L’intelligence des plantes : Je pense donc je suis?

Quand vous décidez de repeindre votre salon, demandez-vous l’avis de votre cactus sur la nouvelle couleur? Ou peut-être avez-vous envoyé en pénitence dans le jardin vos pétunias qui n’en font qu’à leur tête.

J’exagère bien sûr. Les connaissances actuelles ne nous permettent pas de croire que les plantes sont douées de conscience. Mais sont-elles intelligentes? Voilà la question que nous avons débattue le 18 mars, à l’occasion de la troisième soirée ParlonsNature du Musée canadien de la nature (vous pouvez visionner l’entrevue ici même).

Contrairement au livre La vie secrète des plantes publié dans les années 1970 (où il était abondamment question de l’expérience vécue des plantes, de leur aura et même de les relier à un détecteur de mensonges), la recherche moderne sur l’intelligence des plantes se fonde sur des faits observables et quantifiables comme tout autre discipline scientifique. Mais cela n’empêche pas ce sujet d’être très controversé.

Image animée montrant les feuilles d’une plante (Mimosa pudica) qui se ferment lorsqu’on les touche.

Cette plante sensible, Mimosa pudica, fait partie des rares espèces végétales à réagir immédiatement au toucher : elle ferme ses feuilles pour effrayer les herbivores. Selon de récentes études, cette plante est aussi capable d’apprendre à ne pas réagir à certains stimuli et à s’en souvenir. Image : Hrushikesh © Domaine public (partagée sous licence CC0 1.0 Universal)

Avant de tenter de découvrir l’intelligence de nos amies les plantes, il faut pouvoir définir cette notion. Nous considérons que notre propre intelligence repose sur notre capacité à discerner, à s’introspecter, à choisir et à réfléchir : je pense donc je suis. L’intelligence des animaux (dont nous faisons partie) peut être considérée comme un outil apparu au cours de l’évolution pour procurer à celui qui en était doté d’un avantage sélectif : celui qui peut raisonner dispose de chances accrues de survivre et de se reproduire.

Certes, les plantes sont incapables de méditer sur leur sort. Mais si on laisse de côté la conscience pour définir l’intelligence (comme le font souvent les chercheurs sur l’intelligence des plantes) comme la capacité à traiter l’information et les stimuli de l’environnement, à s’adapter et à changer en fonction de ces stimuli, et même à se souvenir d’une décision et à en tenir compte plus tard, alors oui, il semble que certaines plantes se comportent de façon étonnamment intelligente.

Un buisson d’armoise de Californie appartenant à l’espèce Artemisia douglasiana.

Les premières études sur la communication entre les plantes ont confirmé que cette espèce d’armoise de Californie, Artemisia douglasiana, communique avec ses semblables grâce à des substances chimiques en suspension dans l’air. Elle les avertit, par exemple, qu’un herbivore est en train de dévorer ses feuilles, ce qui donne aux voisines le temps de produire leurs défenses chimiques. On voit ici une armoise de l’Arctique canadien de l’espèce Artemisia hyperborea, qui semble bien silencieuse dans la Toundra. Mais qui sait, peut-être est-elle en grande conversation chimique avec ses voisines? Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Elles peuvent par exemple communiquer avec d’autres plantes (et même avec des insectes) par l’entremise de substances chimiques en suspension dans l’air, ou encore transmettre des messages par leur système racinaire à d’autres pousses ou même à des champignons associés. Les plantes peuvent percevoir la moisissure, la lumière, la température, le toucher et même la gravité et y réagir. Des données montrent même qu’elles peuvent apprendre, se souvenir et prendre des décisions.

Mais ces comportements sont-ils mus par une force intelligente de l’organisme? Ou bien sont-ils préprogrammés et intelligents qu’en apparence? Seraient-ils le simple résultat d’un mécanisme de survie (un peu comme les programmes d’adaptation des ordinateurs). Et jusqu’à quel point les neurones importent-ils? Nous pensons avec notre cerveau qui concentre les noeuds neurologiques. Si les plantes n’ont pas de matière grise, elles possèdent tout de même des systèmes électriques, physiologiques et chimiques.

Je pourrais continuer, mais vous saisissez que la recherche sur l’intelligence des plantes relève tant de la philosophie que de la science. Qu’entend-on par intelligence? Peut-on étirer la définition de façon à l’appliquer aux plantes. Ceci est une question de sémantique à laquelle je ne peux répondre. Ce que je sais toutefois, c’est que ce sujet fort controversé, sur lequel la recherche se développe rapidement, ne manquera pas de faire débat pendant bien longtemps encore. Et il est certain que plus on approfondira la recherche sur les plantes, plus leur complexité continuera de nous émerveiller.

Pour en savoir davantage (ressources en anglais) :

The roots of plant intelligence (présentation TED)
Plant Talk (article – The Scientist)
Memory in plants (article – The Economist)
Are plants more intelligent than we assumed? (communication du Helmholtz Center for Environmental Research)
The Intelligent Plant (article – The New Yorker)

Prochaine soirée ParlonsNature :
Les parasites : La santé repensée – 16 avril 2014

Texte traduit de l’anglais.

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