Être sale et en santé vont-ils de pair?

Je ne peux qu’entamer ce blogue en paraphrasant un personnage de Star Trek : « Pour l’amour du ciel Jim, je suis une gestionnaire de collection, pas un médecin. » Adressez-vous à un vrai docteur pour plus amples renseignements.

Dans les années 1950, les scientifiques ont remarqué qu’il existait une corrélation entre le mode de vie des Nord-Américains de plus en plus obsédés par la propreté et l’augmentation de maladies comme l’asthme, l’arthrite, la sclérose en plaques, le diabète et des allergies tel le rhume des foins, dont on n’entendait presque pas parler il y a un siècle. Qualifiés de maladies auto-immunes, ces troubles se produisent quand quelque chose incite notre système immunitaire à s’attaquer à un organe ou à une fonction de notre organisme comme s’il s’agissait d’un élément étranger. Les gens qui ont été exposés durant leur enfance à une vaste gamme de microbes sont moins sujets à ces problèmes à l’âge adulte. Un des fils conducteurs semble être la présence de vers intestinaux.

Ces observations ont donné lieu à l’hypothèse hygiéniste ou théorie des vieux amis. J’ai eu l’occasion de présenter ce sujet et d’en discuter avec les participants de la soirée ParlonsNature qui s’est tenue au Musée le 16 avril.

Nous apprenons que l’expérience que nous avons menée dans le monde développé en éliminant beaucoup de nos espèces « amies » n’est pas tout à fait un succès. Les espèces que nous avons pris tant de soin à chasser auraient pu nous conférer des avantages sur le plan de la santé en échange de l’abri et du couvert.

Pendant des millions d’années d’évolution commune, grâce au temps de génération plus court du ver et au système d’essais et d’erreurs de la sélection naturelle, nos parasites ont appris à esquiver nos systèmes immunitaires ou à les modifier. Le fait d’avoir été exposé à des contagions dans la petite enfance, par le contact avec des animaux de ferme ou des animaux domestiques (le chien, mais curieusement pas le chat) ou encore avec des enfants plus âgés, a pour effet de modérer la réponse immunitaire de notre système. C’est un genre d’échange de service avec les parasites qui devraient normalement nous accompagner en permanence pour remplir cette fonction.

L’intérieur de l’intestin d’un patient infesté au trichure humain, Trichuris trichiura.

Une vue de l’intérieur de l’intestin d’un patient infesté au trichure humain, Trichuris trichiura, un ver qui pourrait servir au traitement de la sclérose en plaques. Image : CDC/Dr. Trenton Ruebush © Domaine public, rendue disponible par la CDC Public Health Image Library (PHIL)

Des chercheurs effectuent actuellement des expériences pour déterminer si les vers intestinaux peuvent influer sur les symptômes de plusieurs de ces maladies auto-immunes et ils obtiennent des résultats impressionnants. Les premiers essais révèlent que le recours à des vers provenant du porc, qui ne vivent pas longtemps chez les humains, réduit les symptômes chez près de 80 % des patients souffrant de la maladie de Crohn après 24 semaines de traitement. D’autres expériences visent à déterminer les espèces de ver susceptibles d’aider les patients souffrant d’autres maladies auto-immunes, comme l’arthrite, la sclérose en plaques et l’asthme.

Les sociétés pharmaceutiques s’intéressent beaucoup à ces expériences qui permettraient de découvrir les mécanismes sous-jacents, car elles pourraient isoler les molécules agissantes et les commercialiser. Mais les mécanismes sont complexes et les scientifiques ne saisissent pas avec précision les subtilités du système immunitaire humain et les substances chimiques des vers qui ont un effet.

Ankylostome humain, Necator americanus.

On fait des expériences pour déterminer le rôle de l’ankylostome humain, Necator americanus, dans le traitement de maladies chroniques inflammatoires de l’intestin. Image : Jay Reimer © Jay Reimer (partagée sous licence CC 2.0 https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/)

Non seulement avons-nous éliminé nos vers, mais nous avons également considérablement réduit le nombre d’espèces de bactéries et de champignons qui vivent en nous et sur nous. Réduire la diversité dans tout environnement est dangereux et peut causer des déséquilibres, parfois rapides et aux conséquences désastreuses.

Cette situation s’est manifestée de façon éclatante avec la résistance accrue aux antibiotiques de bactéries comme Clostridium difficile. Jusqu’à présent la plupart des infections se contractaient dans les hôpitaux où les spores très résistantes contaminaient l’air et les surfaces. Mais maintenant beaucoup de gens ont de petites quantités de C. difficile dans leurs intestins. S’ils prennent des antibiotiques contre une sinusite ou une infection urinaire exemple, les bonnes bactéries de leur système digestif sont tuées et donnent le champ libre à C. difficile qui provoque alors des diarrhées pénibles et persistantes.

Une bactérie Clostridium difficile.

La bactérie Clostridium difficile produit des toxines qui engendrent des symptômes douloureux lorsqu’elle infecte le système intestinal de l’humain.
Image : Jennifer Hulsey © Domaine public, rendue disponible par la CDC Public Health Image Library (PHIL)

Certaines personnes peuvent se débarrasser de C. difficile avec davantage d’antibiotique, mais le taux de récurrence est très élevé (20-35 %) et entraîne de longues périodes de souffrance et d’affaiblissement, parfois fatales chez les vieillards. Le meilleur moyen de combattre cette bactérie semble être la transplantation, pas d’un organe mais de la flore intestinale : on introduit chez la personne infectée, par lavement ou tube nasal-gastrique, une solution contenant les excréments d’un donneur sain afin de restaurer un écosystème intestinal normal. Le taux de succès avoisine les 90 % et les patients en ressentent les effets bénéfiques en quelques heures. Cette méthode un peu répugnante se révèle fort efficace.

D’autres expériences visent à résoudre le problème de la résistance aux antibiotiques. Certaines méthodes préconisées sont aussi simples que d’ajouter des bactéries probiotiques à l’eau potable afin d’accroître la diversité de notre flore intestinale. D’autres chercheurs s’intéressent à de nouvelles cibles sur les bactéries et les virus auxquelles pourraient s’attaquer les vaccins ou encore à des agents antibactériens présents naturellement comme les peptides du système de défense de l’hôte et les bactériophages.

En attendant, continuez de vous laver les mains soigneusement et souvent avec de l’eau et du savon normal. Les produits antibactériens n’ont souvent pour effet que de tuer les bactéries bénéfiques et de contribuer à la prolifération des bactéries résistantes. Tentez de consommer de la viande élevée localement dans les prés et sans antibiotique. Si votre médecin vous prescrit des antibiotiques, demandez-lui si le repos et la consommation de liquides ne suffiraient pas. Restez à la maison quand vous êtes malades afin de ne pas contaminer vos collègues. Profitez du principe de l’immunité collective et faites-vous vacciner. Et surtout, n’empêchez pas vos enfants de se salir!

Plus sur les autres causeries ParlonsNature :
Délibération sur la dé-extinction
L’hybridation naturelle dans le monde du vivant
L’intelligence des plantes : Je pense donc je suis?

Texte traduit de l’anglais.

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Un commentaire pour Être sale et en santé vont-ils de pair?

  1. Josée Lavigne dit :

    Grand merci Judith!

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