Hors de ma vue, insecte! Étudier les plantes dans les tourbières du nord de l’Ontario.

Malgré les nuées d’insectes voraces, je n’ai pas eu, un seul instant, l’idée de quitter le camp Muketei, que l’on atteint après un vol d’hydravion puis un d’hélicoptère au delà de la fin de la route.

Un hydravion à côté d’un quai. Un hélicoptère s’élevant au-dessus d’un quai.

En haut : L’hydravion qui nous a transportés de Nakina au lac Koper, le point d’amerrissage le plus près de notre camp. En bas : L’hélicoptère quittant l’aire d’atterrissage du lac Koper (contiguë au quai de l’hydravion) avec le premier chargement de scientifiques et d’équipement pour le camp Muketei, à quelques minutes de vol. Images: Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature.

Une sarracénie pourpre.

Comme la plupart des plantes vasculaires des tourbières que nous avons rencontrées, la sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea) s’enracine dans un tapis de mousse (Sphagnum fuscum). Image : Jennifer Doubt © MCN

Il s’agit d’un véritable camp minier. En effet, la plupart des gens qui y séjournent travaillent au forage et à l’exploration des ressources minérales de la région. Mais ce sont d’autres richesses naturelles (des spécimens et des données) qui m’ont attirée dans ce camp éloignée du nord de l’Ontario, situé à environ 75 km au sud-est de la collectivité ojibwée de Webequie.

Un kalmia à feuilles d'andromède en fleur.

La saison des fleurs dans le Nord : Un des nombreux avantages de notre travail dans les tourbières! Le kalmia à feuilles d’andromède (Kalmia polifolia) fleurit à profusion dans plusieurs de nos sites. Image: Jennifer Doubt © MCN

En raison des éventuels changements de l’activité humaine dans la ceinture de feu de l’Ontario, il importe de saisir un instantané de l’état actuel de l’environnement et notamment de la végétation terrestre.

C’est ainsi que le Ministère de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique de l’Ontario a réuni une équipe de trois botanistes dirigés par Murray Dixon du ministère. Chaque botaniste est spécialisé dans une des trois catégories d’organismes qui croissent le plus dans la vaste et humide région du nord de la province : des mousses (c’est moi), des lichens (Troy McMullin, Ph.D., de l’Université de Guelph) et les carex (Tyler Smith, Ph.D., d’Agriculture et Agroalimentaire Canada).

Notre travail consiste à recenser (identifier et mesurer de plusieurs manières) ces plantes et lichens dans des carrés et bandes de terrain bien définis. En consignant méticuleusement nos observations et notre méthodologie, nous espérons aider les futurs chercheurs à déceler les changements environnementaux lorsqu’ils visiteront les mêmes sites.

Deux scientifiques plantent des piquets de métal dans un site d’échantillonnage.

Pour chacun des lots, nous prenons des photos et des mesures et nous relevons le nom des espèces. Nous laissons les bornes de métal délimitant l’aire d’échantillonnage pour les prochains chercheurs. Image: Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature

Mousses dans une tourbière.

Un jardin dans la tourbière. Plus nous allons vers le nord, plus les lichens et les bryophytes disposent d’avantages compétitifs face aux plantes vasculaires. Image: Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature

Cette occasion de contribuer à un projet si précieux nous a poussés, nous les passionnés de botanique, à explorer une plage blanche dans les cartes de distribution des plantes et des lichens. En accédant à ces régions, nous pouvons non seulement étudier ce qui se trouve dans ces hiatus, mais nous enrichissons nos collections de preuves irréfutables. Celles-ci feront progresser des projets qui se trouvaient jusqu’à présent dans l’impasse en raison des lacunes dans les données.

Il y avait au camp Muketei d’autres équipes occupées à étudier les eaux de surface et les nappes souterraines caractéristiques des basses terres de la baie d’Hudson. Le territoire s’étirant du nord-ouest québécois au nord-est du Manitoba se compose à 85 % de fondrières (tourbières et marais) saturées d’eau. En se déplaçant vers les sites d’échantillonnage, on survolait des paysages dominés par l’eau, dont l’étrange beauté ne se révélait que des airs. À chaque fois qu’on atterrissait, on trouvait un jardin de tourbière nordique, pressé de fleurir et de profiter du bref accès à de l’eau liquide entre les longs hivers glacés.

Vue d’un paysage de tourbière.

Les tourbières du nord présentent d’incroyables motifs qui se forment en fonction de facteurs tels que le flux de l’eau et la distribution du pergélisol. Trouver un endroit où se poser est parfois un casse-tête dans ce paysage dominé par l’eau! Image: Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature

Le botaniste Troy McMullin porte une tenue pour se protéger de la nuée de mouches noires qui l’entoure.

Spécialiste des lichens de l’Université de Guelph, Troy McMullin a revêtu la tenue des basses terres de la baie d’Hudson, nécessaire même lorsqu’il fait chaud, comme en témoigne la nuée de mouches noires. Image: Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature

Au plan pratique, toute cette eau impose le port de bottes de caoutchouc pendant les onze jours… même dans l’avion puisque nous avions une limite de poids très stricte : un total de 40 livres (environ 18 kg), *y compris* les bagages à main! Après avoir retiré plus de la moitié de ce que j’avais eu l’intention d’emporter, je ne pouvais rester sous la limite prescrite qu’en portant mes bottes pendant le vol.

J’ai apprécié chaque minute de mon voyage! J’en suis à mon deuxième séjour à Muketei. J’ai donc une bonne idée de l’intérêt que présenteront les spécimens collectés pour le projet et pour l’Herbier national une fois que nous aurons effectué le travail de laboratoire pendant l’hiver. Après avoir beaucoup plaisanté sur les tenants des plantes « nobles » et des plantes « roturières », des plantes ou des lichens, j’ai piqué, sans en avoir l’air, des idées et des connaissances à mes estimés collègues et je me suis enfuie avec de merveilleux lichens fluorescents que je compte montrer aux visiteurs du Musée. Histoire à suivre… il se passe ici tellement de choses intéressantes à raconter!

Texte traduit de l’anglais.

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