Les dendrobates : d’une fatale beauté

Ma formation scientifique et ma passion pour la nature m’ont incitée à devenir bénévole au Musée canadien de la nature. C’est aussi ce qui a suscité ma curiosité à l’égard des grenouilles. Après avoir visité Des grenouilles hautes en couleur, je me suis demandé comment des caractéristiques si diverses d’une espèce à l’autre pouvaient assurer leur protection.

Un ouaouaron dans l'eau au milieu des nénuphars.

Ce ouaouaron (Lithobates catesbeianus) se fond dans le décor du lac Peck au parc Algonquin en Ontario. Image : Jennifer Artz © Jennifer Artz

Les grenouilles se camouflent en général fort bien. La grenouille cornue d’Argentine, par exemple, est invisible dans les herbes, les feuilles et le jeu d’ombre, tandis que le crapaud buffle africain passe inaperçu parmi les roches mouillées et les feuilles.

Deux grenouilles bleues à pois noirs dans un terrarium d'exposition.

Ces dendrobates sont bien visibles dans leur habitat, que cela soit dans la nature ou au Musée, où cette photo a été prise. Image : Charlotte Field © Musée canadien de la nature

En revanche, les couleurs vives et les motifs criards de ces dendrobates sautent aux yeux. La diversité que l’on observe au sein de la famille des grenouilles, et plus particulièrement chez ces jolis mais dangereux dendrobates, m’a incitée à tenter d’en savoir plus.

Les grenouilles du Canada

Deux photos de deux grenouilles dans leur habitat.

Le camouflage d’un ouaouaron (à gauche; Lithobates catesbeianus) et d’une grenouille verte (à droite; Lithobates clamitans). Francis Cook, chercheur émérite au Musée canadien de la nature, a identifié les grenouilles de mes photographies du parc Algonquin. Images : Jennifer Artz © Jennifer Artz

Ayant séjourné à la fin de l’été au parc Algonquin avec ma famille, j’avais en tête les espèces de grenouilles indigènes. Nous en avons trouvé plusieurs lors de nos randonnées. Nous les entendions, mais ce n’était pas facile de les repérer dans les marécages entourant le lac Peck. Comme toutes les espèces indigènes du Canada, ces grenouilles se camouflent pour ne pas attirer l’attention des prédateurs.

Les dendrobates d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale

Ces grenouilles, qui peuplent les forêts humides de la planète, exhibent au contraire des couleurs vives : jaune, orange, violet, rouge ou bleu (on peut en voir quelques-unes dans l’exposition). Les dendrobates d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale en font partie. Ils appartiennent à la famille des dendrobatidés. Ces ravissantes créatures ont la peau couverte d’un mucus pouvant contenir des toxines létales.

Une grenouille noir à motifs jaunes dans le terrarium d'une exposition.

Chez ce dendrobate, le contraste de couleur frappant accroît la visibilité de l’animal. Visitez le Musée pour admirer cette grenouille et les autres dendrobates dont il est question dans ce blogue. Image: Jennifer Artz © Jennifer Artz

On admet facilement que le camouflage puisse protéger une grenouille dans la nature. Il est toutefois moins aisé de comprendre comment des couleurs vives peuvent également protéger les grenouilles qui les arborent. Voici l’explication en deux points :

D’abord, sachez que si les dendrobates sont tous toxiques, ils ne sont pas tous mortels. Le poison peut causer des enflures, des nausées ou une paralysie musculaire. Un prédateur qui survit à une première expérience, gravera dans sa mémoire les couleurs vives, le goût abominable et les effets indésirables suivant l’ingestion. La gradation dans la toxicité, allant de la nausée à la mort, a toute son importance : ce mécanisme peut protéger toute une population locale après une seule interaction prédateur-proie.

Deuxièmement, comme nous l’avons dit, tous les dendrobates sont venimeux dans la nature. Mais leur niveau de dangerosité varie grandement au sein des quelque 175 espèces et de leurs différentes populations géographiques. On compte parmi eux, les grenouilles du genre Phyllobates, auquel appartient le bien nommé phyllobate terrible (Phyllobates terribilis), qui est la grenouille la plus toxique. Le mucus d’un seul spécimen suffirait à tuer 10 personnes! Pour empoisonner leurs fameux dards de sarbacane, les peuplades autochtones d’Amérique du Sud ne se servaient, semble-t-il, que de quatre espèces de grenouilles appartenant au genre Phyllobates.

Deux dendrobates de couleurs et de motifs différents dans le terrarium d'une exposition.

Deux dendrobates au Musée. Image: Daniel Boivin © Musée canadien de la nature

Il est intéressant de noter que l’évolution a favorisé une espèce de serpent, Leimadophis epinephelus : celui-ci a acquis une immunité au poison de ces grenouilles, de sorte qu’il peut s’en nourrir.

Vous êtes ce que vous mangez, surtout chez les grenouilles!

La toxicité de ces créatures dépendrait de leur alimentation. Les dendrobates ne fabriquent pas eux-mêmes leur poison. Ils consomment des arthropodes (fourmis ou chilopodes) contenant des toxines qu’ils concentrent dans le mucus de leur peau. Selon cette théorie, les dendrobates élevés en captivité seraient très peu toxiques en raison de leur alimentation différente, mais ils conserveraient leur capacité à emmagasiner les toxines et redeviendraient venimeux dans leur habitat d’origine.

Parmi les dendrobates figure l’espèce Epipedobates tricolor, dont la peau sécrète des toxines létales mais aussi un produit aux vertus médicinales : l’épibatidine, un antidouleur 200 fois plus puissant que la morphine. Malheureusement, la concentration thérapeutique étant voisine de la dose toxique, il sera difficilement utilisable! D’autres molécules provenant d’autres espèces de dendrobates ont été étudiées pour leurs propriétés de relaxant musculaire et de stimulant cardiaque.

Venez les voir au Musée

Plusieurs figurines de papier plié en forme de grenouille.

Des origamis inspirés des grenouilles vivantes de l’exposition du Musée. Image: Jennifer Artz © Jennifer Artz

Les dendrobates comptent parmi les nombreuses autres espèces fascinantes que vous pourrez découvrir à l’exposition Des grenouilles hautes en couleur. Une gamme d’activités sur le thème de ces ravissantes créatures vous y attend, comme un jeu de minigolf et la confection d’origamis.

Texte traduit de l’anglais.

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