Saint-Valentin : dites-le avec des fleurs… et des algues!

Certains ne seront peut-être pas d’accord, mais j’estime que le temps des roses est révolu. Bien sûr, la rose est ravissante et elle dégage une odeur suave. Mais après des décennies au sommet du palmarès de la fleur la plus romantique, pourrait-on faire preuve d’un peu d’imagination et trouver d’autres plantes pour exprimer ce qui vient du cœur? Voilà pourquoi j’ai demandé à mes collègues de l’équipe de botanique du Musée de choisir une espèce susceptible de succéder à la vénérable Rosa sp. comme emblème romantique suprême.

Collage : la mousse Entodon seductrix et, en médaillon, la conservatrice Jennifer Doubt.

Pour la conservatrice de l’herbier, Jennifer Doubt (en médaillon), la mousse Entodon seductrix recèle un grand pouvoir de séduction. Photo de la plante : Joseph R. Rohrer. © Joseph R. Rohrer. Médaillon : Jeff Saarela © Musée canadien de la nature

Conservatrice de l’Herbier national du Canada et incurable amoureuse des mousses, Jennifer Doubt décèle dans les mousses entodon un grand pouvoir de séduction.

« Uniquement pour son nom, la mousse Entodon seductrix pourrait déjà remporter le concours de séduction. Mais son appellation est en accord parfait avec son lustre et sa beauté ostentatoire. Contrairement aux roses, cette mousse ne meurt pas quand arrive l’hiver. Quel meilleur messager botanique pour exprimer son amour immortel? ☺ »

Collage : des graminées du genre Eragrostis dans un champ et, en médaillon, le chercheur Jeff Saarela.

Jeff Saarela (en médaillon) avoue avoir un petit faible pour l’amourette du genre Eragrostis. Photo de la plante : Matt Lavin (CC BY-SA 2.0). Médaillon : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Le chercheur Jeff Saarela, Ph.D., voue une telle passion aux graminées que son choix de plante la plus romantique ne m’a guère surpris.

« Il y a de quoi aimer les graminées. Le blé, le maïs et le riz ne nourrissent-ils pas la planète? Pour autant, ce ne sont pas à ces plantes qu’on pense d’abord à la Saint-Valentin. Il existe pourtant un groupe de graminées qui procure d’agréables frissons à chaque fois qu’on prononce son nom. Aussi appelé amourettes, les graminées du genre Eragrostis regroupent quelque 350 espèces que l’on rencontre dans les zones tropicales, sub-tropicales et tempérées chaudes de la planète. L’origine du nom Eragrostis, décrit pour la première fois en 1776, est probablement tiré des mots grecs eros (amour) et agrostis (herbe).

Il existe neuf espèces d’Eragrostis au Canada, dont six indigènes dans au moins une partie de leur aire de distribution et trois, introduites. L’espèce la plus répandue au Canada répond au nom d’Eragrostis cilianensis (éragrostide fétide). Cette plante introduite envahit fréquemment les bords de routes et autres habitats perturbés. Le genre Eragrostis comprend des graminées de saison chaude : elles ont une voie de photosynthèse appelée C4 qui est adaptée aux environnements chauds et secs. Aussi les graminées C4, dont Eragrostis, ne se montrent généralement que du milieu à la fin de l’été. C’est un peu tard pour la Saint-Valentin, mais avec un nom comme amourette, peut-on être plus romantique? »

Collage : Lynn Gillespie (en médaillon) et un spécimen de Psychotria poeppigiana.

Lynn Gillespie (en médaillon) a élu Psychotria poeppigiana dont les bractées rouge vif évoquent des lèvres faisant la moue. Un parfait emblème romantique! Photo de la plante : Franz Xaver © Franz Xaver (sous licence Creative Commons 3.0). Médaillon : Jeff Saarela © Musée canadien de la nature

Notre botaniste Lynn Gillespie, Ph.D., qui a un petit faible pour les plantes tropicales, a élu un buisson d’Amérique du Sud nommé Psychotria poeppigiana. Quand je lui en ai demandé la raison, elle m’a simplement montré une photo. J’ai tout de suite compris. L’apparence romantique de la fleur est flagrante. À titre anecdotique, sachez que cette espèce fait partie de la famille du café : les rubiacées. Comme j’adore le café, je seconde avec plaisir le choix de Lynn ☺.

Collage : un spécimen d’algue Micrasterias thomasiana et, en médaillon, le chercheur Paul Hamilton.

La plante sélectionnée par Paul Hamilton est Micrasterias thomasiana, une espèce découverte en 1862 qui a environ ¼ de millimètre de longueur (oui, on peut la voir à l’aide d’une loupe). Indicatrice de la salubrité de l’eau, cette algue se rencontre sur toute la planète et partout au Canada, même dans l’Arctique. Photo de la plante : Yuuji Tsukii © Yuuji Tsukii, Université Hosei, Japon. Médaillon : © Musée canadien de la nature

Le biologiste Paul Hamilton étudie les diatomées d’eau douce, un plancton photosynthétique microbien répandu sur toute la planète. Parmi toutes les plantes en lice, celle-ci est bien sûr la plus petite.

« Les desmidiées, comme Micrasterias thomasiana, représentent un groupe d’algues unicellulaires qui illustrent à la perfection la symétrie et l’union. Même les algologues décrivent Micrasterias thomasiana comme la plus grande et la plus belle de cette famille. Cette cellule spectaculaire montre la jonction complète de deux parties (semicellules) qui, une fois réunies, deviennent symbole d’harmonie et de symétrie. Ces cellules, que l’on peut facilement déceler au microscope dans une quelconque goutte d’étang, sont connues depuis le milieu du XIXe siècle.

Observez, au centre, là où se trouve le noyau, la démarcation entre les deux semicellules et les « doigts » en rayons sur chaque lobe qui complètent la symétrie. Même le chloroplaste répond à harmonie entre les deux parties. Seuls les pyrénoïdes (globules circulaires servant à la réserve de nourriture) montrent des différences entre les deux hémisphères. Cette réflexion parfaite de forme des deux lobes symbolise l’intimité que l’on célèbre à la Saint-Valentin. La contemplation de cette admirable symétrie peut, à elle seule, nous faire ressentir la complexité mais aussi l’harmonie de la vie. Veux-tu être mon valentin? »

Deux longicornes de l’espèce Tetraopes tetropthalmus sur une asclépiade.

Voyez, même ces longicornes se montrent romantiques (deux Tetraopes tetropthalmus s’étreignant). Leur source de nourriture, l’asclépiade, qui apparaît en arrière-plan, représente pour moi la plante la plus romantique. Photo de la plante : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature. Médaillon : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Pour ma part, je jette mon dévolu sur l’asclépiade commune, Asclepias syriaca. En quoi, cette plante qui borde les chemins, peut-elle évoquer l’amour? Son romantisme réside moins dans son aspect que dans ce qu’elle représente pour les insectes qui y trouvent nourriture et refuge. Les longicornes Tetraopes tetrophalmus, par exemple, ont évolué de concert avec le genre Asclepias. Les lignages de l’insecte et de la plante ont évolué en parallèle, c’est-à-dire que les mécanismes d’adaptation de l’un ont déclenché des changements chez l’autre.

La plante et l’insecte sont liés de si près par les forces de l’évolution que ce longicorne est entièrement tributaire de l’asclépiade pour se nourrir et se protéger des prédateurs. Sa carapace rouge signale à ses ennemis qu’il contient des toxines, qu’il tire d’ailleurs de l’asclépiade elle-même : à vos risques et périls! Pour moi, cette histoire d’amour qui dure depuis des temps immémoriaux entre deux organismes ayant évolué de façon à s’adapter l’un à l’autre et coexistant aujourd’hui dans une interdépendance absolue est une fabuleuse histoire d’amour qui traverse les âges.

Merci à Jennifer Doubt, Jeff Saarela, Lynn Gillespie et Paul Hamilton de s’être prêtés au jeu et de cosigner ce blogue.

Texte traduit de l’anglais.

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