Des scientifiques soignés aux petits oignons

Dans quelques jours, je commencerai à confectionner 120 repas. Je fais partie des quatre scientifiques qui passeront le mois de juillet sur les berges du fleuve Coppermine dans l’ouest du Nunavut. Et je suis en ce moment plongé dans la planification des menus de cette expédition dans l’Arctique.

Nous recevrons parfois au campement le pilote d’hélicoptère et un agent de la faune de la ville de Kugluktuk. Je dois donc prévoir mes provisions en conséquence : je calcule qu’il faut emporter suffisamment de nourriture pour 4 à 6 personnes pendant 28 jours. J’inscris donc sur ma fiche détaillée : 120 petits-déjeuners, dîners et soupers.

Des barils et de l'équipement sur la rive près d'un hydravion.

Nous plaçons la nourriture dans ces barils bleus pour la protéger de l’humidité et pour éviter les odeurs de nourriture dans le campement. Ce dernier point est important pour ne pas attirer de visiteurs indésirables comme les renards ou les ours. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Toute cette nourriture doit être la moins volumineuse et la plus légère possible, afin de ne pas encombrer l’hélicoptère. Et ces aliments ne doivent pas requérir de réfrigération. Pour les petits-déjeuners, c’est chose facile : granola, mélange à crêpe, gruau. Pour les dîners, ça peut aller aussi : saucisson, fromage dur, pain dense et moutarde en tube.

Deux photos : Un homme et une femme assis à terre en train de manger.

Malgré les moustiques, les collègues botanistes Lynn Gillespie et Paul Sokoloff dégustent leur poulet tikka accompagné d’un curry de légumes et de riz aux amandes. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Les soupers demandent plus d’effort et de créativité. Tout le monde a faim après avoir arpenté la toundra et collecté des plantes toute la journée. Les conditions difficiles, comme le vent, la pluie, parfois même la neige, et les nuées d’insectes creusent aussi l’appétit. En arrivant au campement, nous avons très envie d’un bon repas.

Sacs d'aliments déshydratés.

Les aliments que je déshydrate moi-même commencent à s’accumuler sur ma table de cuisine. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

La déshydratation est la solution pour rendre légers et non périssables les plats que je cuisine. Après avoir préparé un mets, je l’étale sur les plateaux du déshydrateur alimentaire. (Les ragoûts, les currys et les chilis se déshydratent très bien.) Un ventilateur à l’arrière de l’appareil souffle de l’air chaud entre les plateaux, ce qui retire doucement l’humidité des aliments pendant quelque 10 ou 12 heures. Une fois sur le terrain, on peut simplement réhydrater et réchauffer les aliments secs qui en résultent.

Marmite de ragoût sur une table.

Un lot de ragoût de pois chiche prêt pour la déshydratation. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Il serait assurément plus pratique de servir tous les soirs la même chose, mais cela mécontenterait l’équipe, qui risquerait de donner le cuisinier en pâture aux moustiques! Alors pour conserver la bonne humeur de tous, j’ai préparé cinq plats différents que l’on mangera en alternance pendant la durée du voyage. Au menu pour la prochaine saison figureront notamment du chili con carne avec couscous, des pâtes à la sauce tomate et parmesan avec champignons et saucisses italiennes, du poulet korma et du riz aux légumes jalfrezi.

Un déshydrateur en forme de boîte avec ses plateaux remplis de ragoût.

Maintenant dans l’appareil, le ragoût entame la phase de la déshydratation. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

En expédition, ce dont on a le plus envie c’est de croquer un légume frais. Pour satisfaire cette fringale, je sers quelques fois par semaine des salades réhydratées, composées par exemple de carotte ou de chou râpés avec un peu d’huile et de vinaigre.

Un plateau de déshydrateur plein et le même mélange sec dans un plat.

Après une dizaine d’heures, il ne reste plus d’humidité dans le ragoût qui forme des granules sèches. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

On termine en général le repas du soir avec du chocolat, des biscuits ou de l’ananas déshydraté. Parfois, une journée particulièrement éprouvante (mauvais temps, froid, pluie) ou une occasion spéciale (la découverte d’une espèce rare) mérite quelque chose de plus élaboré. Je garde donc en réserve quelques desserts-surprises comme le gâteau à la sauce au whisky que je prépare sur le réchaud de camping.

Une marmite de ragoût de pois chiche et une autre de légumes au curry posées sur une roche avec comme décor des collines et une rivière.

Pour préparer les repas au campement, je mesure les rations d’aliments déshydratés et les laisse tremper dans de l’eau chaude pendant une demi-heure avant de les chauffer. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Notre nourriture est la source d’énergie de notre travail de terrain : nos longues marches, la collecte de plantes et le traitement des spécimens sous la tente. Connaissant les difficultés du travail et sachant que des bons petits plats contribuent à la bonne humeur de tous, je ne néglige rien dans la préparation de mes 120 repas.

Gâteau d’expédition

Huit portions

Préparation préalable du mélange
2 tasses de farine
1 ¼ tasse de sucre
2 c. à soupe de poudre à pâte
¼ c. à thé de sel
1 ½ c. à thé de cannelle
½ c. à thé de macis
½ c. à thé de clou de girofle
2 c. à soupe de lait en poudre
¼ tasse de graisse végétale
1 tasse de raisins secs

1) Mélanger les ingrédients secs.
2) Incorporer la graisse végétale à l’aide de deux couteaux ou d’un couteau à pâtisserie jusqu’à l’obtention de boules de la grosseur d’un pois.
3) Ajouter les raisins secs.
4) Ensacher le mélange avec les instructions de cuisson sur le terrain.

Instructions de cuisson sur le terrain
beurre ou margarine pour graisser le moule
farine pour enfariner le moule
1 tasse d’eau

1) Préparer la poêle (ou autre contenant de cuisson) en la badigeonnant de beurre ou de margarine et la saupoudrant de farine.
2) Ajouter 1 tasse d’eau au mélange.
3) Couvrir la poêle d’un couvercle ou de papier d’aluminium et faire cuire à feu très doux sur le réchaud. (Si vous ne pouvez diminuer l’intensité de cuisson de votre réchaud, glissez un diffuseur de chaleur sous votre contenant.)
4) Surveiller le gâteau et y jeter un coup d’œil après 20 minutes. Cela devrait cuire en 30 minutes environ.

Sauce au rhum ou au whisky

1 tasse de sucre brun
½ tasse d’eau
3 c. à soupe de beurre ou de margarine
1 once de rhum ou de whisky

1) Dans une petite casserole, mélanger le sucre, l’eau et le beurre ou la margarine.
2) Chauffer jusqu’à dissolution du sucre.
3) Retirer du feu et ajouter l’alcool.
4) Servir le gâteau et le napper de la sauce chaude.

(Recettes tirées de The Hungry Hiker’s Book of Good Cooking de Gretchen McHugh. New York : Alfred A. Knopf, Inc., 1995. p. 263–265).

Traduit de l’anglais.

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Un commentaire pour Des scientifiques soignés aux petits oignons

  1. Ping : Herboriser le long du fleuve Coppermine 100 ans après l’Expédition canadienne dans l’Arctique : un rendez-vous qui s’imposait | Le blogue du Musée canadien de la nature

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