Soins animaliers : Grenouilles 101

L’exposition Des grenouilles hautes en couleur est ici depuis quelques semaines maintenant et les grenouilles ont eu le temps de s’acclimater. Ces 80 amphibiens exotiques sont fort délicats et leur bien-être exige des soins bien particuliers. Curieuse de savoir en quoi consiste ce travail, j’ai suivi, pendant sa tournée matinale, leur soigneuse Leslie Thompson, qui accompagne l’exposition de Reptiland depuis 2008. Voici ce que j’ai découvert.

Une grenouille arboricole de Dennys tachetée, Rhacophorus dennysi, assise sur une branche dans un terrarium, dévore un grillon.

Cette grenouille arboricole de Dennys tachetée, Rhacophorus dennysi, dévore le grillon que Leslie vient de lui présenter à l’aide de petites pinces.
Image : Charlotte Field © Musée canadien de la nature

Chaque matin, Leslie arrive de bonne heure pour nettoyer les terrariums et nourrir les grenouilles avant l’ouverture du Musée. Elle vaporise de l’eau purifiée dans chaque réservoir pour accroître l’humidité et arroser un peu les plantes. Elle replace les roches, les mousses et les branches que les grenouilles ont pu déplacer pendant la nuit, moment où la plupart d’entre elles sont le plus actives. Elle nettoie les surfaces immergées pour prévenir l’accumulation d’algues.

Comme les grenouilles passent beaucoup de temps dans l’eau, Leslie tamise les petits étangs afin d’enlever tout ce qui pourrait les irriter comme des peaux mortes ou de la mousse. Enfin, elle nettoie la paroi vitrée du terrarium avec de l’eau purifiée à l’intérieur et du nettoyant à l’extérieur.

Une femme vaporise d’eau l’intérieur d’un terrarium.

La soigneuse Leslie Thompson vaporise les terrariums avec de l’eau purifiée pour accroître l’humidité, elle nettoie la paroi vitrée et arrose les plantes. Image : Charlotte Field © Musée canadien de la nature

Tout en nettoyant, Leslie nourrit les grenouilles. Leur métabolisme est plus lent que le nôtre, aussi mangent-elles moins souvent. Les grenouilles les plus actives, comme les rainettes, prennent trois repas par semaine, tandis que les plus sédentaires, comme les ouaouarons, se contentent de deux. On leur offre des grillons vivants et, à l’occasion, un ver géant ou une blatte (que certaines dédaignent toutefois, les jugeant trop amères).

Leslie nourrit beaucoup de grenouilles « à la cuiller » : elle leur tend un grillon à l’aide d’une pince et la grenouille, excitée par le frétillement de l’insecte, s’en saisit. D’autres préfèrent le plaisir de la chasse : Leslie libère quelques grillons dans le terrarium mais ne part pas s’en s’être assurée que tous les pensionnaires ont eu leur juste part.


Cette vidéo montre le repas de diverses espèces de grenouilles. Dans certains cas, la soigneuse Leslie Thompson utilise des pinces pour présenter un grillon à l’animal. Dans un autre cas, les grenouilles attrapent elles-mêmes les insectes déposés sur le sol du terrarium et les mangent. On entend en arrière-plan Leslie Thompson qui commente l’appétit de certaines grenouilles (en anglais). Vidéo : Charlotte Field © Musée canadien de la nature

Est-ce que des grenouilles parviennent à s’échapper pendant le nettoyage? Parfois, répond Leslie, qui les ramasse alors pour les replacer dans leur habitat. Mais ce n’est pas parce qu’elles veulent fuir leur environnement, car elles y mènent une vie tout à fait confortable!

J’ai été surprise d’apprendre que les grenouilles pouvaient attraper le même genre de maladies que nous, comme des problèmes de reins et des aphtes. En raison de la perméabilité de leur peau, elles sont très sensibles aux bactéries. Encore plus étonnant : les traitements et les médicaments qu’on leur donne sont souvent les mêmes que les nôtres! Par exemple, en cas de coupures ou d’abrasion de la peau, Leslie utilisera une crème antiseptique pour hâter la guérison. Les grenouilles recevront des gouttes ophtalmologiques en cas d’infection aux yeux ou des injections d’antibiotiques si elles ont une infection interne, le tout sous la supervision d’un vétérinaire.

Des verres en polystyrène contenant chacun une brosse à dents et un petit filet sont disposés sur le dessus d’un chariot.

Pour éviter la contamination, on nettoie chaque terrarium avec un ensemble d’instruments distinct. Leslie se sert de filets pour écumer les petits étangs et de brosses à dents pour enlever les algues et nettoyer les surfaces. Image : Charlotte Field © Musée canadien de la nature

Leslie veille aussi à ce que les grenouilles reçoivent leurs vitamines. Le meilleur moyen est de les intégrer à leur nourriture. Les grillons sont nourris de verdure et de patates douces, dont profiteront ultimement les grenouilles. La soigneuse les saupoudre de calcium et de multivitamines avant de les donner aux grenouilles.

Leslie consacre trois ou quatre heures par jour aux besoins essentiels des grenouilles. Elle est toujours disponible en cas d’imprévu. Nous sommes rassurés de pouvoir compter sur son savoir-faire pendant que l’exposition Des grenouilles hautes en couleur est à l’affiche au Musée et les grenouilles le sont probablement encore plus!

Un travail pour le moins inusité

Le travail de « soigneuse » de grenouilles est certainement peu ordinaire. Leslie Thompson nous éclaire ici sur son parcours.

« Très jeune, je savais que je travaillerai avec les animaux. Au secondaire, j’ai fait un stage dans une clinique vétérinaire. Certains aspects du travail me plaisaient, mais je ne pouvais pas m’imaginer faire des chirurgies ou euthanasier des animaux domestiques. J’ai obtenu un bac en sciences à l’Institut de technologie de Rochester, dans l’État de New York aux États-Unis. Pendant mes études, j’avais suivi un cours d’introduction aux soins d’animaux de zoo qui m’a familiarisée avec l’élevage et la gestion des animaux en captivité.

Une grenouille arboricole de Dennys tachetée, Rhacophorus dennysi, repose assise dans la main gantée d’une femme.

Leslie tient ici une grenouille arboricole de Dennys tachetée, Rhacophorus dennysi, dans sa main.
Image : Charlotte Field © Musée canadien de la nature

L’été qui a suivi la fin de mes études, le zoo de ma ville natale, Clyde Peeling’s Reptiland, embauchait. J’y travaille depuis six ans maintenant et j’ai été promue gardienne principale. Je reste au zoo la plupart du temps à m’occuper de la gestion de la population animale, mais j’ai aussi voyagé avec nos expositions itinérantes au musée National Geographic à Washington, à l’American Museum of Natural History de New York et au Musée canadien de la nature, ici à Ottawa. »

Texte traduit de l’anglais.

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