Collecte de moules sous le soleil à l’île Petrie

Par Jacqueline Madill et Val Tait

Aux sons des grillons qui grésillaient, des enfants qui appelaient leur mère et des vagues qui clapotaient, une équipe du Musée canadien de la nature se dirigeait au-delà de la plage de l’île Petrie à Ottawa, à la recherche d’invertébrés aquatiques.

À l’occasion de la Journée de la rivière, le 19 juillet 2014, l’organisme Les Amis de l’île Petrie avait invité le Musée canadien de la nature à présenter des invertébrés locaux aux visiteurs. L’équipe des invertébrés, Jacqueline Madill, Val Tait et Emily Cooper, avait un échantillonnage rapide à faire sur les berges de l’île avant la présentation. Heureusement pour nous, le temps était magnifique : une de ces chaudes journées d’été, agrémentée d’une brise rafraîchissante provenant de la rivière des Outaouais.

Carte aérienne des sites de collecte à l'île Petrie identifiant 3 endroits.

Carte des sites de collecte à l’Île Petrie. Le site 1 est situé dans la rivière des Outaouais, près du Centre d’interprétation de la nature. Le site 2 se trouve dans le lac Muskrat. Le site 3 est dans la rivière des Outaouais, près du lac Muskrat. Image : © Musée canadien de la nature, d’après une carte de Google Maps.

Malgré une piètre visibilité sous l’eau, nous avons rapidement trouvé trois espèces de moules d’eau douce nichées dans les plantes aquatiques : la lampsile rayée Lampsilis radiata, la lampsile cordiforme Lampsilis cardium et l’elliptio maigre de l’Est Elliptio complanata. Comme les moules se nourrissaient tranquillement, la coquille sortie du sable, notre équipe a pu les localiser assez facilement en fourrageant avec les mains et les pieds.

Moules qui se nourrissent en filtrant l'eau par leurs siphons inhalants.

L’elliptio maigre de l’Est, Elliptio complanata, (en haut) et la lampsile rayée, Lampsilis radiata (à gauche) se nourrissent en filtrant l’eau par leurs siphons inhalants. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

Aux autres sites, nous avons capturé des grandes lymnées des étangs (et autres escargots), des sphaeriidés, des araignées d’eau, des coléoptères, des amphipodes, des isopodes et des moucherons. Même s’il ne s’agissait pas d’une étude quantitative, la diversité des invertébrés aquatiques à l’île Petrie était impressionnante. Chaque spécimen était en bonne santé, et le plus encourageant a été de n’avoir trouvé aucune moule zébrée ce jour-là.

Trois femmes vêtues de pantalons imperméables, et munies de sceaux et de filets.

L’équipe du Musée canadien de la nature : Jacqueline Madill, adjointe principale à la recherche, Val Tait, associée de recherche et Emily Cooper, étudiante de l’Université d’Ottawa. Elles se préparent à explorer l’étang Muskrat sur l’île Petrie en Ontario. Image : Jacqueline Madill © Musée canadien de la nature

On a présenté tous les invertébrés lors des activités de la Journée de la rivière, au côté de l’exposition sur la géocache et celle de Sentinelle Outaouais. Les jeunes visiteurs ont rigolé en voyant les gyrins faire des spirales ; mais c’est avec fascination qu’ils ont observé les amphipodes faire des tours de piste autour d’un plateau à des vitesses surprenantes, contournant des sédiments et d’autres invertébrés. La plus grosse moule, une lampsile siliquoïde , Lampsilis siliquoidea, a très bien coopéré. Couchée sur le dos, elle ouvrait sa coquille pour tendre le pied et exposer siphons et papilles. C’était la vedette, séduisant les visiteurs qui n’avaient jamais vu des moules en action auparavant.

La magnifique rivière des Outaouais et ses affluents représentent une richesse naturelle qui relie ensemble la région de la capitale nationale. Mais il y a une autre sorte de lien que la plupart des gens ignorent : l’incroyable relation entre la moule d’eau douce et son poisson-hôte.


Comment les moules de reproduisent-elles? Jacqueline Madill, assistante à la recherche au Musée canadien de la nature, explique à une participante que les moules attirent un type de poisson bien précis. Lorsque le poisson-hôte passe près d’elle, la moule s’ouvre et relâche ses larves. Les larves s’attachent aux nageoires, à la queue, ou s’introduisent dans le poisson par les branchies. Cet enkystement leur permet de trouver nourriture et les protège, pendant deux à trois semaines, jusqu’à ce qu’elles puissent vivre de façon autonome. Elles tomberont alors à divers endroits dans la rivière. C’est ainsi que les moules se reproduisent et se propagent dans leur environnement. Vidéo : Tara Conroy © Musée canadien de la nature

Les visiteurs ignoraient que les moules d’eau douce sont en déclin. Nous avons insisté sur le fait que les moules d’eau douce filtrent continuellement l’eau en s’alimentant et aident ainsi à garder la rivière des Outaouais propre. Les citoyens doivent donc protéger nos populations indigènes de moules d’eau douce lors du nettoyage des berges. Nous devons également prendre conscience du fait que la moule zébrée envahissante, responsable de la mort de nombreux invertébrés indigènes, se distingue nettement de ces moules. Une forte densité de population peut également boucher des prises d’eau et perturber l’habitat, modifiant ainsi la disponibilité de la nourriture pour les jeunes poissons. Il importe donc de ne pas confondre les moules indigènes et zébrées, afin d’être en mesure de distinguer les bonnes des nuisibles.

Une enfant examine comment des moules zébrées peuvent recouvrir la coquille d'une moule indigène.

Emily Cooper montre à Marianne Turmel comment des moules zébrées de la rivière Rideau peuvent recouvrir la coquille d’une moule indigène. Image : Tara Conroy © Musée canadien de la nature

L’île Petrie est tellement magnifique, et de nombreux visiteurs profitent de l’endroit régulièrement. « Adieu », pensiez-nous avec sollicitude alors qu’Emily retournait nos invertébrés vivants dans leur demeure sous l’eau.

Texte traduit de l’anglais.

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