Coins de pêche à haut risque

De nombreux endroits sur Terre créent des difficultés appréciables pour l’étude scientifique—on songe immédiatement aux profondeurs océaniques et aux régions polaires par exemple. Malgré les obstacles physiques considérables qui entrent en ligne de compte dans ces zones, les scientifiques, y compris ceux du Musée canadien de la nature, trouvent tout de même des façons d’y faire de l’exploration sur une base régulière.

Brian Coad devant une table avec un microscope et un poisson.

Brian Coad examine un poisson dans le laboratoire du musée. Image : Claude Renaud © Musée canadien de la nature.

Or il y a des régions qui poussent même les personnes les plus braves jusqu’aux limites de leurs possibilités. Les zones de combat présentent de terribles menaces de guerre et de violence, vidant de vastes territoires de leurs habitants habituels. On songe à la zone frontalière entre la Corée du Nord et du Sud, à des régions du Moyen-Orient et de l’Asie et à des parties du Mexique, de l’Amérique centrale et de l’Afrique, où les crises politiques et la criminalité peuvent se manifester avec force. Il y a des conflits dans de nombreuses régions autour du globe qui présentent des risques élevés et qui limitent les recherches sur le terrain visant une compréhension complète de l’histoire naturelle qu’on y trouve.

Tout porte à croire cependant que si une raison convaincante existe d’étudier l’histoire naturelle, les scientifiques vont trouver un moyen, fut-ce au prix d’affronter un danger mortel. C’est là que le chercheur Brian Coad s’immisce dans notre histoire. C’est un ichtyologiste (expert en poissons) qui s’apprête à publier un livre sur les poissons d’Afghanistan. Brian est une sommité mondiale sur les cyprinidés, une famille de poissons d’eau douce qu’on appelle les cyprins, le groupe le plus diversifié de poissons sur la planète (environ 2 400 espèces). Il y a des quantités de ces poissons à étudier en Amérique du Nord (ce qu’il s’applique à faire), mais il s’intéresse également à un grand nombre d’espèces d’Europe, du Moyen-Orient et de l’Asie.

Vue de profil d’un spécimen de poisson, Alburnoides holciki

Nombre d’espèces nouvelles et inconnues sont petites, comme ce spécimen d’Alburnoides holciki d’une longueur de 8,0 cm. Image : Brian Coad © Musée canadien de la nature.

Dans la première partie de sa carrière, Brian a passé quelques années à collecter et à étudier les poissons de l’Iran. Pour faire ce travail de manière approfondie, il a dû s’intéresser aux poissons des pays voisins, surtout l’Irak et l’Afghanistan. Il a publié ses découvertes ichtyologiques concernant chacun de ces pays et s’est taillé une réputation d’expert incontournable en la matière. Lorsque la récente guerre afghane a éclaté , les organismes non gouvernementaux et d’autres s’interrogeaient sur les risques que cela posait à l’environnement naturel. En tant qu’expert en la matière, Brian a commencé à se faire poser des questions et à recevoir des spécimens à identifier que de braves personnes, biologistes et parfois soldats à la curiosité aiguisée, avaient collectés.

Un soldat en Iraq tient un gros poisson qu’il a attrapé.

Un soldat tient un gros spécimen de Luciobarbus esocinus qu’il a attrapé avec ligne et hameçon au Camp Slayer, à Bagdad en Irak (32-34 kg, 1,32 m, relâché vivant). Connu du nom de saumon du Tigre, c’est en fait un membre de la famille des carpes.

Les zones de conflit sont des endroits périlleux pour effectuer des études sur le terrain, ce qui rend les travaux de ses collègues souvent sporadiques et opportunistes. Le Musée entretient une collection de référence de poissons-spécimens envoyés d’Afghanistan (173), un apport important considérant le nombre modeste de spécimens dans l’autre collection connue provenant du Natural History Museum à Londres (71). Brian a étudié longuement nos poissons iraniens (2 746) pour permettre d’identifier la collection afghane et déterminer quelles autres espèces pourraient traverser la frontière entre les deux pays. Son statut privilégié dans la communauté scientifique a permis de constituer une collection impressionnante, importante, sûre et accessible au sein du Musée canadien de la nature.

Pendant ses études, Brian a identifié et décrit de nombreuses nouvelles espèces (au moins dix sont toujours en attente d’une description), a formé des étudiants et a fourni des conseils à des écologistes aquatiques qui auraient peut-être la possibilité de conserver quelques-uns de ces importants poissons. Avec des états de service aussi impressionnants en matière de recherche, il est maintenant en mesure de résumer ses découvertes pour l’Afghanistan. Ce nouveau livre décrira la totalité des 85 espèces de poissons de ce pays (49 sont des cyprins) et fournira des clés pour permettre à d’autres d’identifier les poissons eux-mêmes. Ce livre, publié par notre éditeur Pensoft, sera disponible en bibliothèque vers la mi-2014.

Illustration de deux esturgeons.

Spécimens de Pseudoscaphirhynchus kaufmanni, des esturgeons hautement menacés. Image : N.N. Kondakov © L’Institut fédéral russe de recherche sur les pêches et l’océanographie

L’une des marques distinctives d’un musée est l’attention soutenue qu’il porte à sa collection en vue de la conserver et d’en rehausser la valeur. Dans un musée d’histoire naturelle, une partie de ce travail est assumée par des experts scientifiques. Comme Brian, nos experts scientifiques passent beaucoup de temps à réfléchir aux plantes, animaux, fossiles et minéraux que l’on trouve au Canada. Mais dans la plupart des cas, leur expertise trouve son application plus largement dans le monde, alimentant une communauté qui collabore régulièrement et partage ses découvertes gratuitement avec tous. Ces gens souhaitent à tous les collectionneurs de tomber sur des poissons qui mordent.

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