C’est la Grosse Cucurbita pepo, Charlie Brown!

C’est le 31 octobre et vous vous préparez sans doute à la nuit d’Halloween. Peut-être passerez-vous de porte en porte ou encore enfilerez-vous un costume très étudié (je serai probablement un savant fou; j’ai déjà le sarrau de laboratoire…) pour une soirée entre amis. Si, en chemin, vous croisez un champ de citrouilles, rappelez-vous que tous les ans, à l’Halloween, Linus van Pelt, l’inséparable ami de Charlie Brown, passe la nuit dans un champ de citrouilles à attendre l’arrivée de la Grosse Citrouille.

Un champ de citrouilles.

Chaque année, le jeune Linus s’installe dans un champ de citrouilles comme celui-ci pour attendre l’arrivée de la Grosse Citrouille. Il n’a malheureusement jamais eu de succès, mais qui sait? Il a peut-être appris quelques notions d’horticulture ou de botanique au passage… Image : Arthurpreston © iStockphoto.com/Arthurpreston

J’ai moi-même visité pas mal de champs de citrouilles, mais c’était plutôt pour tâter les plants et tenter de faire entrer leurs gros fruits dans mon presse-spécimen. (Imaginez-en sur une feuille d’herbier!). Mais, vous demandez-vous sûrement, qu’est-ce qu’un botaniste penserait à la vue d’une citrouille géante qui vole, s’il ne se sauve pas de frayeur, bien sûr!

Pour commencer, comment s’adresserait-il à la Grosse Citrouille. Se montrerait-il familier au point de l’appeler par son nom latin Cucurbita pepo? Devrait-il dire Monsieur ou Madame? Madame semble plus convenable à première vue, pourtant le plant de citrouille produit à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles.

Une citrouille de grande taille au pied d’un épouvantail, dans un jardin situé près d’une serre.

Chaque année à la serre de l’Université Carleton, le chef jardinier Ed Bruggink cultive des citrouilles géantes tout près du campus. Il s’agit de variétés primées pour leur taille impressionnante. Réussiront-elles à attirer la Grosse Citrouille le soir de l’Halloween? Image : Ed Bruggink © Ed Bruggink

D’où vient la Grosse Citrouille? Comme le père Noël, elle doit bien avoir un lieu d’origine, mais il est difficile à déterminer car elle est cultivée depuis des milliers d’années. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette espèce unique possède tant de formes différentes et que les taxonomistes s’arrachent les cheveux depuis des années à son sujet. J’imagine qu’il est facile de se cacher pendant les 364 autres jours de l’année pour une espèce mystérieuse aux formes multiples.

Un plant de concombre grimpant, Echinocystis lobata, sur lequel on voit un concombre.

Le concombre grimpant, Echinocystis lobata, aussi appelé concombre sauvage, pousse dans la région d’Ottawa. On le voit surtout dans des champs en friche. Image : Aung © Domaine public

Bien que Linus attende religieusement chaque année la Grosse Citrouille en personne, on sait très bien qu’une armée de gourdes s’activent en coulisses. Et, dans ces occasions, à qui faire appel sinon à la famille? Heureusement la Grosse Citrouille a de la famille (des cucurbitacées) dans le monde entier. Un de ses cousins, le concombre sauvage (Echinocystis lobata) croît ici même à Ottawa.

Et finalement, comment la Grosse Citrouille peut-elle devenir si grosse (on passe sous silence son intelligence et sa capacité à voler). C’est que nous croisons des plants depuis des millénaires pour obtenir les organismes les plus gros, les plus goûteux, les plus utiles. En pollinisant les grosses citrouilles entre elles, on obtient des citrouilles toujours plus énormes. On vend même en ligne, pour plusieurs centaines de dollars, les graines de ces plants géants. La Grosse Citrouille vient peut-être d’une longue lignée de citrouilles de plus en plus grosses.

Un homme est assis au sol, entouré des pages d’un herbier, dans une salle remplie de classeurs.

J’ai patiemment attendu toute la nuit, assis parmi des Cucurbita et des Echinocystis provenant de l’Herbier national du Canada, mais la Grosse Citrouille n’est jamais venue! Peut-être que ça ne fonctionne pas avec des plantes pressées… Image : Micheline Beaulieu-Bouchard © Musée canadien de la nature

Je présume que vous n’irez pas ce soir dans un champ attendre l’arrivée de la Grosse Citrouille (et vous faites bien, car au risque de gâcher votre plaisir, je vous annonce qu’elle n’arrivera pas…). Mais j’espère que vous regarderez les champs de citrouilles et leurs gros fruits orange d’un tout autre oeil à l’avenir.

Texte traduit de l’anglais.

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