L’Arctique sous le microscope

Le Musée a lancé il y a peu un nouveau site Web multimédia, Expédition arctique, qui présente quelques-unes des merveilles de cette région, plantes, animaux et fossiles. L’ours blanc fait la manchette, mais il existe tout un monde microscopique qui soutient la biodiversité de l’Arctique. Les explications du chercheur du Musée Paul Hamilton.

Quand on entend parler d’une expédition dans l’Arctique, on pense immédiatement au froid, à la neige, aux terres nues et aux conditions de vie difficiles. Pourtant des peuples y ont vécu pendant plus de 4000 ans sans aucune des commodités modernes.

Assis dans un Zodiac, Paul Hamilton jette à la mer un grand filet.

De son Zodiac, Paul Hamilton jette un filet dans l’océan près du Groenland. Il collecte des échantillons d’algues à des fins d’analyse. Image : Jamie Herring © Habitat Seven.

Une expédition dans l’Arctique de nos jours ne peut se comparer au mode de vie des gens qui y vivaient il y a 400 ou 4000 ans. Je m’estime chanceux d’avoir pu faire l’expérience de cette région du monde unique en son genre.

J’ai la chance de faire de la recherche dans l’Arctique depuis le début des années 1980 et je peux affirmer que chaque nouvelle expédition m’enthousiasme autant que la première. Une chute de neige au campement pendant la saison « chaude » nous rappelle le caractère unique de cette région! À l’été 2012, je faisais partie de l’équipe de spécialistes de l’expédition Students on Ice. Mon travail lors de ce voyage est présenté dans le nouveau site Web du Musée, Expédition arctique.

Paul Hamilton supervise des élèves qui prélèvent des échantillons d’eau d’un ruisseau arctique.

Paul Hamilton (au centre, tenant un sac de plastique) dirige un atelier sur la qualité de l’eau dans le cadre de l’expédition dans l’Arctique 2010 de Students on Ice. Image : Lee Narraway©Students on Ice.

J’étudie les algues, ces organismes minuscules que personne ne peut voir. Mais pourquoi méritent-elles tant d’attention? Parce qu’elles représentent la forme de vie la plus abondante de l’Arctique, qu’elles produisent des quantités appréciables d’énergie et de nourriture et que leurs séquences fossiles recèlent d’intéressants « secrets ».

Voici par exemple une diatomée : un minuscule protiste unicellulaire vivant dans l’océan qui s’entoure d’une carapace de verre. Pourquoi en verre? Parce que ces organismes tirent leur énergie du soleil et que la carapace de verre est la seule protection possible.

Image microscopique d’une diatomée ronde.

La diatomée Thalassiosira nordenskioeldii sous le microscope. Cette espèce appartient à un groupe de diatomées qui joue un rôle important dans la chaîne alimentaire de l’Arctique. Image : Paul Hamilton © Musée canadien de la nature.

Dans l’océan, les algues, et en particulier les diatomées, représentent la forme d’énergie alimentaire la plus importante. Il suffit de passer un petit filet à la surface de l’océan pour percevoir le changement de couleur de l’eau et les masses de matériel fin qui témoignent de la vie marine microscopique de ces eaux froides.

Imaginez… un litre d’eau de mer peut contenir 100 millions de ces algues. Cela fait beaucoup de nourriture pour les petits invertébrés et les poissons!

Paul Hamilton debout dans un lac arctique tenant un filet.

Paul Hamilton prélève des échantillons d’algues avec un filet dans un lac près du fjord Itilleq au Groenland en juillet 2012. Image : Justin Bastien © Musée canadien de la nature.

Ce n’est pas pour rien que les pêcheurs et les chasseurs de baleines fréquentent les eaux de l’Arctique canadien depuis plus de 150 ans. Ils y cherchent une nourriture (donc de l’énergie) qui dépend directement des algues. Comment les algues peuvent-elles être si productives? La circulation océanique mondiale fait remonter les courants froids et les nutriments des profondeurs et ces nutriments (tout comme la lumière du soleil) alimentent la croissance des algues… de façon prodigieuse (en anglais seulement). Résultat : l’Arctique et l’Antarctique abritent les eaux parmi les plus productives au monde.

Cette vidéo présentée dans Expédition arctique montre comment je prélève les échantillons à des fins d’analyse et les renseignements qu’ils livrent.

Et quels sont ces secrets dont je vous parlais? Les coquilles de diatomées (appelées valves) qui s’accumulent au fond de l’océan, des lacs ou des étangs à la mort des organismes, témoignent des conditions de vie du passé.

Les chercheurs (dont je fais partie) explorent ces dépôts de coquilles pour découvrir les environnements du passé, qui étaient par exemple plus froids il y a 150 ans mais beaucoup plus chauds il y a 5 millions d’années. On peut même lier la croissance des algues avec les concentrations de mercure dans les eaux arctiques.

Je vous invite à vous familiariser avec mon travail sur les algues dans l’Arctique en visitant le site Expédition arctique. Il vous propose des découvertes et des animations étonnantes. Il présente les conditions de travail des chercheurs dans cette région et une variété de formes de vie allant du boeuf musqué aux algues unicellulaires. Les animations valent une visite à eux seuls. Nous espérons que ce site contribuera à vous faire mieux connaître et comprendre la vie dans l’Arctique et à aller au delà des image d’Épinal d’ours blancs et de paysages dénudés.

Cet article, publié dans Arctique, Eau, Recherche, Sur le terrain, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s