Expédition dans le détroit de Davis

J’ai pris grand soin de mettre dans mes bagages des médicaments contre la nausée et beaucoup de vêtements chauds et imperméables. Je veux être bien équipé en cas d’intempéries. La dernière croisière de recherche à laquelle j’ai participé remonte à 2001. Nous avons eu du mauvais temps pendant les quatre premiers jours : j’ai été nauséeux et extrêmement incommodé.

Navire près d’un petit port.

Le Paamiut près des côtes du Groenland durant mon premier voyage en 2001. Image : Noel Alfonso © Musée canadien de la nature

Du 18 septembre au 22 octobre, je ferai partie de l’équipe de Canadiens et de Danois chargée de recenser plusieurs espèces à l’aide d’un filet de fonds à bord du navire de recherche océanographique Paamiut. Je m’intéresserai plus particulièrement à la distribution et à l’abondance du flétan du Groenland, Reinhardtius hippoglossoides.

Collage de photos : Tête d’un flétan du Groenland , plie canadienne et deux tricornes arctiques.

En haut : tête d’un flétan du Groenland, Reinhardtius hippoglossoides. Habituellement, les deux yeux des poissons plats sont du même côté de la tête. Par contre chez cette espèce, un des yeux à plutôt migré sur le dessus de la tête. Au centre : plie canadienne, Hippoglossoides platessoides. En bas : deux tricornes arctiques, Gymnocanthus tricuspis Images : Noel Alfonso © Musée canadien de la nature

Alors même que vous lisez ces lignes, je suis en train de collecter et d’identifier diverses espèces, comme des chauliodes, des poissons-lanternes, des grandgousiers et même des requins bioluminescents. Je recueillerai aussi des invertébrés tels que des amphipodes, des crevettes, des calmars et des concombres de mer.

Collage de photos : poule de mer sur une anémone, petite limace de mer et calmar.

En haut : petite poule de mer, sur une anémone. Au centre : petite limace de mer, Careproctus reinhardti. En bas : petit calmar. Images : Noel Alfonso © Musée canadien de la nature

Contrairement aux amphipodes de la région d’Ottawa-Gatineau qui ont la taille de l’ongle de mon petit doigt, les espèces du Grand Nord sont aussi grosses que ma main. À l’instar des crevettes nordiques, elles arborent une couleur rouge vif. Comme la lumière rouge ne pénètre pas profondément dans l’eau, le rouge y apparaît noir, ce qui rend les crevettes difficiles à détecter pour les prédateurs.

Amphipodes et crevette.

Spécimens d’amphipodes et de crevette.
Image : Noel Alfonso © Musée canadien de la nature

Au large du Nunavut, le détroit de Davis sépare les eaux profondes de la Baie de Baffin, au nord, de la mer du Labrador, qui s’étend au sud. Il fait partie du passage du Nord-Ouest et tient son nom de l’explorateur John Davis, qui y a dirigé trois expéditions à la fin du XVIe siècle.

Carte indiquant l’emplacement du détroit de Davis.

Le détroit de Davis sépare l’Île Baffin et le Groenland. Image : © Musée canadien de la nature, d’après une carte de Ressources naturelles Canada.

C’est une vaste étendue d’eau d’une largeur de 350 à 600 km et d’une profondeur pouvant atteindre 3660 m. Il s’agit des plus grands fonds de l’est de l’Arctique. Les eaux de surface subissent les influences de deux courants importants : le courant relativement chaud de l’ouest du Groenland, et le courant du Labrador, froid, mais riche en nutriments. Cette combinaison de différentes températures et profondeurs, conjuguée avec la haute productivité de la saison estivale, fait du détroit de Davis un site privilégié de biodiversité pour les poissons de l’Arctique canadien.

Noël Alfonso tenant un flétan du Groenland.

Au cours de l’expédition, le spécialiste des poissons de l’Arctique, Noël Alfonso étudiera principalement le flétan du Groenland, qu’il tient ici, dans le détroit de Davis.

L’écosystème du détroit de Davis a été fortement perturbé dès le XVIIIe siècle par la chasse à la baleine que les Européens pratiquaient à grande échelle et jusqu’à aujourd’hui par la pêche commerciale d’espèces comme le flétan du Groenland et la crevette nordique, Pandalus borealis.

Iceberg flottant sur l’eau.

Un des multiples icebergs que l’on croise à toute heure dans le détroit de Davis.
Image : Noel Alfonso © Musée canadien de la nature

Cette expédition en mer contribuera à une meilleure compréhension de ces populations. En participant à ce projet, je pourrai enrichir les collections arctiques du Musée de spécimens provenant d’une région peu explorée. J’ai la liste d’espèces marines arctiques absentes des collections du Musée ainsi qu’une autre liste d’espèces dont nous ne possédons que quelques spécimens et qu’il serait intéressant d’acquérir.

Nous tentons sans cesse d’améliorer nos collections sur le plan du nombre de spécimens et de leur représentativité. Ce voyage m’offre une occasion exceptionnelle de collecter des spécimens arctiques, dont l’acquisition se révèle difficile et coûteuse.

Deux spécimens de corail, un beige, l’autre orangé.

Des coraux vivent dans les eaux froides du détroit de Davis.
Image : Noel Alfonso © Musée canadien de la nature

Texte traduit de l’anglais.

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Un commentaire pour Expédition dans le détroit de Davis

  1. Ping : Expédition au détroit de Davis : une mer houleuse, des sandwichs au foie de morue et un écosystème marin hautement diversifié à étudier | Le blogue du Musée canadien de la nature

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