allures d’oasis au milieu de cet aride paysage d’éboulis, nous sommes tombés sur le plus gros plan de saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia) qu’il m’a été donné de voir. Ce géant faisait au moins trois quart de mètre de largeur! J’ai indiqué son nom latin à mes compagnons de marche et leur ai expliqué qu’il s’agissait de la plante la plus répandue de l’Extrême-Arctique.

Une plaque de saxifrage à feuilles opposées sur une pente rocailleuse.

Fleur printanière de l’Arctique, la saxifrage à feuilles opposées agrémente de sa couleur pourpre les pentes rocheuses entourant la baie de Cunningham. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature.

Alicia Manik, qui faisait partie de l’expédition, nous a tout de suite appris que ces fleurs étaient délicieuses. Ayant grandi à Resolute, au Nunavut, Alicia a souvent dégusté ces premières fleurs printanières. Belinda, une autre participante, a ajouté qu’elle les aimait avec du sirop d’érable. Alors en dix minutes, nous sommes allés chercher une bouteille de sirop à la cuisine, avons dépouillé de ses fleurs l’énorme massif et avons régalé tous les occupants du refuge de ce mets délicat de l’Arctique.

Une fille assise devant un plat contenant des fleurs de saxifrage.

Alicia Manik, une participante, devant un plat de saxifrage au sirop d’érable.
Image: Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature.

C’est à peu près l’atmosphère qui a régné pendant nos six jours à l’Arctic Watch Lodge.

Vue du bâtiment principal et des pavillons.

L’Arctic Watch Lodge, notre gîte pendant l’expédition jeunesse et un des seuls établissements (non permanents) sur l’île de Somerset. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature.

Les neuf jeunes participants (sept de Nunavut, un de Yellowknife et un de New York), devaient aller au-delà de leurs limites et apprendre de nouvelles compétences. Ils se sont révélés de fins observateurs durant les expéditions à la recherche de fossiles et de plantes. Ils n’ont pas protesté quand nous les avons envoyés à la rivière en combinaison étanche et ont pagayé avec enthousiasme dans la baie de Cunningham.

Un groupe traverse un ruisseau dans un canyon.

Ewan Affleck, un des chefs de l’expédition, guide les participants dans le canyon Gull, un site de nidification et de trésors botaniques. Image: Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature.

Un adolescent tient une pipette au-dessus d’une table avec des spécimens de plante.

Le participant Zach Halem traite des échantillons d’algue marine au labo. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature.

Dans les moments plus calmes, les jeunes jouaient aux cartes, faisaient le montage des vidéos prises pendant la journée ou travaillaient à leur projet de tricot ou de perlage (sans compter les parties de pingpong). Par ses activités, ils ont appris à se connaître, à se familiariser avec la culture de l’autre et à emmagasiner des expériences, des compétences et des souvenirs qui les suivront toute leur vie.

De mon côté, je suis vite entré dans mon rôle de scientifique invité. J’ai installé le labo  dans la grande pièce (certainement les meilleures conditions de terrain que j’ai connues!) et travaillé comme éducateur tout en poursuivant mes recherches pour le Musée. Les jeunes se sont révélés des assistants de recherche enthousiastes. Sur le terrain, ils scrutaient le sol et me ramenaient souvent de nouvelles plantes à identifier ou m’aidaient à traiter les échantillons dans le laboratoire.

Les jeunes du Nunavut n’hésitaient pas à partager leurs connaissances sur les plantes, comme le nom en inuktitut de la saxifrage que nous avons mangée (aupilattunnguat) et l’utilisation des fibres de saule et de la linaigrette pour confectionner des mèches de qulliq (la lampe à l’huile). Voilà des anecdotes que je n’entends pas à tous mes voyages dans le Nord!

Quatre personnes sur une plage rocheuse examinant une grosse pierre couverte de lichen.

Josée Auclair, Ewan Affleck, Zach Halem et Anika Affleck examinant une roche couverte du lichen xanthorie élégante (Xanthoria elegans). Image: Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature.

Le printemps a été tardif cette année sur l’île de Somerset : les plantes étaient deux ou trois semaines en retard, la rivière inondait les berges et il y  avait de la glace dans la baie. Sur le plan floristique, de nombreuses plantes que je voyais normalement dans l’Arctique à cette période n’étaient pas encore écloses, alors que les fleurs printanières comme la saxifrage à feuilles opposées et celles du saule de l’Arctique (Salix arctica) dominaient dans ce paysage rocailleux.

Gros plan d’un saule de l’Arctique mâle (gauche) et femelle (droite).

Les fleurs d’un saule de l’Arctique mâle (gauche) (Salix arctica). La fleur ouverte permet au vent de transporter le pollen qui se trouve dans les anthères rouges en saillie et de les déposer sur les étamines d’un plant femelle voisin (droite). Contrairement à de nombreuses espèces arctiques, les saules sont unisexuels, c’est-à-dire que le plant est soit mâle, soit femelle. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature.

J’ai ainsi pu collecter et photographier ces espèces en pleine floraison, ce que je n’ai pas l’occasion de faire normalement quand je me rends dans l’Arctique. Nous avons collecté 145 spécimens de plantes vasculaires, de mousses, de lichens, d’algues et de champignons.

Tous ces spécimens seront utilisés dans divers projets de recherche du Musée, et notamment dans la préparation de notre Flore arctique du Canada et de l’Alaska. Tout cela grâce à neuf jeunes à la curiosité insatiable et à notre précieux partenariat avec l’Arctic Watch Lodge. Comme le dit un vieil adage, il fait bon avoir des amis dans l’Arctique.

Vue panoramique de la baie de Cunningham montrant une vertèbre de baleine sur les rives rocheuses.

Un beau jour dans la baie de Cunningham. Le refuge est très bien situé pour observer les bélugas : après le départ des glaces, des milliers de bélugas remplissent les eaux plus chaudes de la baie. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature.

Je tiens à remercier Richard, Josée, Tessum, Nansen, Sven, Catharine, Raf, Alexia, Piper, Jeff, Justin, Joan, Lee et Gretchen de m’avoir accueilli pendant cette expédition. Votre renommée de meilleur refuge de l’Arctique est bien méritée, votre hospitalité et votre compétence n’ont pas leur pareille. Merci à Ewan de nous avoir aidés à mettre sur pied ce programme formidable. Tous mes remerciements à Jeff, Volker, Dorothea, Andrea, Frank, Boomer, Dave, Cliff, Megan, Chris, Bryan et Robin : que vous ayez été en vacances ou occupés à votre propre projet, vous avez tous contribué d’une façon ou d’une autre à cette expédition jeunesse. Et à nos jeunes,  Alicia, Anika, Belinda, Louis, Savannah, Simeonie, Ryan, Sky et Zach, merci d’avoir écouté sans broncher ma litanie de mots latins, de m’avoir enseigné quelques nouveaux jeux de cartes et d’avoir été prêts à tout, même à aider un étrange scientifique comme moi.

Cet article, publié dans Arctique, Plantes et algues, Sur le terrain, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour 6 jours, 9 jeunes, 145 spécimens, 1 refuge dans l’Arctique : additionnez le tout et vous obtiendrez l’expédition 2013 à l’Arctic Watch Lodge.

  1. Ping : De la plante à l’article | Le blogue du Musée canadien de la nature

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s