La soupe à l’alphabet du monde des sciences

Nous sommes émerveillés par la prodigieuse vie sur Terre, tout en nous inquiétant pour la vie animale et végétale qui s’y trouve. En 1993, notre coopérative mondiale, l’Organisation des Nations Unies, a obtenu de 194 pays (c’est-à-dire tout le monde sauf Andorre, le Saint-Siège et les États-Unis) la promesse de collaborer à diminuer la perte d’espèces avec lesquelles nous cohabitons.

Les signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB) (quelques sections sont disponibles en français) qui en a résulté ont mis d’importantes ressources dans cet effort mondial afin de planifier les efforts de conservation, créer des moyens de suivre les progrès, sensibiliser les gens au sujet de cette œuvre utile et surmonter tout obstacle.

Un amphithéâtre où quelques personnes sont assises pour une conférence.

La salle des assemblées plénières de l’Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques. Novembre 2011. Image: Mark Graham © Musée canadien de la nature

On tire assurément un sentiment de grande fierté à observer ce genre de collaboration, mais la frustration de constater tout ce qu’il reste à faire est néanmoins très grande. Non sans étonnement, c’est nous qui constituons le plus grand obstacle, en raison de notre grande capacité de nous reproduire, d’innover et de prospérer.

La convention des Nations Unies sur la biodiversité bénéficie régulièrement des conseils d’un organisme scientifique. Or, dès que vous vous immiscez dans ce monde, il devient évident que le milieu de l’ONU est un peu comme nager dans un bol de soupe à l’alphabet. Pour commencer, les salles de réunion résonnent au son des six langues officielles (l’anglais, l’espagnol, l’arabe, le russe, le français et le chinois). De plus, chaque initiative, plan, groupe de travail, document et procédure est affublé d’un nom intégral qui, dès lors, apparaît à tout jamais sous forme d’acronyme.

La plupart des gens sont reconnaissants d’utiliser l’acronyme parce que les noms intégraux sont certes magnifiquement descriptifs et inclusifs mais habituellement encombrants et ampoulés. Par exemple, si vous vous rendez à la réunion scientifique consultative de la convention, vous assistez à la réunion de l’OSASTT de la CDB du PNUE—l’Organe subsidiaire chargé des avis scientifiques, technologiques et techniques de la Convention sur la diversité biologique du Programme des Nations Unies pour l’environnement.

La CDB s’articule autour de nombreux thèmes en lien avec la diversité biologique, tels que les forêts, les montagnes, les îles, les eaux douces, les eaux marines et l’agriculture. Il est devenu évident depuis les débuts de la CDB en 1993 que certaines problématiques ont un impact sur l’ensemble de ces thèmes. La taxonomie est l’un de ces enjeux transversaux parce qu’elle identifie et classifie les espèces qui assurent des services biologiques au niveau mondial (tels que la nourriture, les fibres, l’élimination des déchets; tout ce qu’il nous faut pour survivre).

Rosée matinale dans un champ d’herbe.

Rosée matinale dans un champ d’herbe. Image: Mark Graham © Mark Graham.

Le travail des taxonomistes s’ajoute aux résultats d’autres disciplines scientifiques pour aider à mieux comprendre la durabilité de ces services. Toutefois, la capacité actuelle en matière d’expertise taxonomique est si restreinte que celle-ci est considérée comme un frein aux progrès touchant les efforts de conservation.

Le logo de l’Initiative taxonomique mondiale.

L’Initiative taxonomique mondiale est un programme de la Convention sur la diversité biologique de l’ONU. © Secrétariat de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique.

Très tôt, le Secrétariat de la CDB a créé l’Initiative taxonomique mondiale (quelques sections sont disponibles en français) pour permettre d’améliorer cette expertise taxonomique. Ces dernières années, le Musée canadien de la nature a présidé le mécanisme de coordination (MC) de cette initiative. Le MC de l’ITM anime des réunions lors d’événements de l’OSASTT et met en œuvre un programme de travail détaillé. Les efforts sont concentrés sur des questions liées à l’identification des EEE (espèces exotiques envahissantes), aux défis botaniques de la SMCP (Stratégie mondiale pour la conservation des plantes) (quelques sections sont disponibles en français), au travail de la CSE de l’UICN (Commission de la sauvegarde des espèces de l’Union internationale pour la conservation de la nature (quelques sections sont disponibles en français)) et au partage des données au moyen du GBIF (site en anglais seulement), de l’iBOL et de l’EdlV (Système d’information sur la biodiversité mondiale, l’International Barcode of Life et l’Encyclopédie de la Vie, respectivement).

Un botaniste du musée s’agenouille près de la rivière Coppermine en montrant des plantes collectées

Le botaniste du musée Jeff Saarela, Ph. D., recueille de la linaigrette à belle crinière lors d’une expédition de collecte de plantes le long de la rivière Coppermine au Nunavut en juillet 2014. Image: Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Le Musée de la nature et de nombreuses organisations animées par un même esprit continuent de sensibiliser les gens à l’importance de la taxonomie, contribuent à augmenter notre capacité d’en faire et partagent nos résultats gratuitement et largement. Nous enrichissons la communauté scientifique de nouvelles connaissances au moyen de notre Centre de connaissances et d’exploration sur l’Arctique et de notre Centre pour la découverte et l’évolution des espèces. Nous les partageons au moyen de notre portail de données sur les collections et en faisons mention dans des expositions et dans le cadre de programmes éducatifs.

Des gens se massent près d’une table pour écouter un scientifique parler de la biodiversité des moules.

Le scientifique du musée André Martel, Ph. D., entretient les visiteurs au sujet de la biodiversité des moules lors d’une journée ‘Portes ouvertes’ au Campus du patrimoine naturel en octobre 2013. Image: Martin Lipman © Musée canadien de la nature

À l’approche de l’an 2020, la marmite de soupe à l’alphabet se complexifie et s’épaissit à chaque réunion de la CDB. À cette date, les chefs d’État vont prendre le pouls de nos décennies d’efforts consentis à ralentir la disparition d’espèces avec lesquelles nous partageons la vie sur cette planète et dont on estime le nombre à 2 millions.

Texte traduit de l’anglais.

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