Sans microscope, sans ordi, sans bibliothèque et sans problème – Comment aménager un labo sur le terrain

Notre équipe de botanistes poursuit son expédition de quatre semaines dans la région du fleuve Coppermine, au Nunavut. Ils vous présentent ici les conditions que lesquelles s’effectuent le travail de recherche en Arctique.

Quand on vous parle de « scientifiques », cela évoque sans doute en vous des personnages en blouse blanche qui s’affairent dans des laboratoires aseptisés remplis d’éprouvettes et de ballons de verre, qui actionnent des équipements de pointe et inscrivent au tableau un tas d’équations mathématiques. Belle image, n’est-ce pas?

Nous disposons de telles installations à notre édifice dédié à la recherche et aux collections, situé à Gatineau au Québec. Mais quand nous partons en expédition sur le terrain, il est impossible de mettre tout cet équipement dans nos bagages.

Deux hommes assis dans une tente, occupés à écrire des notes et à traiter des spécimens de plantes.

Une scène typique dans la tente laboratoire. Jeff Saarela, Ph.D., (à gauche) met ses notes de terrain au propre, alors que Paul Sokoloff (à droite) dispose des carex sur du papier journal en vue de les presser. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Aussi, quand on installe notre laboratoire de terrain, on s’en tient au strict minimum. La première étape est d’installer ce « labo », un espace où nous pourrons préparer nos spécimens à l’abri de la pluie, du vent, du soleil et des insectes – bref, de tout ce que l’Arctique peut nous réserver. À cette fin, nous utilisons une grande tente en dôme géodésique. Elle prend énormément de temps à monter, mais résiste bien au vent et est suffisamment spacieuse pour que six botanistes affamés s’y assoient confortablement lorsqu’il n’est pas envisageable de prendre le repas dehors.

Des presses contenant des plantes sont empilées près d’une tente dans la toundra arctique.

Notre tente laboratoire est au cœur de toutes les activités du campement. Elle abrite les plantes sous presse, on y prépare les échantillons au gel de silice pour les analyses ADN et on y met au propre les notes de terrain. Image : Jeff Saarela © Musée canadien de la nature

Une fois la tente montée, on peut y ranger tout l’équipement et le matériel nécessaires pour effectuer notre travail. Il nous faut suffisamment de fournitures pour presser plus de 3000 échantillons de plantes, comme des piles de cartons, des tonnes de papier journal et du gel de silice frais.

Des sacs en plastique contenant des échantillons de plantes.

Ces sacs contiennent des échantillons de tissus prélevés sur des spécimens de plantes que nous traitons dans la tente labo. Nous congèlerons ces échantillons à notre retour au Musée en attendant d’effectuer les analyses d’extraction et de séquençage d’ADN dans nos installations. Image : Jeff Saarela © Musée canadien de la nature

Il faut trier et identifier les spécimens collectés au cours de nos longues sorties sur le terrain et prélever des échantillons pour les analyses d’ADN qui s’effectueront ultérieurement. Nous utilisons les instruments les plus rudimentaires qui soient : des loupes au lieu de volumineux microscopes, des notes manuscrites au lieu de bases de données, quelques ouvrages de référence choisis avec soin et notre mémoire au lieu du réseau Internet.

Sur le terrain, un homme observe un spécimen de plante à l’aide d’une loupe.

La loupe est un outil de terrain indispensable au botaniste et beaucoup plus pratique que le microscope le plus léger. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

En dernier lieu, les plantes que nous rapportons de nos sorties sont nettoyées (on utilise une fourchette réservée à cet usage pour enlever la terre des racines), puis disposées sur le papier journal entre deux couches de cartons et mises dans un presse-spécimens, une autre solution aussi simple qu’efficace.

Des pages d’herbier placées entre des feuilles de carton et empilées.

Des piles de plantes coincées entre des cartons qui attendent leur tour dans le presse-spécimens. On place ces piles à l’abri des courants d’air et des coups de pied malencontreux de peur de perdre un après-midi de mise sous presse. Image : Jeff Saarela © Musée canadien de la nature

Enfin, il y a nous, les botanistes, qui travaillons sans relâche à traiter les plantes à notre retour au campement, souvent jusqu’à très tard dans la soirée. Au milieu des piles d’équipement et des échantillons de plantes soigneusement placées, nous parvenons à nous faire une petite place pour traiter, annoter, comparer et empaqueter nos spécimens de plantes. Après tout, une tente ne peut devenir un laboratoire sans les scientifiques!

Des carnets de notes, des tubes en plastique, des échantillons de plantes et des feuilles d’herbier disposés sur une table.

Le comble du luxe : l’an dernier, durant mon expédition au Nunavut à l’Arctic Watch Lodge, mon laboratoire consistait en une table entière. Et qui plus est, elle se trouvait à l’intérieur! Je m’en suis rappelé avec nostalgie quand nous avons installé notre (beaucoup plus petite) tente labo cette année. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

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Texte traduit de l’anglais.

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