Lamproie de l’est, où êtes-vous cachée?

L’expert en lamproies Claude Renaud, Ph. D., s’est rendu dans l’État de New York au début de septembre pour une expédition de collecte d’une semaine. Dans son premier blogue, Claude a détaillé pourquoi il tenait à chercher la lamproie de l’est le long du fleuve Hudson. Dans la partie II, Claude et son assistant de recherche Noel Alfonso affrontent l’herbe à puce, les embâcles et les rivières polluées… mais aucune lamproie ne se pointe!

Nos trois prochaines localités situées plus en aval du fleuve Hudson avaient des noms très semblables : Saw Kill River, Sawkill Creek et Saw Mill River. Ceci témoigne de l’énorme importance de l’industrie forestière dans l’État de New York. Soixante-trois pour cent de l’État est couvert de forêts et celles-ci font travailler plus de 60 000 personnes. Une bonne partie de ces terres sont privées et aménagées pour la production de bois ou de pâte de bois.

La rivière Saw Kill est très près de Bard College où notre bon ami Bob Schmidt, Ph. D., a travaillé pendant de nombreuses années. Une seule lamproie a été collectée à l’embouchure de la rivière en 1974. Toutefois, Bob nous a déconseillé d’échantillonner à cet endroit précis parce que l’eau est trop profonde pour passer à gué, le courant est fort et c’est tout simplement trop dangereux. Bob nous a dit que pendant toutes les années où il a échantillonné la rivière sur toute sa longueur, souvent avec un appareil de pêche électrique, il n’a jamais aperçu de lamproie.

Un homme en bottes-pantalons debout dans la vase de la rivière Saw Kill.

L’assistant de recherche du musée Noel Alfonso semble inquiet d’être pris jusqu’aux genoux dans la vase de la rivière Saw Kill. Image Claude B. Renaud © Musée canadien de la nature

Toutefois, si nous voulions tenter notre chance quand même, il a désigné un endroit où nous pouvions trouver un habitat convenable. Nous avons pratiqué une pêche électrique intensive à cet endroit, mais aucune larve de lamproie n’a été aperçue malgré une abondance d’habitats idéals (c’est-à-dire un mélange approprié de sédiments vaseux et sablonneux). Il y avait pourtant beaucoup de traces de grenouilles et de ratons laveurs tout autour. Bob avait raison!

Notre prochaine tentative a eu lieu à l’embouchure du ruisseau Sawkill, un affluent direct du ruisseau Esopus. L’accès à l’eau était un peu hasardeux en raison de la présence omniprésente d’herbe à puce (Toxicodendron radicans)! À partir de là, nous avons fait très attention en manipulant nos bottes-pantalons, au cas où elles auraient été contaminées. Encore une fois, l’habitat était idéal, mais aucune trace de larves de lamproies n’a été trouvée. Comme pour la localité précédente, la seule lamproie jamais capturée au ruisseau Sawkill remonte à 1974.

Un arbre recouvert d’herbe à puce.

Couverture végétale et herbe à puce grimpante le long du ruisseau Sawkill. Image Claude B. Renaud © Musée canadien de la nature

Claude Renaud debout dans le ruisseau Esopus tenant son équipement de pêche électrique.

Claude Renaud dans le ruisseau Esopus se demande s’il ne va jamais attraper une autre lamproie. Image Noel
Alfonso © Musée canadien de la nature

Nos deux dernières localités se situaient dans la région de New York. La première tentative a eu lieu dans la rivière Saw Mill à Yonkers. Cette rivière a une histoire intéressante. Les derniers 600 mètres de la rivière ont été recouverts dans les années 1920 par les ingénieurs de l’armée américaine. Joni Mitchell l’a même mentionné dans les paroles d’une chanson : « Ils ont pavé le paradis pour ériger un parking ». En 2011, et encore cette année, des sections ont été découvertes en démolissant le stationnement qui recouvrait la rivière.

Nos sites d’échantillonnage, toutefois, étaient situés plus en amont de la rivière. Étonnamment, ce n’était ni l’accès à la rivière ni l’absence d’habitat convenable qui était problématique. C’était plutôt la présence d’embâcles de billes de bois, de débris et d’ordures. Nous avons essayé à un endroit où l’habitat était convenable, mais encore une fois sans résultat positif.

Un homme debout près d’un embâcle le long de la rivière Saw Mill.

Noel Alfonso debout près d’un embâcle dans la rivière Saw Mill à Yonkers. Image Claude B. Renaud © Musée canadien de la nature.

Ensuite, nous nous sommes rendus à un endroit où on a rapporté qu’un spécimen de lamproie de l’est avait été capturé en 1956. La mort et la désolation nous y attendaient. Nous avons observé un meunier (Catostomus sp.) au bord de la suffocation et au moins quatre autres qui flottaient le ventre retourné. On a trouvé deux crapets morts, couchés sur le flanc, dont un crapet arlequin (Lepomis macrochirus). Étonnamment, nous avons vu des bancs de trois à six grandes carpes (Cyprinus carpio) qui nageaient dans et contre le courant, apparemment sans souffrir d’effets néfastes.

Gros plan des ordures coincées dans l’embâcle de la rivière Saw Mill.

Gros plan des ordures coincées dans l’embâcle de la rivière Saw Mill à Yonkers. Image Claude B. Renaud © Musée canadien de la nature

Notre dernière localité était le ruisseau Tibbetts où la présence de la lamproie de l’est fut documentée entre 1897 et 1909. Sur la berge du ruisseau du côté de Yonkers, nous avons rencontré Melissa Cohen, directrice des pêches régionales du Département de la conservation de l’environnement de l’État de New York (NYSDEC) et trois personnes de son équipe : James MacDonald, Annie Murphy et Steven Wong.

Ils ont apporté leur propre équipement de pêche électrique et nous avons tous les six passé la matinée à parcourir le ruisseau partiellement découpé en canaux. Nous avons vu des douzaines d’écrevisses et deux carassins (Carassius auratus), un de couleur orange vif comme on en voit dans les aquariums et un autre qui arborait des couleurs verdâtres ternes, plus semblable au type vivant à l’état sauvage. Encore une fois, nous avons dû contourner l’inévitable embâcle.

Un homme en bottes-pantalons debout près d’un autre embâcle au ruisseau Tibbetts.

Noel Alfonso debout près d’un autre embâcle au ruisseau Tibbetts à Yonkers. Image: Claude B. Renaud © Musée canadien de la nature

Nous avons quitté les biologistes new-yorkais pour nous rendre au parc Van Cortlandt et atteindre le ruisseau Tibbetts du côté du Bronx. Le parc Van Cortlandt est une oasis de verdure de 464 hectares située au milieu du Bronx. Le ruisseau Tibbetts le traverse pour se déverser dans le lac Van Cortlandt.

Il y a un grand golf dans le parc et nous nous sommes adressés au chalet de golf pour demander la permission de louer une voiturette pour nous rendre au ruisseau. Les gens étaient très accueillants, mais nous ont expliqué qu’il n’y avait pas d’accès au ruisseau par le golf parce qu’il était clôturé. Quelle déception!

Claude Renaud debout près du lac Van Cortlandt.

Claude Renaud au lac Van Cortlandt. Le chercheur se tient près de l’endroit où la lamproie de l’est a été collectée pour la dernière fois dans le parc Van Cortlandt, au début des années 1900. Cette fois-ci, il n’a pas réussi à en trouver. Image : Noel Alfonso © Musée canadien de la nature

Heureusement, nous avons eu la chance d’examiner à fond le cours supérieur du ruisseau du côté de Yonkers ce matin-là, sinon le voyage aurait été extrêmement décevant. Notre travail sur le terrain n’a pas été en vain. Nous avons appris qu’en toute probabilité la lamproie de l’est a disparu du bassin du fleuve Hudson. Elle n’y a sans doute jamais été abondante au départ, comme en témoigne le peu de collectes qui en ont été faites depuis sa découverte en 1842. Heureusement, je dispose de données recueillies dans le bassin du lac Champlain, au Vermont (É.-U.), que je peux utiliser pour comparer avec les données que j’ai recueillies dans les Territoires du Nord-Ouest en 2012.

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