Collectionneurs amateurs : les « citoyens scientifiques » de la première heure

Je suis un collectionneur professionnel. À titre d’adjoint à la recherche, je travaille avec une équipe de scientifiques, de conservateurs et de techniciens pour décrire la biodiversité des plantes du Canada. Tout commence sur le terrain, où l’amoncellement de sacs de papier remplis de mousses et les piles de plantes pressées signalent la fin de la journée de travail. Toutes ces plantes finissent un jour ou l’autre par former le coeur de notre établissement : une collection de 10 millions de spécimens (qui augmente toujours) de minéraux, de plantes, d’animaux et de fossiles de partout dans le monde.

Arthur C. Waghorne.

Cette photo de « Feu révérend Arthur Chas. Waghorne » est parue en 1900, l’année de son décès, dans le Tribune Christmas Number publié à St. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador). Image : © The Tribune Christmas Number. Vol. 7. 1900: p. 5. St. John’s, NL: P.R. Bowers Publisher.

Comme beaucoup de mes collègues, je collectionne depuis ma jeunesse des tas de roches, de pièces de monnaie et autres objets selon mes obsessions du moment. Maintenant cette activité est devenue mon métier, mais il existe beaucoup de collectionneurs amateurs et de passionnés du monde naturel qui se sont constitué au fil des ans leur propre collection. Certains ont fini par accumuler des milliers de spécimens dans leur temps libre! Nous sommes extrêmement reconnaissants à ceux qui ont choisi de nous léguer leurs collections, qui enrichissent de façon inestimable la collection nationale. Deux cas, parmi des centaines, me viennent à l’esprit.

D’abord, les collections du révérend Arthur C. Waghorne, sans lesquelles nombre de mes projets actuels seraient impossibles. Récemment notre collègue Guy Brassard, Ph.D., botaniste et historien, est venu faire un tour au Campus du patrimoine naturel (notre édifice de la recherche et des collections) pour nous présenter son étude sur la vie de Waghorne et sa contribution à la botanique.

Ce ministre anglican exerçait à Terre-Neuve à la fin du XIXe siècle. Il a consacré les dernières décennies de sa vie à collecter des plantes, des lichens et des mousses de Terre-Neuve et du Labrador et à recueillir des données sur le sujet, en plus de son travail à temps plein auprès de sa communauté.

Waghorne ne possédait pas de formation scientifique particulière, mais était doté d’un sens de l’observation aiguisé, d’un esprit vif et d’un tempérament énergique qui ont fait de lui le collectionneur le plus prolifique de sa province à cette époque. Il n’a pas hésité à solliciter les avis de tous les plus grands botanistes de la planète, ce qui l’a aussi beaucoup aidé. Il demanda à des spécialistes internationaux d’identifier des spécimens et alla jusqu’à publier des annonces dans les journaux pour trouver des personnes susceptibles de nommer ses plantes.

Un spécimen séché de gesse maritime, Lathyrus japonicus, sur une page d’herbier.

Un des nombreux spécimens de l’Herbier national du Canada collectés par A.C. Waghorne. Ce spécimen de gesse maritime, Lathyrus japonicus, est vraisemblablement un des premiers témoins de cette espèce au Labrador. Waghorne a ainsi été le premier collectionneur dans de nombreuses régions de la province. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Ses connaissances étaient si vastes qu’il a commencé à rédiger la première flore de Terre-Neuve et du Labrador. Il est mort à l’âge relativement jeune de 50 ans, laissant son oeuvre inachevée. Grâce à son réseau d’échanges et de communications avec des botanistes du monde entier, son œuvre survit aujourd’hui dans des milliers de collections et des dizaines d’herbiers, dont le nôtre : l’Herbier national du Canada.

Deux autres naturalistes amateurs ont considérablement contribué à notre domaine : le couple William et Eileene Stewart. Né en 1923 à St. Thomas, dans le comté d’Elgin en Ontario, William a été animé toute sa vie d’une passion pour la nature qui l’a amené à collecter et à étudier de façon exhaustive la flore de son comté pendant ses temps libres, avec sa femme à ses côtés! Il était technicien d’instruments au département d’astronomie de la University of Western Ontario. Lorsqu’il ne travaillait pas, Eileene et lui allaient fréquemment herboriser, photographier des fleurs et rédiger des manuscrits.

Treize brochures disposées sur une table.

Les publications de William Stewart sont une véritable fenêtre ouverte sur la biodiversité du comté d’Elgin en Ontario. Elles abordent des sujets allant des mousses et des plantes vasculaires aux libellules. Il a même écrit les biographies d’autres collectionneurs amateurs. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Grâce à leurs efforts, aucun autre comté ontarien ne dispose d’une telle recension de sa biodiversité. Leurs collections déposées à l’herbier de l’université Western servent encore aujourd’hui.

Vous pouvez regarder une entrevue réalisée avec William Stewart en 1978 au sujet de son travail de botaniste dans le comté d’Elgin. (L’entrevue est en anglais.)

Je remercie vivement Guy Brassard et Jennifer Doubt pour les renseignements qu’ils m’ont fournis pour cet article.

Texte traduit de l’anglais.

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