Minéraux à échanger – les « cartes de collection » du monde des minéraux

Les minéraux sont un peu comme des cartes de collection. On a parfois une carte en double qu’un ami convoite et vice versa, alors on fait des échanges comme dans la cour de récréation. Tous les musées dotés d’une collection de minéraux ont ce qu’ils appellent une « collection de spécimens à échanger ». Il s’agit le plus souvent de pièces collectées par le personnel du Musée pendant une expédition sur le terrain, de pièces locales ou d’échantillons provenant de localités ayant fait l’objet d’un projet de recherche.

Deux photos, chacune montrant un homme devant une rangée d’armoires en train d’ouvrir un tiroir de spécimens.

Les pratiques exemplaires pour la conservation des minéraux sont les mêmes dans tous les pays. À gauche : Joel Grice, Ph.D., dans la collection de minéraux du Musée canadien de la nature. À droite : Bill Birch, Ph.D., dans la collection des sciences de la Terre du Museum Victoria. Images : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature, Dermot Henry © Museum Victoria

Cette collection sert de monnaie d’échange avec d’autres musées, avec des scientifiques ou avec des commerçants. Elle contient souvent des espèces qui sont communes dans la région du Musée en question mais qui peuvent être très prisées pour un musée à l’autre bout du monde.

Un spécimen de decrespignyite sur une table, à côté d'une règle indiquant sa taille.

Un spécimen que Paula Piilonen a obtenu du Museum Victoria de Melbourne pour compléter les collections minéralogique du Musée canadien de la nature. Il s’agit de decrespignyite de la mine de cuivre Paratoo (Yunta, province Olary, Australie-Méridionale). Image : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

La collection des spécimens à échanger du Musée canadien de la nature contient de nombreuses espèces rares provenant du mont Saint-Hilaire (Québec), de sites de la région de l’Outaouais comme des tranchées creusées le long de l’autoroute 5, ainsi que des échantillons de minéraux provenant d’expéditions à Rapid Creek (Yukon), à l’île de Baffin (Nunavut), au Groenland et en Norvège.

Au cours d’un récent voyage en Australie visant à approfondir plusieurs projets de recherche, j’ai eu l’occasion de rendre visite à des collègues et amis au Museum Victoria de Melbourne.

Quatre personnes debout dans un laboratoire de minéralogie.

La minéralogiste du Musée canadien de la nature Paula Piilonen visite ses collègues Bill Birch, Ph.D.; Stuart Mills, Ph.D. et Dermot Henry, Ph.D. au département des sciences de la Terre du Museum Victoria. Image : Bill Birch © Museum Victoria

Étant aux antipodes, nous nous voyons tous les deux ans à des conférences et gardons le contact par courriel. Mais les rencontres en personne sont toujours appréciées surtout quand elles s’accompagnent de visites des galeries de géologie, minéralogie et paléontologie (sur le thème de la Terre dynamique et de l’évolution de Victoria des 600 derniers millions d’années) ainsi que des collections d’histoire naturelle et de leurs laboratoires de recherche.

Lors de cette visite, j’ai eu l’occasion de parcourir leur collection de spécimens à échanger et d’y choisir des échantillons de minéraux à ramener à Ottawa. Il s’agissait surtout de minéraux de localités situées dans l’État de Victoria, dont beaucoup ont été collectés et étudiés par les minéralogistes du Museum Victoria Bill Birch, Dermot Henry et Stuart Mills.

Un spécimen de kapundaite sur une table, à côté d'une règle indiquant sa taille.

Kapundaite de la carrière Tom (Kapunda, Australie-Méridionale). Image : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

C’était l’occasion d’acquérir des espèces rares que nous ne possédions pas et des espèces de localités australiennes non représentées dans nos collections. Quand, devant des armoires pleines de minéraux rares et de magnifiques spécimens, on me dit « prends ce que tu veux », c’est comme si on disait à un enfant dans une confiserie de faire son choix!

Après plusieurs jours de visite, de travail sur les données collectées à Sydney la semaine précédente et d’inspection de nombreux tiroirs de minéraux australiens, j’ai choisi un ensemble de spécimens qui n’avaient pas d’équivalents dans nos collections : des échantillons de minéraux de phosphate de cuivre-bismuth/vanadate (Morass Creek, Benambra, Victoria), des minéraux de cuivre des terres rares de la mine de cuivre de Paratoo (Yunta, province d’Olary, Australie-Méridionale), de superbes grenats andradites de la mine Kara de Tasmanie et un fabuleux spécimen de saléeite, un phosphate de magnésium-uranium, de Jabiru (Territoire du Nord). Après avoir soigneusement emballé les spécimens dans ce qu’on m’a assuré être du papier hygiénique « qualité d’archive », je les ai ramenés dans mes bagages jusqu’à Ottawa.

Des spécimens de mrazekite et hechtsbergite sur une table, à côté d'une règle indiquant leur taille.

Échantillon de mrazekite et de hechtsbergite de Morass Creek, à Benambra, dans la province de Victoria. Image : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

La collection de minéraux à échanger joue un rôle important dans tous les musées. En échangeant leurs spécimens, les musées peuvent acquérir des pièces qu’ils ne seraient autrement pas capables de se procurer et de diversifier ainsi les minéraux et les localités représentées. Les échantillons ainsi acquis ont une multitude d’usages pour les expositions, l’éducation ou la recherche.

Au Campus du patrimoine naturel, les spécimens australiens sont préparés et catalogués afin d’être intégrés à notre collection. Chaque spécimen est examiné visuellement et décrit. On prend ensuite son « empreinte » pour référence ultérieure : on recueille la caractérisation par diffraction de rayons X sur poudres de tous les minéraux compris dans chaque échantillon. Une fois que chaque échantillon a été décrit, analysé et catalogué, il appartient à part entière et de façon permanente à la collection nationale de minéraux du Musée canadien de la nature.

Un spécimen de saléeite sur une table, à côté d'une règle indiquant sa taille.

Saléeite de Jaribu (Territoire du Nord, Australie). Image : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

En ce moment même, des minéraux soigneusement empaquetés de la collection de spécimens à échanger du Musée canadien de la nature traversent le Pacifique pour rejoindre la collection permanente du Victoria Museum. Comme lors des échanges de cartes de collection, chacun sort heureux d’une séance, avec en main une carte qu’il ne possédait pas.

Texte traduit de l’anglais.

A propos Paula Piilonen

A mineralogist with the Research Division at the Canadian Museum of Nature.
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