À la recherche d’« or blanc » dans le sud du Groenland

La minéralogiste du musée Paula Piilonen, Ph. D., était ravie de faire partie de l’équipe pédagogique de l’expédition arctique annuelle de l’organisme Students on Ice en juillet. Lisez ses réflexions alors qu’elle poursuivait son périple au Groenland, où elle a collecté des minéraux provenant d’une mine abandonnée.

Comme d’habitude, je me réveille avant la sonnerie de mon réveil, et avant le « Bonjour les étudiants » de Geoff Green qui résonne comme un rituel sur le système de sonorisation du navire. En sortant du lit, j’ouvre le hublot pour regarder dehors : des pics rocheux et des glaciers bleutés surplombent les eaux bleues étincelantes, sous un ciel bleu éclatant. Chaque matin à bord du Sea Adventurer, les paysages qui nous accueillent sont à couper le souffle. Comment allons-nous réussir à réintégrer notre domicile, où le paysage se résume à la vue d’une rue ou celle du côté de la maison du voisin? Le fait de contempler l’incroyable beauté du Groenland me fait ricaner un peu. Parfois, tout cela semble irréel, comme si le voyage au complet n’a été qu’un rêve. Assurément, je deviens de plus en plus obsédée par les icebergs et les glaciers.

Paula Piilonen et des étudiants examinent des roches le long des rives du site minier.

Paula Piilonen guide des étudiants dans le but de recueillir des minéraux le long des rives de la mine d’Ivigtut. Martin Lipman © Musée canadien de la nature

Mais aujourd’hui n’est pas un rêve! C’est une journée spéciale et je bondis hors du lit pour ramasser tous les outils dont j’aurai besoin pour une cueillette de minéraux. Aujourd’hui, nous aurons la chance de visiter la mine de cryolite d’Ivigtut dans le fjord d’Arsuk. La cryolite est un fluorure de sodium et d’aluminium extrêmement rare (Na3AlF6) que l’on trouve à moins de 50 endroits dans le monde, généralement sous forme de cristaux de moins de 2 cm de taille.

Paula Piilonen et des étudiants examinent des roches le long des rives du site minier.

Paula Piilonen et l’étudiant Jack Patternson d’Ottawa examinent des roches contenant de la cryolite le long des rives de la mine d’Ivigtut. Martin Lipman © Musée canadien de la nature

La cryolite de la mine d’Ivigtut se présente sous forme d’énormes masses : à ce jour, des morceaux de minerai de cryolite d’une largeur de trois mètres sont encore disponibles dans les dépôts miniers. Pendant la durée de vie centenaire de la mine (1854-1962), plus de 3,5 millions de tonnes de minerai de cryolite ont été extraites de la mine à ciel ouvert.

Paula Piilonen et des étudiants à la mine de cryolite d’Ivigtut sur les rives du fjord d’Arsuk.

Le minerai de cryolite de la mine d’Ivigtut est chargé sur un navire à destination du Danemark pour être traité ; 1920. Photo en mortaise : cryolite (blanche) et sidérose (brune) de la mine de cryolite d’Ivigtut.
© Secher & Johnsen 2008

Ce minéral rare était autrefois utilisé dans la fabrication du bicarbonate de sodium, servait de fondant dans l’industrie des miroirs et du verre et jouait un rôle dans l’extraction de l’aluminium du minerai de bauxite. La mine d’Ivigtut est inopérante depuis le milieu des années 1980, mais il y a encore des quantités de matériaux à collecter le long des rives et dans les dépôts plus loin au village.

Vue d’un vieux bâtiment de mine et d’une fosse remplie d’eau.

La fosse ouverte de la mine de cryolite d’Ivigtut est abandonnée et remplie d’eau depuis la fin des années 1980, mais les anciens bâtiments miniers subsistent. Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

Le musée a muni chacun des étudiants et des membres du personnel du voyage d’une trousse d’identification des minéraux. Chaque trousse comprend une loupe simple, une plaque de porcelaine, un clou et suffisamment de sacs d’échantillons pour rapporter de nombreux échantillons de minéraux au navire afin de les examiner en laboratoire.

Paula Piilonen parle à des étudiants assis près d’un microscope.

Paula Piilonen parle à propos des minéraux à des étudiants à bord du navire. Martin Lipman © Musée canadien de la nature

En débarquant des zodiacs, je me retrouve debout sur les « déchets » rocheux provenant de la mine et je prends automatiquement la pose du collectionneur de minéraux, pliant la hanche et scrutant le sol à la recherche de spécimens intéressants.

Paula Piilonen utilise une perceuse mécanique pour tailler dans un gros morceau de cryolite.

Paula Piilonen, assistée par Kelly Walsh, perce un morceau de minerai de cryolite à la mine de cryolite d’Ivigtut. Martin Lipman © Musée canadien de la nature

Les étudiants et le personnel suivent mon exemple et je suis rapidement entourée de mains qui me tendent brusquement des spécimens, en me demandant : « Qu’est-ce que c’est? ». De nos jours, il n’est pas facile de collecter des minéraux dans un endroit historiquement célèbre et repartir avec des spécimens spectaculaires. La plupart du temps, en effet, ces endroits ont été scrutés par des collectionneurs et il reste peu d’objets précieux ou intéressants. À la mine de cryolite d’Ivigtut, les spécimens spectaculaires sont la norme!

C’est une occasion unique pour ces étudiants. J’espère qu’ils vont réaliser que, mis à part la science, les minéraux ont des qualités esthétiques et artistiques inhérentes qui reflètent le besoin de la nature d’ordonner chaque atome. Chaque échantillon que je recueille est de meilleure qualité que ceux actuellement dans la collection nationale au Musée canadien de la nature.

Paula Piilonen, assise sur un gros morceau de minerai contenant des cristaux de cryolite et de sidérose.

Paula Piilonen, assise sur un gros morceau de minerai contenant de la cryolite (blanche) et des cristaux exceptionnels de sidérose (bruns). Mine de cryolite d’Ivigtut dans le fjord d’Arsuk au Groenland
Caroline Lanthier © Musée canadien de la nature

La cryolite apparaît dans tous les champs de vision, avec un florilège de minéraux sulfurés (galène, pyrite et chalcopyrite pour ne nommer que ceux-là), de fluorine, de quartz et de sidérose (FeCO3). La sidérose est tout simplement sensationnelle—une couleur rouge grenat lustrée et des cristaux de plus de 12 cm. Collecter sur le site rappelle le sentiment de l’enfant dans un magasin de bonbons et l’excitation est contagieuse. C’est une très bonne chose que notre avion est plus gros pour le retour à Ottawa : nous allons tous rentrer avec des « bagages » en trop!

Des gens dans des zodiacs au fjord d’Arsuk.

Observation de baleines au fjord d’Arsuk après une matinée passée à collecter des minéraux. Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

Après quelques heures de cueillette à l’ancien site minier, nous chargeons les zodiacs de nouveau et nous dirigeons vers le fjord d’Arsuk pour suivre un rorqual à bosse qui a été aperçu à la surface près du navire. Observer des baleines dans un zodiac par une journée ensoleillée au Groenland, après une matinée passée à collecter des minéraux incroyables : que demander de plus? C’est une autre journée ahurissante avec l’organisme Students on Ice, et d’autres sont à venir avant le retour chez nous.

Lisez les précédents blogues sur cette expédition :

A propos Paula Piilonen

A mineralogist with the Research Division at the Canadian Museum of Nature.
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