À la recherche de la lamproie de l’est le long du puissant fleuve Hudson

Claude Renaud, Ph. D., un expert en lamproies, s’est rendu dans l’État de New York au début de septembre pour une expédition de collecte d’une semaine. Son objectif? Collecter des spécimens de lamproie de l’est sur des sites où l’espèce pourrait avoir été identifiée pour la première fois il y a 170 ans. Continuez la lecture pour voir si sa quête a été une réussite.

Depuis quelques années, je m’emploie à déterminer le nombre d’espèces dans le genre Lethenteron et à établir leurs relations sur le plan évolutionnaire. Ce genre est réparti sur une bonne partie du nord de l’Amérique du Nord et de l’Eurasie.

En 2012, avec l’aide d’Alexander Naseka, Ph. D., de l’Institut de zoologie de l’Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg, et de Noel Alfonso, un collègue du Musée, j’ai collecté deux espèces des Territoires du Nord-Ouest : la lamproie d’Alaska (Lethenteron alaskense) et la lamproie arctique (Lethenteron camtschaticum).

Claude dans l’eau jusqu’aux genoux avec l’équipement de pêche électrique pour collecter des lamproies.

Claude Renaud dans l’eau jusqu’aux genoux avec l’équipement de pêche électrique pour collecter des lamproies. Image : Noel Alfonso © Musée canadien de la nature.

Pour compléter la répartition nord-américaine du genre, j’avais besoin de collecter une autre espèce : la lamproie de l’est (Lethenteron appendix), décrite par James DeKay en 1842. Dans une étude taxonomique, un chercheur doit idéalement examiner des spécimens d’une espèce provenant de sa localité type (c’est-à-dire l’endroit où l’espèce a été initialement décrite) pour la comparer à d’autres espèces.

Même si le Musée canadien de la nature possède des milliers de spécimens de lamproie de l’est, provenant pour la plupart de la région des Grands Lacs et du bassin du fleuve Saint-Laurent, nous n’en avons aucun de la localité type, que DeKay décrivait généralement comme le fleuve Hudson dans l’État de New York. Or ce fleuve fait plus de 500 km—toute une distance à parcourir!

Pour ajouter au défi, DeKay n’a pas précisé s’il avait déposé un de ses spécimens de lamproie dans un musée, et aucun n’a pu être trouvé dans les musées le long de la côte est américaine, où on les aurait probablement déposés (le National Museum of Natural History des États-Unis à Washington, DC; l’American Museum of Natural History à New York; le New York State Museum à Albany). J’ai devais donc collecter ces spécimens moi-même.

Larva of an American Brook Lamprey.

Larve d’un lamproie de l’est (Lethenteron appendix) collecté par Richard Pariseau à la Rivière Rouge Québec, 12 juin 2006, CMNFI 2007-0134. Image : Brian W. Coad © Musée canadien de la nature.

Après avoir consulté Jeremy Wright, Ph. D., conservateur des poissons au New York State Museum, ainsi que la base de données du Département de la conservation de l’environnement de l’État de New York, on a appris que la présence de la lamproie de l’est n’avait été signalée que dans six affluents du fleuve Hudson. Ceux-ci étaient répartis sur une distance de 230 km le long du fleuve, entre Troy au nord et le Bronx de New York au sud. La première collecte a été effectuée en 1897 et la dernière signalée a été faite en 1974. Au total, moins de 50 individus avaient été collectés dans tout le bassin du fleuve Hudson pendant cette période.

Nous avions donc beaucoup de pain sur la planche! Noel et moi avons quitté Ottawa tôt le 5 septembre et sommes arrivés dans l’après-midi à notre premier arrêt : la collection de poissons du New York State Museum à Troy. J’ai pu examiner six lamproies de l’est reproductrices et confirmer que l’espèce était présente à Tibbetts Brook dans le Bronx en 1903.

Le lendemain matin, nous avons visité notre premier site de recherche, un endroit appelé Moordener Kill. Apparemment, la lamproie de l’est a été collectée à cet endroit une seule fois, en 1934.

Noel Alfonso debout près d’un affluent le long de la rivière Hudson.

Noel Alfonso pointe vers l’endroit où la lamproie de l’est a été collectée à Moordener Kill en 1934. Image: Claude Renaud © Musée canadien de la nature.

« Kill » est un mot hollandais qui signifie lit de rivière ou chenal et témoigne de la première colonisation de l’État de New York par des colons hollandais. « Moordener » signifie meurtrier en hollandais et le nom du ruisseau commémore le fait que neuf colons hollandais y ont été tués en 1643.

En fin de compte, nous n’avons même pas essayé de prendre un échantillon à cet endroit parce que l’habitat était inapproprié (c’est-à-dire : un fossé profond sans courant d’eau au lieu d’un ruisseau à faible débit avec un fond vaseux et sablonneux). J’ai le sentiment que les conditions étaient peut-être très différentes ici il y a 80 ans. Nous avons essayé à quelques reprises un peu plus en aval, mais l’habitat y était peu convenable et aucune lamproie n’a été aperçue.

Notre prochain arrêt était Roeliff Jansen Kill où nous avons rencontré Bob Schmidt, Ph. D., récemment retraité du Bard College de l’État du Massachusetts. Ici, nous avons collecté une douzaine de larves de lamproies en environ une heure. Malheureusement, l’identification sur le terrain indiquait qu’il s’agissait de lamproies marines, Petromyzon marinus, et non de lamproies de l’est.

Bob Schimdt et Noel Alfonso se reposent le long des berges de Roeliff Jansen Kill.

Une réussite…en quelque sorte! Bob Schmidt, Ph. D., et Noel Alfonso assis sur la berge de Roeliff Jansen Kill après la collecte de larves de lamproie. Image: Claude Renaud © Musée canadien de la nature.

Je vais confirmer cette observation au laboratoire du Campus du patrimoine naturel du Musée une fois que les spécimens seront transférés du formol à l’éthanol. Peu importe l’identification finale, nous avons eu la confirmation que des lamproies étaient présentes et que notre technique était valable.

Claude Renaud debout près d’une table sur laquelle on trouve l’équipement utilisé pour traiter des spécimens de lamproies.

Claude Renaud après avoir traité les spécimens de lamproies collectés à Roeliff Jansen Kill. Image: Noel Alfonso © Musée canadien de la nature.

Quelle sera la suite? Un blogue à venir révélera si oui ou non Claude et son équipe ont réussi à trouver la lamproie de l’est le long du fleuve Hudson.

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